XIII. De L'Esprir DES REGLES
par icelle comprendre plus aisement (r) quel est l'esprit particulier de la Visitation, j'ay tousjours jugé que c'estoit un esprit d'une profonde humilité envers Dieu et d'une grande douceur envers le prochain ; d'autant qu'ayant moins de rigueur pour le corps, il faut qu'il y ayt tant plus de douceur de cœur. Tous les anciens Peres ont determiné que, oü l'aspreté des mortifications corporelles manque, il y doit avoir plus de perfection d'esprit ; il faut donc que l'humilité envers Dieu et la douceur envers le prochain supplée en vos maisons à l'austerité (s) des autres. Et si bien les austerités sont bonnes en elles-mesmes et sont des moyens de parvenir à la perfection, elles ne seroyent pas pourtant bonnes chez vous, d'autant que ce seroit contre les Regles (t).
L'esprit de douceur est tellement l'esprit de la Visitation, que quiconque y voudroit introduire plus d'austerités qu'il n'y a pas (*) maintenant, destruiroit incontinent la Visitation ; d'autant que ce seroit faire contre la fin pour laquelle elle a esté dressée, qui est pour y pouvoir recevoir les filles et femmes infirmes, qui n'ont pas des corps assez forts pour entreprendre, ou qui ne sont pas inspirées et attirées de servir et s'unir à Dieu par la voye des austerités que l'on fait és autres Religions. (v) Vous me direz peut estre : S'il arrive qu'une Sceur ayt une complexion robuste, peut-elle pas bien
(r) Il faut remarquer la fin pour laquelle la Congregation de la Visitation a esté erigée. Elle est assez bien exprimée au commencement de vos Regles, et la cognoissance de la fin vous fera assez aisement comprendre (Ms. et Coll.)
(s) supplée en — ceste maison à l'austerité des Sceurs Carmelites, des Sceurs de sainte Claire, des Chartreuses, et ainsi (Ms. et Coll.)
(t) elles ne seroyent pas — neantmoins bonnes en la maison de ceans, (Ms.) — bonnes és maisons de la Visitation, (Coll.) d'autant que ce seroit contre la fin des Regles. (Ms. et Coll.)
(u) L'esprit de douceur est tellement le propre esprit de la Visitation, que quiconque y voudroit introduire des austerités, soit plus de jeusnes, plus de disciplines qu'il n'y en a (Ms. et Coll.)
(v) pour entreprendre — de s'unir à Dieu par la voye des austerités que l'on fait aux autres Religions, ou bien qui n'y sont pas inspirées. De mesme, les Capucins descherroyent de leur premier esprit s'ils vouloyent quitter ceste extreme pauvreté dont saint François a fait profession, que mesme en
* Liber Fundationum, c. XVII.
230 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
faire des austerités plus que les autres, avec la permission de la Superieure, en sorte que les autres Sceurs ne s'en appercoivent pas ? Je responds à cela qu'il n'y a point de secret qui ne passe secrettement à une autre ; et ainsi de l'une à l'autre l'on vient à faire des Religions dans les Religions et des petites ligues, et puis tout se dissipe. La bien-heureuse Mere sainte Therese dit admirablement bien * le mal qu'apportent ces petites entreprises de vouloir faire plus que la Regle n'ordonne et que la Communauté ne fait; et particulierement si c'est la Superieure, le mal en sera plus grand ; car (w) tout aussi tost que ses filles s'en appercevront, elles voudront incontinent faire le mesme, et elles ne manqueront pas de raison pour se persuader qu'elles le feront bien, les unes poussées de zele, les autres pour luy complaire, et tout cela servira de tentation à celles qui ne pourront ou ne voudront pas faire de mesme.
Il ne faut jamais introduire, permettre ni souffrir ces particularités en Religion, excepté neantmoins en certaines necessités particulieres; comme s'il arrivoit qu'une Sceur fust pressée de quelque grande vexation ou tentation, alors ce ne seroit pas un extraordinaire de demander à la Superieure de faire quelques penitences plus que les autres ; car il faut user de la mesme simplicité que font les malades, qui doivent demander les remedes qui leur semblent les pouvoir soulager. Que s'il y avoit une Sceur qui fust si genereuse et courageuse que de vouloir parvenir à la perfection dans un quart d'heure, faisant plus que la Communauté, je luy conseillerois qu'elle s'humiliast et se sousmist à ne vouloir estre parfaite que dans trois jours, allant le train des autres. Et s'il se rencontre des Sceurs qui ayent des corps forts et robustes, à la bonne heure ; il ne faut pas
l'ornement de leurs eglises ils ne veulent rien de superflu, non pas seulement
des ornemens de soye; et s'il arrive que l'on en regoive en quelqu'un de leurs
couvens, on dit aussi tost qu'ils perdent l'esprit de leur Ordre. ( Ms. et Coll.) (w) car, — dit-elle, (Ms. et Coll.)