PRÉFACE XXXIII
temps et aux circonstances dans lesquelles les Entretiens furent prononcés. Une certaine défaveur, nous l'avons dit, plana sur les origines de la Visitation : la vie y était trop douce au gré des enfants du monde, les Régles trop faciles. Le saint Instituteur, sans se mettre aucunement en peine de repousser ces blàmes, sans méme croire nécessaire de relever le courage et la confiance de ses Religieuses, qui n'avaient jamais faibli,jugeait néanmoins opportun de leur donner des assurances telles que cellesci: « Les Filles dela Visitation sont toutes appellées à une « tres-grande perfection, et leur entreprise est la plus « haute et la plus relevée que l'on scauroit penser, d'au- « tant qu'elles n'ont pas seulement pretention de s'unir à « la volonté de Dieu... mais de plus, elles pretendent de « s'unir à ses desirs, voire mesme à ses intentions, je « dis avant mesme qu'elles soyent presque signifiées ; « et s'il se pouvoit penser quelque chose de plus parfait... « elles entreprendroyent sans doute d'y monter puis- « qu'elles ont une vocation qui les y oblige » (p. 82).
Ainsi donc les Religieuses de la Visitation doivent étre continuellement en éveil pour connaitre la volonté de Dieu, et toujours en mouvement pour la suivre. C'est pourquoi le saint Fondateur n'hésite pas à la leur présenter en une infinité de fragments parfois trés minimes, et aussi multipliés que les Régles et Constitutions contiennent de prescriptions diverses. Ce qui fait l'assujettissement de l'àme religieuse fait aussi sa liberté ; plus elle est captive de Dieu, plus elle est affranchie de l'amour-propre. Les observances qui enlacent sa vie ne sont que pour donner exercice à son amour et à sa fidélité. C'est ainsi que notre Saint l'entendait, si bien qu'aprés avoir prescrit à ses filles quantité de pratiques trés assujettissantes, il affirme qu'elles ne connaissent d'autre « lien que le lien de la dilection, qui est le lien « de la perfection (1), » qu'elles ne subissent d'autre pression que la « suave violence de l'amour. »
D'après lui, la volonté de Dieu doit être reconnue et
(1) Coustumier et Directoire : Souhaits particuliers.
acceptée non seulement dans ses manifestations directes, mais encore dans tous les « accidens qui se rencontrent « tant au chemin de nostre vie mortelle que de nostre « vie spirituelle » (p. 38); « car le caractere des Filles de « la Visitation est de regarder en toutes choses la volonté « de Dieu et la suivre » (p. 166). Admirable caractère! Et quelle conformité n'établit-il pas entre l’âme religieuse et Celui qui a dit: Je ne suis pas venu faire ma volonté, mars celle du Père, qui m'a envoyé! Cette disposition si simple : « regarder en toutes choses la volonté de Dieu « et la suivre, » élève la vie et tout ce qui la remplit à un ordre surnaturel; des actes les plus vulgaires, elle fait une reconnaissance du souverain domaine de Dieu sur la créature, une adoration de ses perfections infinies, qui concourent toutes aux opérations de la divine volonté. Il suffirait de cette disposition habituellement entretenue pour opérer rapidement la sanctification, car elle met en continuelle activité les vertus morales et plus encore les vertus théologales.
Bien que notre Saint ne parle pas explicitement de l'esprit de foi dans ses Entretiens, toujours il le suppose et l'exige comme base indispensable de toute vie parfaite. Il est beaucoup plus précis au sujet de l'espérance, car cette vertu si consolante, qui devrait étre la plus familière aux âmes intérieures, leur est souvent difficile. Peut-étre dans l'étude de la connaissance d'ellesmémes ne s'éclairent-elles pas assez au grand flambeau de la divine miséricorde; peut-étre aussi qu'en contact habituel avec Dieu, elles s'accoutument plus facilement à considérer sa sainteté infinie que sa fidélité dans ses promesses. Nulle part, ce nous semble, saint Francois de Sales n'a des traits plus pénétrants, des assertions plus hardies, des insinuations plus pressantes, nulle part son style ne se colore de teintes plus douces et plus attrayantes qu'en traitant de la confiance en Dieu. Cette vertu, selon lui, doit étre pratiquée en tout temps et en toute occasion : alors que l'àme se sent le plus profondément anéantie sous le poids de son indignité, car « le throsne de la misericorde de Dieu, c'est nostre
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