PRÉFACE XXVII
sur les toits ce qui vous a été confié en secret. Ces conférences intimes qui devaient n’éveiller d'écho que dans un petit nombre de cœurs fidèles retentissent dans l'Eglise entiére et, sans distinction d'idiome et de nationalité, portent aux ámes de bonne volonté la consolation, la lumière et la paix. Un exposé de la doctrine qu'il renferme aidera à apprécier la valeur de ce livre, valeur attestée par l'admiration qu'il a inspirée à plusieurs saints personnages et les fruits qu'il a produits dans l'Ordre de la Visitation. Il sera utile de prendre cette étude d'un peu haut et de la compléter par une courte appréciation du style des Vrays Entretiens spirituels.
Valeur doctrinale et littéraire des Entretiens
La vie chrétienne et la vie religieuse sont la mise en action de l'Evangile; seulement l'une est astreinte à la simple observation des préceptes, l'autre y ajoute la pratique des conseils : elle est le plein épanouissement de la premiére, et, des mémes principes, tire des conséquences plus rigoureuses. Le but à atteindre est identique : l'éternelle possession de Dieu; la voie à suivre est substantiellement la méme : aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, et le prochain comme soi-méme. Mais comme ce précepte ne peut s'accomplir que par l'abnégation de l'amour-propre, et que cette abnégation présente des degrés presque infinis, l'état religieux a, par dessus la vie chrétienne, l'avantage d'établir l'áme dans une disposition de renoncement continuel et universel à tout ce qui peut mettre obstacle à l'exercice du parfait amour de Dieu.
Tous les Fondateurs d'Ordre se sont proposé de réduire
en servitude le moi humain, l’homme de péché, comme l’appelle saint Paul, mais par des moyens divers. Les Règles qu'ils ont dressées sont adaptées aux mœurs et aux besoins de leur époque, aux aspirations d’une certaine classe d’àmes qu'ils avaient spécialement en vue. On sait que la vie monastique prit naissance en Orient durant l’ère des persécutions. Alors que les martyrs purifiaient les crimes du vieux monde dans leur sang, les solitaires embaumaient l'Eglise des parfums de leur pénitence. Eux aussi se considéraient comme des victimes et faisaient de leur existence une immolation perpétuelle. C'est sous cette forme que la vie religieuse fut introduite en Occident. Le grand Ordre de saint Benoit, dans la variété de ses observances et l'unité de son esprit, couvrit l'Europe pendant toute la durée du Moyen-Age ; et dans ces monastères, où l'on vivait d'une maniére plus angélique qu'humaine, l'austérité de vie et les gráces surnaturelles qui en sont parfois la récompense semblaient étre la mesure exacte de la sainteté. Il en fut de méme chez les Religieux mendiants qui ajoutérent les rigueurs d'une pauvreté extréme à celles d'une extréme pénitence.
A laurore des temps modernes, saint Ignace vint opérer une remarquable révolution dans les idées qui jusqu'alors avaient présidé à toute législation monastique. Il voulait instituer moins des pénitents que des apótres. Ce n'est pas à dire qu'il ait supprimé les rigueurs extérieures dans la célèbre Société dont il fut le Fondateur, mais il leur assigna un rang secondaire. La vie religieuse resta à ses yeux ce qu'elle est en réalité, une milice; toutefois il déplaça le champ de bataille, et sans laisser de crucifier la chair, plus qu'aucun autre il déclara la guerre aux passions déréglées de l'áàme; c'est une lutte à outrance, une sorte de duel qu'il faut entreprendre contre chacune de ses tendances perverses ou seulement dangereuses. Tels sont les principes exposés dans les Exercices spirituels, et appliqués dans les Régles de la Compagnie de Jésus.
Saint Francois de Sales parait à son heure investi par