‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 136 sur 267 · XII. DE LA SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

XII. DE LA SIMPLICITÉ

que l’on pensera de vous, (P) est contraire à la simplicité; . Car nous avons dit qu'elle ne vise qu'à contenter Dieu et nullement les creatures, sinon entant que l'amour de Dieu le requiert. Apres que l’ame simple a fait une action qu'elle juge se devoir faire, elle n'y pense plus; et s'il luy vient à la pensée ce (4) que l'on dira ou que lon pensera d'elle, elle retranche promptement tout cela, parce qu'elle ne peut souffrir aucun divertissement en sa pretention, qui est de se tenir attentive à son Dieu pour accroistre en elle son amour. La consideration des creatures ne l'esmeut point pour aucune chose, car elle refere tout au Createur.

De mesme en est-il de ce que l'on pourroit dire, s'il n'est pas permis de se servir de la prudence pour ne pas descouvrir aux Superieurs ce que l'on penseroit les pouvoir troubler, ou (Y) nous-mesmes en le disant; car la simplicité ne regarde sinon s'il est expedient de dire ou de faire telle chose, et puis là dessus elle se met à la faire, sans perdre le temps à considerer si le Superieur se trouble, ou bien encor moy, si je luy dis quelque pensée que j'ay eu de luy, ou qu'il ne se trouble pas, ni moy aussi. S'il est expedient pour moy de le dire, je ne laisseray pas de le dire tout simplement, en arrive apres ce que Dieu voudra. Quand j'auray fait mon devoir, je ne me mettray pas en peine d'autre chose (5).

Il ne faut pas tousjours tant craindre le trouble, soit pour soy-mesme, soit pour autruy ; car le trouble de

(p) quand nous sommes — mortifiés de quelque chose. Mais vous trompez ceux qui vous voyent, dites-vous, d'autant que, bien que vous soyez fort immortifiée, ils croiront que vous estes fort vertueuse. C'est ceste reflexion, ma chere Sceur, que vous faites sur ce que l'on dira ou pensera de vous, qui

(q) lame simple — ou qui est ornée de la vertu de simplicité, a fait une action qu'elle juge se devoir faire, elle n'y pense plus; et s'il luy vient de ces fanfares, à scavoir,

(r) De mesme en est-il de ce que vous dites, s'il n'est point permis de se servir de la prudence pour ne pas tout dire aux Superieurs, mesmement quand nous penserions que ce que nous avons à leur dire les pourroit troubler, ou bien

(s) d'autre chose, — car Dieu ne le veut pas,

soy-mesme n’est pas peché. Si je scay qu’allant en quelque compagnie l’on me dira quelque parole qui me troublera et m'esmouvera, je ne dois pas eviter d'y aller; ains je m'y dois porter, armé de la confiance que je dois avoir en la protection divine, qu’elle me fortifiera pour vaincre ma nature contre laquelle je veux faire la guerre. Ce trouble ne se fait qu’en la partie inferieure de nostre ame; c'est pourquoy il ne s'en faut nullement estonner, quand il n'est pas suivi, je veux dire quand nous ne consentons point à ce qu'il nous suggere ; car en ce cas là il ne le faudroit pas faire. Mais d'oü pensons-nous que vienne ce trouble (t), sinon du manquement de simplicité, d'autant que l'on s'amuse souvent à penser : que dira-t'on ou que pensera-t'on ? au lieu de penser à Dieu et à ce qui nous peut rendre plus agreables à sa Bonté.

Mais si je dis une telle chose, j'en demeureray plus en peine que devant que l'avoir dite. Dien, si vous ne la voulez dire et qu'elle ne soit pas necessaire, n'ayant besoin d'instruction sur ce fait, resolvez-vous promptement et ne perdez pas le temps à considerer si vous la devez dire ou non; car il n'y auroit pas de lapparence de faire une heure de consideration sur toutes les menues actions de nostre vie. Mais de plus, je pense, quant à moy, qu'il est meilleur et plus expedient de dire à la Superieure les pensées qui nous mortifient le plus, (*) que non pas plusieurs autres qui ne servent de rien, sinon pour accroistre l'entretien que vous faites avec elle. Et si vous en demeurez en peine, ce n'est que l'immortification qui fait cela; car à quel propos diray-je ce qui n'est pas necessaire pour mon

(t) Mais d'oà — pensez-vous que ce trouble vienne bien souvent

(u) de l'apparence — que, sous le pretexte de la prudence, nous voulussions faire une heure de consideration sur toutes les menues actions de nostre vie. Si je dis à la Superieure toutes les pensées qui me peuvent le plus mortifier, jen demeureray apres bien en peine. Dites-vous, ma chere fille, sil est expedient de luy dire toutes celles qui vous mortifient le plus? Quant à moy je pense que ouy, qu'il seroit mieux de luy dire celles-là

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