‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 128 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

Mais ne seroit-il point loisible à une fille qui a desja vescu longuement en Religion, et qui y a rendu de grands services, de se relascher un peu à l’obeissance, au moins en quelque petite chose ? O bon Dieu! que seroit cela, sinon faire comme un maistre pilote qui ayant amené sa barque au port, apres avoir longuement et peniblement travaillé pour la sauver des perils de la tourmente et des vagues de la mer, voudroit en fin, estant arrivé au port, rompre son navire et se jetter luy-mesme dans la mer? Ne le jugeroit-on pas bien fol ? car s’il vouloit faire cela, il ne se devoit pas tant travailler pour amener la barque jusqu’au port. Le Religieux qui a bien commencé n’a pas tout fait, s’il ne persevere jusques à la fin. Il ne faut pas dire qu'il n'appartient qu'aux Novices d'estre si exacts. Bien que lon voye pour l'ordinaire en toutes les Religions les Novices fort exacts et mortifiés, ce n'est pas qu'ils soyent plus obligés que les Profés : è non, car ils ne le sont encore nullement, ains ils perseverent en obeissance pour parvenir à la grace de la profession ; mais les Profés y sont obligés en vertu des vœux qu'ils ont faits, lesquels il ne suffit pas d'avoir faits pour estre Religieux, si on ne les observe. (X) Le Religieux qui penseroit se pouvoir relascher en quelque chose apres sa profession, voire apres avoir desja vescu longuement en Religion, se tromperoit grandement. Nostre Seigneur se monstra plus exact en sa mort qu'en son enfance à se laisser manier et plier, ainsi que j'ay dit tantost *. (U) Et c'est assez dit de l'obeissance pour nous y affectionner.

Reste seulement de dire un petit mot sur la question

(k') observe. — Ce seroit ressembler à ceux qui paroissent si mortifiés le jour de Pasques, parce qu'ils se confessent, et le lendemain, mondains comme devant. (Ms. et Coll.)

(1') fantost, — parce qu'estant dans le giron de sa chere Mere qui le vouloit emmailloter, il remuoit bien un peu ses petites mains et ses petits pieds; mais en la croix il ne fit nul remuement, se laissant cloüer tout ainsy comme l'on voulut. (Ms.)

* Vide p. 181,var.(

* Cf. var. b, p. 169.

194 Les vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

qui me fut faite hier au soir *, scavoir, s'il est loisible aux Sceurs de se dire l'une à l'autre qu'elles ont esté mortifiées par la Superieure ou la Maistresse des Novices sur quelque occasion. Or, je responds que cecy se peut dire en trois sortes. La premiere est qu'une Sceur peut aller dire: Bon Dieu, ma Sceur, que nostre Mere vient de me bien mortifier! toute joyeuse dequoy elle a esté digne de ceste mortification, et dequoy la Superieure luy a fait faire ce petit gain pour son ame, luy disant bien son fait sans l’espargner; et partant elle en donne la joye à sa Sœur à fin qu'elle luy aide à en benir Dieu. La seconde facon en laquelle l'on le peut dire est pour se soulager : elle trouve la mortification ou correction bien pesante, elle s'en va un peu descharger sur sa Sceur à qui elle le dit, laquelle la plaignant luy ostera une partie de sa charge ; et ceste facon n'est desja pas tant supportable que la premiere, parce que l'on commet une imperfection en se plaignant. Mais la troisiesme seroit tout à fait mauvaise, qui est de le dire par forme de murmure et de despit, et pour faire cognoistre que la Superieure a eu tort; or de ceste facon, je scay bien que l'on ne le fait pas en ceste maison, par la grace de Dieu.

De la premiere facon, encore qu'il n'y ayt point de mal de le dire, il seroit pourtant tres-bien de ne le dire pas, ains s'occuper en soy-mesme à s'en resjouir avec Dieu. En la seconde facon, certes, il ne le faut pas faire, car par le moyen de nostre plainte nous perdons le merite de la mortification. Scavez-vous ce qu'il faut faire quand nous sommes corrigés et mortifiés ? il nous faut prendre ceste mortification (^ comme une pomme d'amour et la cacher en nostre cceur, la baisant et caressant le plus tendrement qu'il nous est possible. D'aller aussi dire : Je viens de parler à nostre Mere, je suis aussi seche que j'estois auparavant, il n'y a que s'attacher à Dieu; pour moy je ne retire aucune consolation

nr) ceste mortification — à pleine main, (Ms. et Coll.)

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