‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 19 sur 267 · PREFACE XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIX

les énergies de l’âme, de la prémunir contre la prétention à une sainteté chimérique et impossible! Il savait que ces ambitions exagérées, suivies toujours de désillusions pénibles à l’amour-propre, ont pour résultat de plonger dans le découragement et de comprimer souvent les meilleures résolutions. La patience envers soi-même est donc une sorte de condiment dont il veut que soit assaisonnée la pratique de toutes les vertus. A-t-il exposé les attributions très étendues de la modestie intérieure et extérieure, il ajoute aussitôt (p. 156) : « Remarquons, pour conclusion, que tout ce que nous « avons dit... sont des choses assez delicates... et partant, « que nulle de vous autres qui les avez entendues n’ayt « à s'estonner si elle ne se trouve parvenue à ceste per- « fection. » S'agit-il de la charité envers le prochain : « Pour quelque manquement de suavité que l'on commet « quelques fois par mesgarde, l'on ne se doit pas fascher « ni juger que l'on n'ayt point de cordialité ; car l'on ne « laisse pas d'en avoir » (p. 67). Est-il question de la persévérance : « Je n'appelle pas manquer à la perseve- « rance quand nous faisons quelques petites interrup- « tions » (p. 161).

Ce fidéle imitateur de la bénignité du divin Maitre ne brise pas le roseau qui fléchit, et va jusqu'à dire (p. 154) : « Ce n'est pas estre foible que de tomber quelquesfois « en des pechés veniels... Il ne faut pas que nous pen- « sions pouvoir vivre sans en faire tousjours quelques « uns. » Après avoir recommandé l'humilité en termes trés pressants, il soutient, par des paroles telles que celles-ci, les àmes qui montent péniblement les degrés de cette difficile vertu : « C'est une chose totalement « contraire à la nature de l'homme d'aymer d'estre avili « et corrigé » (p. 213) ; « Tut bien conté et rabattu, il « n'y a personne qui n'ayt de l'aversion à la correction » (p. 145). A ce sujet, est rapporté un léger dissentiment survenu entre saint Pacóme et son frére. C'est à tout propos que dans les Entretiens sont rappelées les imperfections des Saints pour consoler la faiblesse et encourager la bonne volonté. C'est saint Pierre encourant les

XL Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

censures de saint Paul, c'est ce grand Apòtre s'opposant à saint Barnabé, saint Arsène apportant au désert les allures de la cour, sainte Paule inconsolable de la mort des siens. Et la conclusion pratique ressortant de ces exemples est que l'on peut, que l'on doit méme « pretendre au plus haut point de la perfection chres- « tienne, nonobstant toutes imperfections et foiblesses « presentes » (p. 14).

A mesure que le cœur de l'homme s'approche du coeur de Dieu, il sent grandir dans une égale proportion et ses aptitudes à la souffrance et sa puissance d'affection. Ce développement de sensibilité pouvant étre un écueil ou un secours pour la perfection, il importe de le diriger bien plus que de le comprimer. Aussi, laissant d'autres mystiques outrer les régles de l'indifférence et du détachement religieux, notre Saint se montre plein d'indulgence pour les faiblesses du coeur humain. Il est de l'école du grand Apótre qui reprochait aux Gentils leur insensibilité, et aprés lui il enseigne qu'il ne faut pas étre « sans affections, ni les avoir esgales et indif- « ferentes » (p. 122). Bien plus, il déclare (p. 123), que « le contentement que nous ressentons à la rencontre « des personnes que nous aymons, et les tesmoignages « d'affection que nous leur rendons... ne sont point « contraires à ceste vertu de despouillement. » Enfin, tout en proscrivant les amitiés particuliéres, qui sont en Religion la ruine de la charité commune, il constate bénignement que « ceste inclination » d'aimer une personne plus que l'autre « est la derniere piece de nostre « renoncement » (p. 333).

Mais, nous l'avons dit, saint Francois de Sales, en portant si loin la condescendance dans l'application des principes, ne transige jamais quant à ces principes mémes. Il les expose dans toute leur rigueur et dans toute leur étendue. Il ouvre à l'àme de bonne volonté des horizons sans limite, et commente dans chacun de ses Entretiens la sentence évangélique : Soyez parfaits comme votre Pére céleste est parfait. Nous l'avons entendu excuser certaines défaillances dans l'exercice de

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