‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 173 sur 267 · XV. DE LA VoLoNTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

XV. DE LA VoLoNTÉ DE DIEU

le demandent, bien qu’on n’y soit pas obligé; car il ne faut pas leur dire qu’il ne vous est pas permis de leur dire autre chose que ce dont vous vous estes accusées/r). O non, jamais il ne faut user de ceste défaitte, car cela n'est pas vray; vous pouvez dire tout ce que voudrez en confession, pourveu que vous ne parliez que de ce qui regarde vostre particulier, et non pas ce qui concerne le general de vos Sœurs. (8) Que si vous craignez de dire quelque chose de ce qu’ils vous demandent, de peur de vous embarrasser, comme seroit de dire que vous avez des tentations, si vous apprehendez de les dire, au cas qu'ils les voulussent scavoir par le menu, vous pourrez leur respondre : J'en ay, mon Pere, mais par la grace de Dieu, je ne pense pas y avoir offencé sa Bonté; mais jamais ne dites qu'on vous a defendu de vous confesser de cecy ou de cela. Dites à la bonne foy à vostre confesseur tout ce qui vous fera de la peine, si vous voulez ; mais derechef je vous dis, gardez-vous bien de parler ni du tiers ni du quart.

En second lieu, nous avons quelque reciproque obligation aux confesseurs en l'acte de la confession, de tenir caché ce qu'ils nous auront dit, si ce n'estoit quelque chose de bonne) edification ; et hors de là il n'en faut point parler. S'il arrive qu'ils vous donnent quelque conseil contre vos Regles et vostre maniere de vivre, escoutez-les avec humilité et reverence, et puis vous ferez ce que vos Regles permettront et non autre. Les confesseurs n'ont pas tousjours intention de vous obliger sur peine de peché à ce qu'ils vous disent ; il faut recevoir leurs conseils par maniere de simple

(r) sé vous avez — point quelque tentation, voire mesme quelque chose de l'oraison, je voudrois respondre simplement selon qu'ils me demanderoyent, bien que je n'y fusse pas obligé. Il ne faut pas respondre : Il ne m'est pas permis de vous le dire. (Ms. et Coll.)

(s) en confession, — de ce qui regarde vostre particulier; mais du general des Sœurs, il faut respondre que vous ne scavez pas les penitences ni les pratiques de vertu qu'elles font. (Ms. et Coll.)

(t) grande (Ms.)

© Cf. le Directoire, ubi supra, p. 274

276 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

direction. Estimez cependant beaucoup, et faites grand estat de tout ce qui vous sera dit en Confession; car vous ne sçauriez croire le grand profit qu’il y a en ce Sacrement pour les ames qui y viennent avec l'humilité requise. S'ils vous vouloyent donner pour penitence quelque chose qui fust contre la Regle, priez-les tout doucement de changer ceste penitence en une autre, d’autant qu’estant contre la Regle, vous craindriez de scandaliser vos Sœurs si vous le faisiez *. Au reste, jamais il ne faut(‘) murmurer contre le confesseur. Si par son defaut il vous arrivoit quelque chose en confession, vous pourriez dire tout simplement à la Superieure que vous desirez bien, s'il luy plaisoit, de vous confesser à quelque autre, sans dire autre chose; car ainsi faisant, vous ne descouvrirez pas l'imperfection du confesseur, et si, aurez la commodité de vous confesser à vostre gré. Mais cecy ne se doit pas faire à la legere et pour des causes de rien. Il faut eviter les extremités ; car, comme il n'est pas bon de supporter des notables defauts en la confession, aussi ne faut-il pas estre si delicates qu'on n'en puisse supporter quelques petits. Troisiesmement, je voudrois fort que les Sceurs de ceans prinssent un grand soin de particulariser leurs pechés en la confession. Je veux dire que celles qui n'auront rien remarqué qui fust digne de l'absolution, dissent quelque peché particulier ; car de dire qu'on s'accuse d'avoir eu plusieurs mouvemens de colere, de tristesse et ainsi des autres, cela n'est pas à propos; car la colere et la tristesse sont des passions, et leurs

(u) qui y viennent avec — la preparation et humilité requise. Si le confesseur vous conseille chose que vous puissiez bonnement, il le faut faire, comme seroit de faire quelque penitence avec congé. Mais s'il vous vouloit donner pour penitence de faire quelque chose qui fust contre la Regle, alors il faudroit luy dire fort doucement : Mon Pere, je supplie tres-humblement vostre Reverence de me changer ceste penitence, d'autant qu'estant contre la Regle, je craindrois de scandaliser nos Sceurs si je la faisois. Ou bien, si c'estoit de dire tant d'Heures tous les jours, ou tant d'Offices durant un an ou quelque temps : Je ne le pourrois pas bonnement faire, à cause que nos heures nous sont toutes reglées. Mais au partir de là, il ne faut point (Ms. et Coll.)

Page 1