‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 171 sur 267 · XV. De LA VoLoNTÉ De Dieu · texte numérisé non relu

XV. De LA VoLoNTÉ De Dieu

des autres, qui sont pour la pluspart differentes de (2) la nostre. Il faut donc recevoir par maniere de souffrance l’execution de telles volontés, et se servir de ces contradictions journalieres pour nous mortifier, les acceptant avec amour et douceur. Par maniere de complaisance, il n'est pas besoin d'exhortation pour les nous faire suivre ; car tres-volontiers nous obeissons aux choses agreables, ains nous allons au devant de ces volontés-là pour leur offrir nos sousmissions. Ce n'est pas aussi de ceste sorte de volonté que l'on demande s'il s'y faut sousmettre, car on n'en doute nullement ; mais de celles qui sont hors de propos et desquelles nous ne cognoissons pas la raison pourquoy l'on veut cela de nous, c'est où il va du bon. Car pourquoy feray-je plustost la volonté de ma Sceur que la mienne? la mienne n'estelle pas aussi conforme à celle de Dieu en ceste legere occurrence que la sienne? Pour quelle raison dois-je croire que ce qu'elle me dit que je fasse soit plustost une inspiration de Dieu que la volonté qui m'est venue de faire une autre chose ?

O Dieu ! mes cheres Sceurs, c'est icy où la divine Majesté nous veut faire gaigner le prix de la sousmission ; car si nous voyions bien tousjours que l'on a raison de nous commander ou de nous prier de faire une telle chose, nous n'aurions pas grand merite en la faisant, ni grande repugnance, parce que sans doute toute nostre ame aquiesceroit volontiers à cela; mais quand les raisons nous sont cachées, c'est lors que nostre volonté repugne, que nostre jugement regimbe, et ressentons la contradiction. Or, c'est en ces occasions qu'il se faut surmonter, et(°) avec une simplicité toute enfantine se mettre en besogne sans discours ni raison, et dire : Je scay bien que la volonté de Dieu est que je fasse plustost la

(n) des — Superieurs, mais ce qui est le plus, celles des inferieurs ou esgaux; car pour l'ordinaire leur volonté contrarie (Ms. et Coll.)

(0) mais quand — ces raisons nous sont cachées, nostre volonté repugne, nostre jugement regimbe quelquefois; et faut surmonter le tout, pour (Ms. et

Coll.)

272 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

volonté de mon prochain que la mienne, et partant je me mets à la pratique, sans regarder si c’est la volonté de Dieu que je me sousmette à faire ce qui procede de passion et inclination, ou bien vrayement par une inspiration ou mouvement de la raison ; car pour toutes ces petites choses il faut marcher en simplicité. Quelle apparence, je vous prie, y auroit-il de faire une heure de meditation pour cognoistre si c'est la volonté de Dieu?! que je boive quand l'on m'en prie, ou que je m'en abstienne par penitence ou sobrieté, et semblables petites choses lesquelles ne sont dignes de consideration, et principalement si je voy que je contenteray tant soit peu le prochain en les faisant ?

Es choses de consequence, il ne faut non plus perdre le temps à les considerer, mais il s'en faut addresser à nos Superieurs, à fin de scavoir d'eux ce que nous avons à faire ; apres quoy, il n'y faut plus penser, ains sarrester absolument à leur opinion, puisque Dieu nous les a donnés pour la conduite de nostre ame en la perfection de son amour. Que si l'on doit ainsi condescendre à la volonté d'un chacun, beaucoup plus le doit-on faire à celle des Superieurs, lesquels nous devons tenir et regarder parmi nous comme la personne de Dieu mesme; aussi sont-ils ses lieutenans. C'est pourquoy, encore que nous cognussions qu'ils eussent des inclinations naturelles, voire mesme des passions, par les mouvemens desquelles ils commanderoyent quelquefois ou reprendroyent les defauts de leurs inferieurs, il ne s'en faudroit nullement estonner, car ils sont hommes comme les autres, et par consequent sujets à avoir des inclinations et des passions ; mais il ne nous est pas permis de faire jugement que ce qu'ils nous commandent

(p) à Za pratique, sans — tant de regards, si c'est la volonté de Dieu que je me sousmette à faire ce qui procede de passion, d'inclination, ou bien d'un vray mouvement de raison et d'inspiration. (Ms.) Pour les petites choses il faut marcher en simplicité; car quelle apparence y auroit-il d'aller faire une heure de meditation pour cognoistre si c'est la volonté de Dieu que je boive un bouillon ou que ie ne le prenne pas, (Ms. et Coll.)

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