‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 120 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

de coeur, sans pointiller si ce seroit mieux de faire ainsi ou ainsi : pourveu qu'elle obeisse, tout luy est égal, car elle scait bien que cela suffit pour estre agreable à Dieu, pour lamour duquel elle obeit purement et simplement.

La seconde condition de l'obeissance amoureuse est qu'elle est prompte. Or, la promptitude de l'obeissance a tousjours esté recommandée aux Religieux comme une piece tres-necessaire pour bien obeir et observer parfaitement ce qu'ils ont voüé à Dieu. Ce fut la marque que print Eliezer * pour cognoistre la fille que Dieu avoit determinée (") pour estre l'espouse du fils de son maistre. Il dit donc ainsi en soy-mesme : Celle à qui je demanderay à boire et qui me dira : J'en donneray non seulement à vous, mais je puiseray encor de l'eau pour vos chameaux, ce sera celle là que je recognoistray estre digne espouse du fils de mon maistre. Et comme il alloit pensant à cela, il vid de loin la belle Rebecca. (s) Eliezer la voyant si belle et si gratieuse aupres du puits oü elle tiroit de l'eau pour ses brebis, il luy fit sa demande, et la damoyselle respondit selon son dessein : Ouy, dit-elle, non seulement à vous, mais encor à vos chameaux. Remarquez, je vous prie, combien elle fut prompte et gratieuse ; elle n'espargnoit point sa peine, ains en estoit fort liberale, car il ne falloit pas peu d'eau pour abreuver tant de chameaux qu'Eliezer menoit. O certes, les obeissances qui se font mal gratieusement ne sont point agreables. Il y en a qui obeissent, mais c'est avec tant de langueur et avec une si mauvaise mine, qu'ils diminuent beaucoup le merite de ceste vertu. La charité et l'obeissance ont une telle union ensemble qu'elles ne se peuvent separer : l'amour nous fait obeir promptement (t), car pour difficile que soit la

(r) destinée (Ms.) — choisie (Coll.) (s) Ja belle — damoyselle Rebecca, laquelle estoit bergere et fut par apres

princesse ; mais en ce temps-là les princesses et princes faisoyent tous quelque chose. (Ms.)

(t) promptement — et gratieusement ( Ms. et Coll.)

* Gen., XXIY, 14-:

Surius, ad diem Maii.

Pim |

chose commandée, celuy qui a l'obeissance amoureuse l'entreprend amoureusement, parce que l’obeissance estant une principale partie de l’humilité qui ayme souverainement la sousmission, l'obeissant par consequent ayme le commandement, et dés qu'il l'appercoit de loin, quel qu'il puisse estre, soit-il selon son goust ou non, il l'embrasse, il le caresse et le cherit tendrement !"), Il y a dans la Vie de saint Pachome * un exemple de ceste promptitude à l'obeissance que je vous veux dire. Entre les Religieux de saint Pachome il v en avoit un nommé Jonas, homme de grande vertu et sainteté, lequel avoit la charge du jardin, dans lequel il y avoit un figuier qui portoit de fort belles figues. Or ce figuier servoit de tentation aux jeunes Religieux ; toutes les fois qu'ils passoyent aupres, ils regardoyent tousjours un peu ces figues. Saint Pachome l'ayant remarqué, et se promenant un jour par le jardin, il leva ses yeux contre ce figuier et vid le diable au dessus, qui regardoit les figues de haut en bas, comme les Religieux les regardoyent du bas en haut. Ce grand Saint, qui ne desiroit pas moins de dresser ses Religieux à une totale mortification des sens comme à la mortification interieure des passions et inclinations, appella Jonas et luy commanda que le lendemain il ne manquast à couper le figuier ; à quoy le pauvre Jonas repliqua : Hé, mon Pere, encor faut-il un peu supporter ces jeunes gens; il les faut bien recréer en quelque chose (*); ce n'est pas pour moy que je le veux conserver. A quoy le Pere respondit fort doucement : Bien, mon Frere, vous n'avez pas voulu obeir simplement et promptement ; mais que voulez-vous gager que l'arbre sera plus obeissant que vous? Ce qui arriva ; car le lendemain on le trouva tout sec, et ne porta jamais fruict. Le pauvre

(u) de loin, — quelle mine qu'il puisse avoir, soit qu'il soit selon son goust ou non, il l'embrasse, il le caresse tendrement et le cherit uniquement. (Ms. et Coll.)

(v) ces Jeunes gens ; — que voulez-vous, mon Pere, ce sont de bons enfans, il faut bien leur permettre quelque recreation (Ms. et Coll.)

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