‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 180 sur 267 · XVI. Des AVERSIONS · texte numérisé non relu

XVI. Des AVERSIONS

barbier, je ne fay point de mal? (©) Je ne jette que des parfums, je ne parle que des vertus et des choses propres à consoler nos ames ; je joüe un peu du flageolet, parlant des loüanges que nous devons rendre à Dieu. Mais en nos entretiens familiers, je viens en qualité de chirurgien, n'apportant que des emplastres et cataplasmes pour appliquer sur les playes de mes cheres filles; et, bien qu'elles crient un peu holà, je ne lairray pas de presser ma main pour faire mieux tenir l'emplastre, et les guerir par ce moyen. Si je fay quelque incision, ce ne sera pas sans que mes filles en ressentent de la douleur ; mais je ne m'en soucie pas, je ne suis icy que pour cela; et les mondains n'en seroyent pas capables, à cause de l'erreur qu'ils se sont forgée que les personnes religieuses et voüées à la perfection ne doivent point avoir d'imperfection. Mais icy entre nous autres, mes cheres filles, nous scavons bien que cela est impossible ; c'est pourquoy nous ne craignons point de nous scandaliser en disant franchement nos petites infirmités. (4)

disent-ils, si vous approchez celle d'un barbier, vous y aurez un plaisir grand, d'autant qu'il a tousjours un petit enfant qui joüe du flageolet ; et outre cela, le barbier parfume tellement sa boutique que ce n'est que parfum. Mais au contraire, celle du chirurgien est puante, et n'y void-on que des emplastres et onguens ; outre cela, on entend ordinairement des pauvres gens qui crient : Holà, que me faites-vous? Mon Dieu, que de douleurs! d'autant que l'on fait aux uns des incisions, l'on raccommode les ruptures des autres, l'on applique le feu au troisiesme, en fin tout cela leur cause des grandes douleurs; car chacun sçait que l'on ne peut remettre les os qui sont disloqués et hors de leur place, sans faire dire holà au pauvre malade. Mais le barbier ne fait point de mal quand il coupe la barbe, d'autant qu'elle n'est point sensible. ( Ms. et Coll.)

(c) de mal ? — car je ne touche pas ordinairement les defauts particuliers avec tant de familiarité comme je fay en nos conferences particulieres, à cause des seculiers qui nous entendent. ( Ms. et Coll.)

(d) un peu holà, je ne — laisse pourtant pas de presser un peu ma main sur la playe à fin de mieux faire tenir l'emplastre, et par ce moyen les guerir ct rendre fort saines. Si je fay quelque incision, ce ne sera pas sans qu'elles en ressentent de la douleur; mais je ne m'en mettray pas en peine, puisque je ne suis icy que pour cela. Voila donc, mes cheres filles, comme je dresse mes excuses envers celles que je pourray toucher, les asseurant que s'il m'arrive de le faire, je le feray de tout mon cœur. Or sus, voyons quelle est la premiere demande qui m'est faite. ( Ms. et Coll.)

La premiere demande est : Qu'est-ce qu'aversion ? :*: Les aversions sont certaines inclinations qui sont aucunefois naturelles, lesquelles font que nous avons un certain petit contre-cœur à l'abord de ceux envers qui nous les avons, qui empesche que nous n'aymons pas leur conversation, s'entend que nous n'y prenons pas du plaisir, comme nous ferions en celle de ceux envers lesquels nous avons une inclination douce, qui nous les fait aymer d'un amour sensible, parce qu'il y a une certaine alliance et correspondance entre nostre esprit et le leur.

Or, pour monstrer que cecy est naturel, d'aymer les

(e) [Pour cette variante, voir le texte, p. 281.)

C'est que nos Saurs se confessent aucunefois de certaines choses que les confesseurs n'entendent pas, comme peut estre des aversions; et quel remede il y a à cela? Il est vray, il y a des confesseurs qui n'entendent nullement que c'est qu'aversion, et si on ne leur explique ils pensent que ce soyent des malveillances ; ce qui n'est pourtant pas, ainsy que je diray tantost. Il se rencontre des hommes qui sont fort doctes, et qui auront confessé trente ans les seculiers, qui n'entendront pas les Filles de Sainte Marie de la Visitation en ce qui est de la confession, non plus que les personnes qui, hors de la Visitation, font profession d'estre fort spirituelles; car ce sont des choses si minces et si delicates qu'il n'y a que les vrays spirituels qui les entendent bien. Mais que faut-il faire? Je trouve qu'il est tres-bon que les Superieures instruisent les confesseurs qu'elles douteront n'estre pas capables de les bien entendre ; au defaut dequoy, il faut que les filles lesquelles s'appergoivent que le confesseur se mesprend, prenant opinion que ceste aversion dont elles s'accusent soit une haine ou malveillance (ce qu'elles peuvent facilement cognoistre par la reprehension quil leur fait), qu'elles se fassent mieux entendre et qu'elles luy disent librement : Mon Pere, ce n'est pas cela; il me semble que vous ne m'entendez pas, c'est une telle chose. Et par apres, elles peuvent bien dire à la Superieure que le confesseur ne les entend pas, d'autant que ce n'est point l'accuser d'aucune imperfection, non pas mesme d'ignorance, puisqu'il se peut bien faire que le confesseur, extremement docte, ne sera pas neantmoins capable de les entendre en ces choses si delicates et qui regardent plustost l'imperfection que le peché. Cela m'arriva une fois confessant une personne : elle s'accusa d'une chose que je n'entendois pas bien, d'autant que je ne pouvois pas croire qu'en une maison de si grande perfection il se commist un tel defaut. Je luy dis tout librement que je ne lentendois pas et que je la priois de me mieux expliquer ce dont elle s'accusoit; ce qu'elle fit, et je trouvois que ce n'estoit rien. O certes, je desirerois que nos Sœurs eussent un grand soin de se confesser fort clairement et simplement, à fin de ne point mettre les confesseurs en ces peines. La Superieure doit avec humilité instruire les confesseurs de la qualité des fautes que les Sœurs commettent en ces aversions. (Ms. et Coll.)

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