‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 126 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

c'en est tout de mesme, car il y a des articles qui disent : Les Sceurs pourront faire telle chose, et d'autres qui disent : Elles feront, ou bien, se garderont de faire. Les uns sont des conseils et les autres des commandemens. Celles qui ne voudroyent pas s'assujettir aux conseils et à la direction contreviendroyent à l'obeissance (8) amoureuse ; et ce seroit tesmoigner une grande lascheté de cœur et avoir bien peu d'amour pour Dieu,

(g') amoureuse. C'est sans doute que vous n'estes pas obligée d'advertir les Sceurs de leurs defauts si vous n'avez point de charge de le faire, parce que la Regle use du mot, qu'elles pourront; mais, ma chere fille, il y a un commandement de Dieu de se corriger les uns les autres qui est encor de plus grande authorité que la Regle. Il est vray que c'est en ce qui regarde le peché, car ce seroit trop importuner de s'advertir à tous propos des legeres imperfections à quoy par nostre fragilité nous sommes tous sujets. Mais revenant à ce que nous disons, ne seroit-ce pas, je vous prie, tesmoigner une grande lascheté de courage et avoir bien peu d'amour pour Dieu que de ne vouloir faire que ce qui nous est commandé et rien davantage ? Certes, celuy qui voudroit observer les commandemens de Dieu ne voulant rien aire autre, c'est chose asseurée qu'il ne seroit pas damné, mais il monstreroit bien que ce n'est pas pour Dieu ni pour son amour qu'il obeit en les observant, mais pour luy mesme, à fin de n'estre damné. C'est comme celuy qui se vanteroit dequoy il n'est pas larron : et bien, si vous n'estes pas larron vous ne serez pas pendu, voila vostre recompense. Vous obeissez aux commandemens de Dieu qui vous sont faits : et bien, vous ne serez pas mis dehors du monastere, mais aussi ne serez-vous pas tenu comme un fidelle serviteur de Dieu, ains comme mercenaire, si vous ne faites rien de plus. Le serviteur qui ne voudroit rendre aucun service à son maistre que celuy pour lequel il a esté pris, seroit estimé comme un homme bien agreste. Bien, luy diroit le maistre, s'il ne le chassoit de la maison, vous vous arrestez au service pour lequel je vous ay pris; mais je m'arresteray aussi au gage que je vous ay promis, et n'aurez rien davantage.

Vous dites que vous voulez bien faire ce qui est conseillé et mesme ce qui vous est donné par forme de direction, mais que vous desirez de sçavoir si y manquant quelquefois vous estes autant obligée à vous en confesser comme de ce qui vous est commandé. Nullement. Quand un homme se confesse à moy et me dit qu'il joue, et qu'ordinairement quand il joue il jure Dieu parce qu'il est sujet à se passionner, sur cela je luy commande de la part de Dieu de ne plus jouer; et à ce commandement que je luy fais, il est obligé d'obeir. Mais quand je luy demande : Jurez-vous toutes les fois que vous jouez? Il me dit : Non, pas ordinairement. Lors je luy dis : Mon fils, je vous conseille de ne plus jouer, parce que c'est un amusement vain et inutile. A cecy il n'est pas obligé d'obeir sur peine de peché; mais quand je luy dis par forme de direction : Mon enfant, vous devriez vous abstenir de jouer; parce que je ne suis pas obligé de luy defendre le jeu quand il ne luy arrive de se passionner ou jurer que fort rarement, alors il n'est nullement obligé de s'en abstenir. De mesme en est-il quand les Superieurs disent quelque chose qu'ils ne commandent pas,

., XXL, 28-30.

) quo infra.

190 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

que de ne vouloir faire que ce qui nous est commandé et rien davantage. Et, bien qu'elles ne contreviennent pas à l'obeissance qu'elles ont voüée, qui est celle des commandemens et conseils, quand elles ne s'assujettissent pas à la suite de la direction, elles contreviennent neantmoins à l'obeissance amoureuse à laquelle toutes les Filles de la Visitation doivent pretendre.

Vous me demandez si l'on ne pourroit pas bien penser lors qu'on vous change de Superieure, qu'elle n'est pas si capable que celle que vous aviez et qu'elle n'a pas tant de cognoissance du chemin par lequel il vous faut conduire. O certes, nous ne pouvons pas empescher que la pensée ne nous en vienne, mais de s'y arrester, c'est ce qu'il ne faut point faire ; car si Balaam fut bien instruit par une asnesse *, à plus forte raison devonsnous croire que Dieu qui nous a donné ceste Superieure, fera bien qu'elle nous enseignera selon sa volonté, bien que peut estre ce ne sera pas selon la nostre. Nostre Seigneur a promis que le vray obeissant ne se perdra jamais*; non certes, celuy qui suivra indistinctement la volonté et direction des Superieurs que Dieu establira sur luy. Bien que les Superieurs fussent ignorans et conduisissent leurs inferieurs selon leur ignorance, voire

bien que la perfection à laquelle nous pretendons nous doive faire estimer et embrasser tout ce qui peut servir à nous unir et conjoindre à la divine Majesté, laquelle union doit estre l'unique pretention de nos ames, et pour laquelle nous devons tout faire ce que nous faisons. Bien que nous ne contrevenions pas à l'obeissance que nous avons voüée, qui est celle des commandemens, quand nous ne nous assujettissons pas à la suite des conseils et de la direction, nous contrevenons neantmoins à l'obeissance amoureuse à laquelle nous pretendons, nous autres qui sommes en la Visitation; car, Dieu nous garde de n'avoir pas le courage d'embrasser la pratique de l'obeissance amoureuse, ainsi que nous l'avons depeinte tantost !

Vous dites, comme une ame qui n'a point du tout d'amour à l'obeissance peut faire pour l'acquerir ? Helas, ma chere fille, il n'y a rien autre à faire que de tascher de l'aymer. Je veux dire, lors que l'o chose, d'embrasser et caresser ce commandement, puis, quand il nous en est fait un autre en faire de mesme, comme estant une sorore qui ct nin sot Die; t deco M e met Ta 08 accoustumerez vostre con. à ni Ms. uy-ià à un autre. Ainsi faisant, vous

. . et Coll.) [Reprendre au texte, lig. 8.)

n vous commande quelque le mignoter et baiser ; et

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