‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 129 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

des creatures, J'ay esté moins consolée que je n'estols ; cela n'est pas à propos. La Sœur à laquelle on dit cecy devroit respondre fort doucement : Ma chere Sceur, que ne vous estiez-vous bien attachée à Dieu, ainsi que vous dites qu'il faut faire, avant qu'aller parler à nostre Mere, et vous n'auriez pas du mescontentement dequoy elle ne vous a pas consolée. Mais en ce sens-là que vous dites, qu'il se faut bien attacher à Dieu, prenez garde que cherchant Dieu au defaut des creatures il ne se veuille laisser trouver ; car il veut estre cherché avant toutes choses et au mespris de toute chose. Parce que les creatures ne me contentent pas, je cherche le Createur : è non ! le Createur merite bien que je quitte tout pour luy; aussi veut-il que nous le fassions. Quand donc nous sortons de devant la Superieure toutes seches et sans avoir receu une seule goutte de consolation, il faut que nous emportions nostre secheresse comme un baume precieux, comme l'on fait des affections que l'on recoit en la sainte oraison, comme un baume, dis-je, et que nous ayons un grand soin de ne pas laisser respandre ceste liqueur precieuse qui nous a esté envoyée du Ciel comme un don tres-grand, à fin de parfumer nostre coeur de la privation de la consolation que nous pensions rencontrer és paroles de la Superieure.

Mais il y a une chose à remarquer sur ce sujet, qui est que quelquefois l'on porte un cœur sec et dur (») lors que l'on va parler à la Superieure, lequel ne peut estre capable d'estre arrousé ni humecté de l'eau de la consolation, d'autant qu'il n'est nullement' susceptible de ce que la Superieure dit; et encore qu'elle parle fort bien selon vostre necessité, neantmoins il ne le vous semble pas. Une autre fois que vous aurez le cœur tendre et bien disposé, elle ne vous dira que trois ou quatre paroles, beaucoup moins utiles pour vostre perfection que les autres n'estoyent, qui vous consoleront ; et pourquoy ? parce que vostre coeur estoit disposé à

(n') et dur — comme un rocher (Ms. et Coll.)

Cf. var.(b ,p.169.

196 Les vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

cela. Il vous semble que les Superieurs ont la consolation sur le bord des levres et qu'ils la respandent facilement dans le cœur de ceux qu'ils veulent, ce qui n’est pas neantmoins ; car ils ne peuvent pas tousjours estre de mesme humeur non plus que les autres. Bien-heureux est celuy qui peut garder une égalité de cœur parmi toute ceste inégalité de succés. Tantost nous serons consolés, et d’icy à un peu nous aurons le cœur sec, et de telle sorte que les paroles de consolation nous cousteront extremement cher à dire.

Vous me demandiez encor * que j'eusse à vous dire quel estoit l'exercice propre à faire mourir le propre jugement ; à quoy je responds que c’est de luy retrancher fidelement toutes sortes de discours és occasions où il se veut rendre maistre, luy faisant connoistre qu'il n'est que valet ; car, mes cheres filles, ce n'est que par les actes reiterés que nous acquerons les vertus, bien qu'il y ayt eu quelques ames auxquelles Dieu les a données toutes en un moment. (o?) Donques, quand il vous vient envie de juger si une chose est bien ou mal ordonnée, tranchez (P) ce discours à vostre propre jugement ; et quand peu apres on vous dira qu'il faut faire une telle chose de telle facon, ne vous amusez point à discourir ou discerner si elle ne seroit point mieux autrement, faisant accroire à vostre jugement que la chose ne pourroit jamais estre mieux faite, que de la facon que l'on vous a dit. Si l'on vous donne quelque exercice, ne permettez pas à vostre jugement de discerner s'il vous sera propre ou non; et prenez garde que, si bien vous faites la chose ainsi qu'elle est commandée, bien souvent

(0°) en un moment. — Comme à sainte Catherine de Genes, laquelle fut convertie en un moment estant devant son confesseur, si bien qu'une autre servante de Dieu, qui pour lors estoit en la mesme ville, admiroit comme sainte Catherine avoit esté si promptement amendée de toutes ses imperfections ; au contraire, sainte Catherine l'admiroit dequoy apres tant de temps

qu'elle avoit employé à s'amender, elle ne l'avoit encor peu faire. (Ms. et Coll.)

(p ) retranchez (Ms. et Coll.)

Page 1