‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 122 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

quelque autre chose ; car cela osteroit la paix et tranquillité de coeur, qui est le principal fruict de l’obeissance amoureuse.

La troisiesme condition de l’obeissance c’est la perseverance. Or ceste-cy, Nostre Seigneur la nous enseigne fort particulierement ; saint Paul l'a declaré en ces termes*: Il a esté fait obeissant jusques à la mort; et encherissant ceste obeissance : ef jusques à Ja mort de la croix, dit-il. En ces paroles, jusques à la mort, est presupposé qu'il a esté obeissant tout le temps de sa vie, pendant lequel on ne void autre chose que des traits d'obeissance rendue par luy, tant à ses parents qu'à plusieurs autres, voire mesme à des impies et meschans; et comme il (z commença par ceste vertu, de mesme il paracheva par elle le cours de ceste vie mortelle.

Le bon Religieux Jonas nous fournit deux exemples sur le sujet de la perseverance; et bien qu'il n'obeist si promptement au commandement que saint Pachome luy donna, c'estoit neantmoins un Religieux de grande perfection : car dés qu'il entra en Religion jusques à la mort il continua en l'office de jardinier, sans jamais le changer (2) durant soixante et quinze ans qu'il vescut en ce monastere ; et l'autre exercice auquel il persevera aussi toute sa vie, comme je vous ay dit cy-devant, fut de faire des nattes de joncs entrelacés avec des feuilles

(z) fout le temps de sa vie, — voir dés qu'il estoit és entrailles de Nostre Dame, ainsi que nous avons dit, quand il alla ou qu'il fut porté par sa Mere de Nazareth en Bethlehem. Il semble qu'il fut mesme plus obeissant à sa mort que non pas au commencement de sa vie, car quand il estoit sur le giron de sa glorieuse Mere, il remuoit bien les bras et les jambes pour s'essayer de vouloir marcher ; mais en sa mort il ne remue ni bras ni jambes, ains meurt immobile par obeissance. Durant tout le cours de sa vie l'on ne void autre chose que des traits d'obeissance rendue tant à ses parents qu'à plusieurs autres, voire tres-impies. Ainsy qu'il (Ms. et Coll.)

(a') Le bon Religieux Jonas, duquel j'ay desja parlé, nous fournit deux exemples sur ce sujet de la perseverance; car bien qu'il manquast à ceste obeissance que saint Pachome luy donnoit, c'estoit neantmoins un Religieux de grande perfection, et auquel il semble que saint Pachome ne devoit pas refuser la conservation du figuier, à cause de la perseverance qu'il avoit eué dés qu'il entra jusques alors, et jusques à la mort, à faire le jardin; car il ne changea jamais de charge (Ms. et Coll.)

* Philip., n, 8.

* Ubi supra, p. 178.

182 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

de palmes, tellement qu'il mourut en les faisant (P). C'est une tres-grande vertu de perseverer si longuement en un tel exercice ; car de faire joyeusement une chose que l’on commande pour une fois, tant que l’on voudra, cela ne couste rien; mais quand on vous dit : vous ferez tousjours cela, et tout le temps de vostre vie, c'est là où il y a de la vertu et où gist la difficulté. Voila donc ce que j'avois à vous dire touchant l’obeissance, sinon encore ce mot, que l'obeissance est d'un si grand prix qu'elle est compagne de la charité; et ces deux vertus sont celles qui donnent le prix et la valeur à toutes les autres, de sorte que sans elles toutes les autres ne sont rien. Si vous n'avez ces deux vertus, vous n'en avez point; si vous les avez, vous avez quant et quant toutes les autres.

Mais passant plus outre, et laissant à part l'obeissance generale aux commandemens de Dieu et parlant de l'obeissance religieuse, je dis que si le Religieux n'obeit, il ne scauroit avoir aucune vertu, parce que c'est l'obeissance qui le rend principalement Religieux, comme estant la vertu propre et particuliere de la Religion. Ayez mesme le desir du martyre pour l'amour de Dieu, cela n'est rien si vous n'avez (©) l'obeissance. (1) Nous lisons en la Vie de saint Pachome *, qu'un de ses Religieux ayant perseveré tout le temps de son novitiat en une humilité et sousmission exemplaire, vint trouver

(b') en — ce faisant, et l'on le trouva mort tout en un monceau, ses nattes sur ses genoux. Il estoit tellement duit à ceste sorte de besogne, qu'il faisoit l'oraison mentale en les faisant, sans nulle difficulté. (Ms. et Coll.)

( c' ; 'obeissance, ainsi qu'il arriva à un Religieux de saint Pachome. Je me plais grandement à raconter quelque chose de cest autheur, parce que c'estoit un tres-grand Saint, Pere des Religieux. 11 rapporte donc, ou celuy qui escrit sa Vie, qu'il vint un jour parmi eux un jeune homme pour estre receu en leur compagnie. Le Saint l'ayant admis, il persevera tout le temps de son année de probation avec une humilité et sousmission exemplaire. C'est certes par tout que les Novices font des merveilles en l'année de leur novitiat et l'on les remarque par tout pour estre fort mortifiés; ils tiennent les yeux si bas!

( 1) [Voir à l'Appendice III.]

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