XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCB
jamais de ceste voye, ni de l'observance des choses qui y sont dites par forme de direction, non plus que de celles qui y sont commandées. Le vray obeissant vivra doucement et paisiblement comme un enfant qui est entre les bras de sa chere mere, lequel ne se met point en soin de ce qui luy pourra survenir; que la mere le porte sur le bras droit ou sur le gauche, il ne s'en soucie pas. De mesme le vray obeissant, que l'on luy commande cecy ou cela, il ne s'en met point en peine ; pourveu que l'on luy commande, et qu'il soit tousjours entre les bras de l'obeissance, je veux dire en l'exercice de l'obeissance, il est content. Or à celuy-là, je luy peux bien asseurer de la part de Dieu le Paradis pour la vie eternelle; comme aussi, durant le cours de ceste vie mortelle, il jouira de la vraye tranquillité, il n'en faut point douter.
(f) Vous demandez maintenant si vous estes obligées sur peine de peché, de faire tout ce que les Superieurs vous disent que vous fassiez ; comme quand vous rendez compte, s'il faut que vous teniez pour commandement tout ce que la Superieure vous dit, qui est propre à vostre avancement. O non, ma fille : les Superieurs,
se retire jamais de ceste voye ni de l'observance, tant des choses qui sont dites par forme de direction ou de conseil, comme de celles qui sont commandées. Le vray obeissant rendra compte de quelques pensées, mais d'actions faites par obeissance, jamais. Il vivra (Ms. et Coll.) [Reprendre au texte, lig. 4.]
(f') Mais j'ay assez dit; demandez aussi quelque chose. S'il vous est venu quelques difficultés sur ce sujet, proposez-les maintenant. (Ms.)
Vous demandez si tout ce que les Superieurs vous disent qu'il faut que vous fassiez, si vous estes obligée sur peine de confession de le faire; comme quand vous rendez compte, si vous devez tenir pour commandement tout ce que la Superieure vous dit, propre à vostre avancement? O non, ma chere fille; car de faire des fautes par oubli quelquefois, en ce qui nous est commandé, il y a peu ou point de peché, sinon que la chose qui est commandée fust de tres-grande importance ; car en ce cas nous serions obligés d'y appliquer fortement nostre memoire pour nous en ressouvenir, comme aussi si c'estoit quelque chose qui regardast le bon ordre de la maison; d'autant qu'en ce cas là, encor que ce qui est commandé soit fort leger, comme par exemple, d'esteindre tous les soirs la chandelle, c'est sans doute qu'une fille qui ne voudroit pas s'assujettir à ceste obeissance, offenseroit Dieu. Pour y manquer quelquefois par oubli, il n'y a point de mal; mais d'en faire coustume, soit par negligence ou autrement, c'est cela qui fait le peché,
188 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
non plus que les confesseurs, n'ont pas tousjours intention d'obliger les inferieurs par les commandemens qu'ils font, et quand ils le veulent faire, ils usent du mot de commandement sur peine de desobeissance ; et alors les inferieurs sont obligés d'obeir sur peine de peché, bien que le commandement fust fort leger et de chose de peu ; mais autrement non. Car ils donnent des advis en trois sortes : les uns par forme de commandement, les autres par forme de conseil, et les autres par forme de simple direction. Dans les Constitutions et Regles
Les commandemens de Dieu et de la sainte Eglise ne sont pas si rigoureux comme l'on pense; ils ne gehennent pas tant les esprits comme l'on croid. La loy de Dieu est une loy toute d'amour et toute douce, ainsi que l'asseure David. Les distractions involontaires ne rendent pas nos oraisons ni nos Offices moins agreables à Dieu, et c'en est de mesme de ce que vous dites du dormir; car tout ainsi que nous ne sommes nullement obligés de redire nos Offices parce que nous avons esté distraits en les disant, nous n'avons point d'obligation non plus à les redire quand nous y avons un peu dormi, pourveu que ce ne soit pas durant une notable partie de l'Office, et que vous ayez eu tout le soin que vous avez peu pour vous tenir resveillée : car si vous estes negligente à cela, il y pourroit bien avoir matiere de confession. J'ay commencé mon Office bien resveillé et avec intention de le bien dire selon mon devoir; parmi l'Office il me vient un peu d'assoupissement, je dis neantmoins le verset que bien que mal, et cela durant le temps d'un ou deux Psalmes : que voudriez-vous faire à cela? Il ne s'en faut pas confesser pourtant, car vous ne scauriez quel remede y apporter, non plus que d'eviter les distractions qui vous y surviennent.
Vous me dites maintenant que parce que vous avez un peu d'aversion à l'article des Regles d'advertir les Sœurs en charité, sous pretexte que ce n'est pas chose d'importance vous ne vous assujettissez pas à le bien observer. A cela je responds, ma chere fille, que si bien vous n'y estes peut estre pas grandement obligée sur peine de peché, que neantmoins l'amour que vous devez porter à vos Regles vous y oblige. Certes, l'amour des Regles est de tres-grande importance, et partant il faut que chaque Sceur les embrasse cent fois le jour par grande tendreté de dilection ; et ce qui est dans nos Regles à quoy nos cœurs repugnent et ont de l'aversion d'observer, c'est à quoy nous devons estre plus fideles pour tesmoigner nostre amour à Nostre Seigneur. Je dis de mesme de cecy comme des aversions que nous avons les uns aux autres; car s'il arrive qu'une Sceur aye quelque peu d'aversion à une autre, il faut pour se surmonter qu'elle la caresse plus particulierement que les autres, qu'elle cherche l'occasion d'estre souvent pres d'elle pour luy parler, pour luy rendre quelque petit service.
Revenons à nostre propos et disons qu'il ne faut point gehenner les esprits par des vains scrupules, et partant je vay vous donner l'esclaircissement de ce que vous demandez. Les Superieurs, (Ms. et Coll.) [Reprendre au texte, lig. 1.]