XII. DE LA SIMPLICITÉ
en ce poinct, comme si l’honneur des Sceurs dependoit de ceste accusation. Il faut voirement observer et attendre le temps convenable pour faire la correction, car la faire sur le champ est un peu dangereux; mais hors de là, il faut faire en simplicité ce que nous sommes obligés de faire selon Dieu, et cela sans scrupule. Car bien que peut estre ceste personne se passionne et se trouble apres l’advertissement que vous luy aurez fait, vous n’en estes pas cause, ce n’est que son immortification. Que si elle commet quelque faute sur le champ, cela sera cause qu'elle en evitera plusieurs autres qu'elle eust faites en perseverant en son defaut. La Superieure ne doit pas laisser de corriger les Sceurs parce qu’elles ont de l’aversion à la correction ; car peut estre tant que nous vivrons nous en aurons tousjours, d’autant que c’est une chose totalement contraire à la nature de l’homme d'aymer d'estre avili et corrigé ; mais ceste aversion ne doit pas estre favorisée de nostre volonté laquelle doit aymer l'humiliation. (4)
accusations. Je diray bien plus : si je sçavois que ceste personne que j'ay à corriger commettroit un peché veniel emmi le trouble que mon advertissement ou correction luy causeroit, je ne devrois pas laisser de le faire pour la seule consideration du trouble, qui n'est point peché en soy, ains seulement és mauvais eflets qu'il produit. Seulement devrois-je, et il le faut observer, attendre le temps convenable, car de faire les corrections sur le champ c’est ce qui est dangereux. Si je pouvois prevoir qu'en attendant un peu, ceste personne fust plus disposée, sans doute je serois obligé d'attendre; mais hors de là, il faut faire en simplicité ce que nous sommes obligés de faire selon Dieu, et cela sans scrupule. Car si bien ceste personne se passionne et se trouble apres l'advertissement et la correction que je luy fais, je n'en peux mais et n'en suis pas cause, ce n'est que son immortification; et si elle commet sur l'heure un peché veniel, ce peché-là sera cause qu'elle en evitera plusieurs autres qu'elle eust commis en perseverant en son defaut. Non pas, ma chere fille, la Superieure [Reprendre au texte, lig. 13.]
(a) l'humiliation. — Les Regles le disent expressement que vous pouvez faire l’advertissement en particulier si la faute est secrette. Mais l'on me verra parler en particulier et l'on m'en advertira. C'est sans doute, car les Sœurs qui vous voyent ne sçavent pas de quoy vous parlez; mais quel interest y a-t'il? Vous en serez bien mortifiée : eh bien, Dieu en soit beni! cela vous humiliera d'autant. Vous en devez estre bien ayse, dequoy vous estes reprise en faisant bien, car en cela vous estes du parti de Nostre Seigneur, lequel n'ayant jamais fait mal, a neantmoins voulu estre tenu et estre mis à mort pour un
\ct., IX, 4-7.
214 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
Vous voulez que je vous die un mot de la simplicité que nous devons avoir à nous laisser conduire selon l'interieur, tant à Dieu que par nos Superieurs. Il y à des ames qui ne veulent, à ce qu'elles disent, (5) estre conduites que par l'Esprit de Dieu, et leur semble que tout ce qu'elles s'imaginent soit des inspirations et des mouvemens du Saint Esprit, qui les prend par la main et les conduit en tout ce qu'elles veulent faire, comme des enfans, en quoy certes elles se trompent fort. Car, je vous prie, y a-t'il jamais eu une vocation plus speciale que celle de saint Paul, en laquelle Nostre Seigneur luy parla luy-mesme pour le convertir? et neantmoins il ne voulut pas l'instruire, ains le renvoya à Ananie, disant : Va-t'en, tu trouveras un homme qui te dira ce que tu auras à faire *. Et bien que saint Paul eust peu dire : Seigneur, et pourquoy non vous-mesme ne le direz-vous pas? il ne le dit pas pourtant (^), ains s'en alla tout simplement faire comme il luy estoit commandé. Et nous autres penserons estre plus favorisés de Dieu que saint Paul, croyans qu'il
malfaicteur. La vertu de simplicité embrasse amoureusement ceste mortification comme un moyen propre pour luy ayder à parvenir tant plus tost à sa pretention, qui est de s'unir à Nostre Seigneur par une totale conformité de vie et d'exercices.
Vous desirez de sçavoir encor si voyant que la Superieure ne tesmoigne pas d'aggréer que l'on luy parle des defauts que les Sœurs ont remarqués en elle, si l'on ne doit pas laisser de les luy dire en simplicité? Qui en doute de cela? la Superieure n'en doit pas tesmoigner de l'agrement aussi ; et qu'est-il besoin de prendre garde si elle l'aggrée ou non? La Superieure vous escoute et vous preste l'oreille pour ouyr ce que vous luy voudrez dire; n'est-ce pas assez? Mais elle ne me dit rien pour me tesmoigner qu'elle trouve bon que je le luy aye dit. Et qu'importe? ayant rendu vostre devoir, pourquoy vous mettez-vous en peine du reste? Peut estre qu'elle pensera que je l'ay dit à quelque autre intention que celle de la charité. Tout cela, mes cheres filles, sont des retours fort contraires à la simplicité qui ne s'amuse qu'autour de Nostre Seigneur. Mais passons outre.
(b') Certes, je ne scay pas quelle est l'intention de nostre Mere, mais je crois bien qu'elle est telle que vous jugez, à sçavoir, que nous disions quelque chose de la simplicité que nous devons avoir à nous laisser conduire selon l'interieur, tant par Dieu que par nos Superieurs. I1 y a certes des ames qui sont, comme vous dites, si braves en elles-mesmes, qu'elles ne veulent
(c') me — me le direz-vous pas bien? il ne fit rien de tout cela