‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 130 sur 267 · XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE

le propre jugement n’obeit pas, je veux dire ne se sousmet pas, car il n’approuve pas le commandement : ce qui est pour l’ordinaire cause de la repugnance que nous avons de nous sousmettre à faire ce que l’on veut de nous. Parce que l’entendement et le jugement representent à la volonté que cela ne se doit pas, ou qu'il faut user d’autres moyens pour faire ce que l’on dit, que ceux qui nous sont marqués, elle ne peut se sousmettre, d'autant qu'elle fait tousjours plus d'estat des raisons que le propre jugement luy monstre que non pas d'aucune autre, car chacun croid que son propre jugement est le meilleur. Je n'ay jamais rencontré personne qui ne fist estat de son jugement, sinon deux (1) qui (9) me confesserent qu'ils n'avoyent point de jugement; et l'un, m'estant une fois venu trouver, me dit : Monsieur, je vous prie, dites-moy un peu une telle chose, car je n'ay point de jugement pour la pouvoir comprendre, ce qui m'estonna fort.

Nous avons en nostre áge un exemple grandement remarquable de la mortification du propre jugement. C'est d'un grand docteur, et grandement renommé, lequel composa un livre qu'il intitula : Des Dispensations et des Commandemens (2), lequel tombant un jour entre les mains du Pape, il jugea qu'il contenoit quelques propositions erronées; il l'escrivit à ce docteur à fin qu'il eust à les rayer de dessus son livre. (7) Ce docteur,

(q') sinon deux, — dont l'un est de ceste ville, et l'autre je ne sçay où il est. Mais ces deux (Ms.)

(r') du propre jugement. — Il y avoit un grand docteur à l'Université de Louvain, docteur grandement renommé, qui fit un livre qu'il intitula : Des Dispensations et Commandemens; lequel estant fait tomba entre les mains du Pape, dans lequel Sa Sainteté jugea estre quelques choses erronées, et l'escrivit à ce docteur à fin qu'il eust à les rayer de dessus son livre. Mais remarquez que le Pape n'y trouva rien d'heretique, mais seulement quelques raisons erronées. (Ms.)

(1) L'un de ces personnages est Mgr Camus, Evéque de Belley. (Voir L’Esprit du B. Frangois de Sales, Partie I, chap. xxxiv.)

(2) Selon toute vraisemblance, le « grand docteur » dont il est ici question, ne serait autre que Pierre de Villars, Archevéque de Vienne, qui est qualifié

recevant le commandement, sousmit si absolument son jugement qu'il ne voulut point esclaircir son affaire pour se justifier, ains au contraire il creut qu'il avoit tort et qu'il s'estoit laissé tromper à son propre jugement ; et montant en chaire, il leut tout haut (5) ce que le Pape luy avoit escrit, print son livre, le déchira en pieces, puis il dit tout haut que ce que le Pape avoit jugé sur ce fait avoit esté fort bien jugé; qu'il approuvoit de tout son cœur la censure et correction paternelle qu'il avoit daigné luy faire, comme estant tres-juste et tresdouce à luy qui meritoit d'estre rigoureusement chastié, et qu'il s'estonnoit grandement comme il avoit esté si aveugle que de s'estre laissé tromper à son propre jugement en chose si manifestement mauvaise. Il n'estoit nullement obligé de faire cecy, parce que le Pape ne le commandoit pas, ains seulement qu'il eust à rayer de dessus son livre certaine chose qui n'avoit pas semblé bonne ; car, ce qui est bien remarquable, elle n'estoit pas heretique, ni si manifestement erronée qu'elle ne peust estre defendue (*). Il tesmoigna une grande vertu

(s') fout — au long (Ms. et Coll.) (t') parce que le Pape ne — commandoit rien de tout cela, ains seulement qu'il eust à biffer de dessus son livre certaines choses. (Ms.)

presque de la même manière dans la Préface du Zraitt? de l'Amour de Dieu. Ce Prélat avait publié un livre intitulé : Remonsirances, Advertissements et Exhortations sur les principales choses qui sont a reformer, establir et observer aux Heures Canoniales, etc. (Jaques Roussin, Lyon, 1608.) Or, dans la « Conclusion » de ce livre étaient formulées au sujet des « Commendes » et des « Exemptions » certaines propositions qui désagréérent au Pape Clément VIII. Dés qu'il eut connaissance du mécontentement de ce Pontife, l'auteur lui écrivit une lettre de soumission, dont l'original est conservé dans les Archives du Vatican (Nonc. di Savoia, vol. 29, p. 170). Elle est congue en termes identiques à ceux que rapporte saint Frangois de Sales.

La différence du titre donné à la partie de l'ouvrage qui fut censurée n'infirme pas notre assertion. On s'explique méme assez facilement comment la Religieuse chargée de recueillir l'Entretien a confondu « Dispensations et Commandemens » avec « Commendes et Exemptions. » Elle s'est également trompée en indiquant comme auteur du traité un « docteur de Louvain. » Aussi on eut soin de faire disparaitre cette erreur du texte des Vrays Entretiens.

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