‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 18 sur 267 · PRÉFACE XXXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXVII

La mortification est aussi l’une des vertus fortement recommandées dans les Entretiens, et en termes tels qu'on pourrait être surpris de les trouver sur les lèvres du plus doux des Saints. Encore quelques citations : « Les filles qui entrent en la Congregation n’y entrent « que pour se mortifier, et les croix qu’elles portent les « en doivent faire ressouvenir » (p. 344). « Il est impos- « sible d’acquerir l’union de nostre ame avec Dieu par « un autre moyen que par la mortification » (p. 376). En conséquence de ce principe, le saint Fondateur combat impitoyablement l’ennemi capital de la mortification, qu’il appelle « la tendreté sur soy-mesme. » « Pour ce « qui est de la tendreté, » dit-il (p. 331), « c’est l’un des « grands empeschemens qui soyent en la vie religieuse. » Il poursuit cette faiblesse jusque dans ses manifestations les plus subtiles et en apparence les plus légitimes : « Nous avons des tendretés sur nos corps qui sont gran- « dement contraires à la perfection ; mais plus sans « comparaison celles que nous avons sur nos esprits » (p. 49). Et que l'on ne s'imagine pas qu'il s'agisse ici de quelque variété d'égoisme ou de susceptibilité ; la tendreté d'esprit si sévérement dénoncée, n'est autre que la prétention qu'ont certaines ámes d'atteindre à la sainteté « du premier coup » (p. 257).

Ce travers, de quelque bon prétexte qu'il se couvre, est d'autant plus nuisible qu'il compromet la paix intérieure, élément indispensable de toutes les opérations divines. « Il n'y a que le trop grand soin... de nous- « mesmes, » dit encore le saint Evéque (p. 48), « qui « nous fasse perdre la tranquillité. » Conserver cette tranquillité à tout prix, telle est l'une de ses plus fréquentes recommandations, et selon lui « le principal « moyen » d'acquérir la perfection. Sa perspicacité va si loin qu'il voit un péril pour ce calme surnaturel jusque dans le désir trop ardent de la répression des défauts et de l'acquisition des vertus.

C'est une erreur assez commune parmi les femmes de donner trop au sentiment et pas assez à la raison. Chez elles, la vivacité et la mobilité des impressions

compromettent parfois la justesse des appréciations. Elles sont exposées à confondre les surprises des facultés inférieures avec les délibérations libres de la volonté ; de là proviennent souvent dans la vie intérieure des hésitations et des troubles sans fondement, qui peuvent constituer de sérieux obstacles à la perfection. Saint François de Sales s'applique spécialement dans ses Entretiens à prévenir ce danger. Avec l'indulgence et la süreté de décision qui lui sont propres, il apprend à déméler les mouvements de la partie sensitive pour les mépriser, et les lumiéres de la raison pour s'en faire un fil conducteur. Il n'est presque pas de sujet qu'il traite, de vertu qu'il recommande, sans que sa sagesse et son expérience trouvent occasion d'y faire jour à un avis tel que celuici : « Il ne faut pas s'amuser à ce que nous sentons ou « que nous ne sentons pas, d'autant que la pluspart de « nos sentimens et satisfactions ne sont que des amuse- « mens de nostre amour propre » (p. 30).

Ainsi, quelles que soient les tentations auxquelles elle est en butte, quels que soient les orages que soulévent ses inclinations perverses, l’àme formée à l'école de saint Frangois de Sales restera calme, sereine, inébranlable. Sans prétendre à une paix qui ne peut se rencontrer sur la terre, elle continue sa marche vers le Ciel, malgré les résistances qu'elle rencontre dans la corruption de la nature, ou plutót ces résistances mémes accélérent sa course et préparent son triomphe. Telle est la source d'une vertu si chére à notre Saint, qu'il lui semble ne pouvoir trouver d'épithéte assez expressive pour la qualifier : c'est la « tres-sainte, tant aymable et desirable « egalité d'esprit... vertu la plus necessaire et particu- « liere de la Religion » (p. 38). L'excellence de cette vertu est si haute, sa possession si difficile que, tout en la recommandant avec insistance il ajoute (p. 445) : Nous n'en « jouirons point absolument tandis que nous serons « en ceste vie, ceste grace estant reservée aux esprits « bien-heureux là haut au Ciel. »

Quelle pondération, quelle sagesse dans les conseils du grand Evéque! Quel soin, en développant toutes

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