‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 15 sur 267 · PRÉFACE XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXI

devront « nourrir leurs cœurs en une devotion intime, « forte et genereuse » (p. 13). Souvent notre Saint leur parle de cet « esprit de force et de generosité que nous « avons tant d'envie de voir ceans » (p. 81). Il veut que leur courage grandisse au milieu des difficultés ; que les tentations leur soient un motif de confiance et un moyen d'avancement, puisque « la vertu de force « et la force de la vertu ne s'acquiert jamais au temps « de la paix » (p. 294). Il aime les natures énergiques, les àmes vigoureusement trempées, et ne se préoccupe nullement des difficultés que présente l'assouplissement de tels caractéres. « La Religion, » dit-il (p. 378), « ne « fait pas grand triomphe de façonner un esprit tout « fait, une ame douce et tranquille en elle-mesme, mais « elle estime grandement de reduire à la vertu les ames « fortes en leurs inclinations, car ces ames-là, si elles « sont fidelles, passeront les autres. »

Cette force, notre Docteur l'entend à la facon des anciens ; c'est principalement une vertu passive qui consiste à s'abstenir et à soutenir. Elle exige dans le grand travail de la réformation de soi-méme le calme et la patience, bien plus que l'ardeur provocatrice et la lutte violente. Eléve des Péres Jésuites, le Fondateur de la Visitation connaissait et appréciait l'habile stratégie de saint Ignace; toutefois, il ne l'introduit pas dans son Institut. Pour lui, le plus sùr moyen de perfection est d'anéantir l'amour-propre, non pas en lui déclarant une guerre ouverte, mais en méprisant ses attaques; il importe moins de renverser les obstacles que de s'en détourner humblement et simplement ; moins de vaincre ses ennemis en bataille rangée que de passer à travers leurs rangs. C'est ce que notre Saint appelle répugner à ses répugnances, contredire à ses contradictions, décliner de ses inclinations, se divertir de ses aversions (p. 17). Dans les troubles intérieurs, il enseigne à « divertir « nostre esprit de son trouble et de sa peine, » à « se « resserrer aupres de Nostre Seigneur et luy parler « d'autre chose » (pp. 84, 144). Eprouve-t-on un sentiment d'aversion contre le prochain : « L'unique remede à

« ce mal, comme à toute autre sorte de tentation, c’est « une simple diversion, je veux dire n’y point penser » (p. 290). L'exécution des ordres reçus présente-t-elle des difficultés, « il ne faut faire qu'un acte d'amour et se « mettre à la besogne » (var. (h), p. 160).

Néanmoins, il est des circonstances, et ces circonstances peuvent méme étre fréquentes pour certaines natures, où la rencontre est inévitable et la lutte nécessaire. Il ne s'agit pas alors de battre en retraite, et notre saint Docteur est loin de le conseiller ; mais en acceptant la bataille, il faut d’après lui, tenir le regard fixé moins sur son adversaire que sur le Roi céleste pour lequel on combat; il faut apprécier la victoire parce qu'elle est un don de sa gráce, plus encore que la récompense de nos propres efforts. Sous aucun prétexte il n'admet le vague, l'irrésolution ; son but est de prévenir les écarts de la volonté, et non pas d'en comprimer les généreux élans. A l'encontre de certains auteurs modernes, il recommande les résolutions vigoureuses et méme un peu hardies. « Nous ne devons jamais cesser de faire des « bonnes resolutions, » dit-il (p. 155), « encore que nous « voyons bien que selon nostre ordinaire nous ne les « pratiquons pas, voire, quand bien nous verrions qu'il « est impossible de les pratiquer quand l'occasion s'en « presentera. » Mais ces résolutions doivent étre prises et exécutées par un sentiment de confiance en Dieu et non point par une certaine assurance en soi-méme, qui est le plus subtil aliment de l'amour-propre ; l'àme doit alors se retourner amoureusement vers le Seigneur, et lui dire : « Il est vray que je n'auray pas la force de « faire ou supporter telle chose de moy-mesme, mais je « m'en resjouis, d'autant que ce sera vostre force qui « le fera en moy » (p. 155). Bien que ce procédé, à la fois si facile et si fécond en merveilleux résultats de sanctification, soit plus spécialement exposé dans les Entretiens VI et XII, il est insinué dans tous les autres, et il sera utile de ne pas le perdre de vue pour avoir l'intelligence de l'ouvrage.

Il ne sera pas moins utile au lecteur de se reporter au

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