‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 182 sur 267 · XVI. DES AVERSIONS · texte numérisé non relu

XVI. DES AVERSIONS

O certes, il faut bien prendre garde à cecy ; je m'estens un peu à en parler parce qu'il est d'importance. Nous n'avons jamais raison d'avoir de l'aversion, beaucoup moins de la vouloir nourrir. Je dis donc : quand ce sont des simples aversions naturelles il n'en faut faire aucun estat, ains s'en divertir sans faire semblant de rien et tromper ainsi nostre esprit. Mais il les faut combattre et abattre quand on void que le naturel passe plus outre, et nous veut faire departir de la sousmission que nous devons à la raison, qui ne nous permet jamais de rien faire en faveur de nos aversions, non plus que de nos inclinations quand elles sont mauvaises, de crainte d'offencer Dieu. Or, quand nous ne faisons autre chose en faveur de nos aversions que de parler un peu moins agreablement que nous ne ferions à une personne pour laquelle nous aurions de grands sentimens d'affection, ce n'est pas grande chose ; ains il n'est presque pas en nostre pouvoir de faire autrement, quand nous sommes en l'émotion de ceste passion; l'on auroit tort de requerir cela de nous. (m)

(2) La seconde demande est : Comment on se doit comporter en la reception des livres que l'on nous donne à lire? La Superieure donnera à une des Sceurs un livre qui traitte fort bien des vertus; mais parce qu'elle ne l'ayme pas, elle ne fera point de profit de sa lecture, ains elle le lira avec une negligence d'esprit ; et la raison est, qu'elle scait desja sur le doigt ce qui est comprins dans

(m) de nous. — C'est bien assez pour ce premier poinct. [Le Ms. et les Colloques donnent ici la réponse à la seconde question. Cette réponse est transposée à p. 304, variante (p'), vu sa correspondance avec le texte.]

(n) La troisiesme demande est : Comme l'on se doit comporter en la reception des livres que l'on nous donne à lire? car la Superieure baillera un livre de l'Imitation de Nostre Dame à une Sœur qui n'aymera point à le lire, ou bien les Mortifications d'Arias, ou tel autre livre qui parle fort bien des vertus; et parce qu'elle ne l'ayme pas, elle ne fera point de profit de sa lecture, ains elle le lira avec une negligence d'esprit et un ennuy qui luy ostera tout le goust et le plaisir qu'il y a à le lire. Et la raison de cecy est qu'elle dit qu'elle sçait desja sur le bout du doigt ce qui est comprins dedans ce livre, et de plus, qu'elle auroit plus de desir qu'on luy donnast à lire l'Amour de Dieu ou bien les livres qui en parlent, Je trouve qu'elle n'a pas

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ce livre, et qu'elle auroit plus de desir que l’on luy en fist lire un autre. Or je dis que c’est une imperfection de vouloir choisir ou desirer un autre livre que celuy que l'on nous donne, et c'est une marque que nous lisons plustost pour satisfaire à la curiosité de l'esprit, que non pas pour profiter de nostre lecture. (9) Si nous lisions pour profiter, et non pas pour nous contenter, nous serions également satisfaits d'un livre comme d'un autre ; au moins accepterions-nous de bon cceur tous ceux que nostre Superieure nous donneroit pour lire. Je dis bien plus, car je vous asseure que nous prendrions plaisir à ne lire jamais qu'un mesme livre, pourveu qu'il fust bon et qu'il parlast de Dieu ; ains, quand il n'y auroit que ce seul nom de Dieu nous serions contens, puisque nous trouverions tousjours assez de besogne à faire, apres l'avoir leu et releu plusieurs fois. De vouloir lire pour contenter la curiosité, est une marque que nous avons encore un peu l'esprit leger, et qu'il ne s'amuse pas assez à faire le bien qu'il a apprins en ces petits livres de la pratique des vertus; car ils parlent fort bien de l'humilité et dela mortification, que l'on ne pratique pourtant pas lors que l'on ne les accepte pas de bon cœur.

Or de dire : Parce que je ne l'ayme pas, je n'en feray point de profit, ce n'est pas une bonne consequence, non plus que de dire : Je le scay desja tout par cœur, je ne scaurois prendre plaisir à le lire. Tout cela sont des enfances. (P) Vous donne-t'on un livre que vous scavez desja tout ou presque tout par cceur ? benissez-en Dieu, d'autant que vous comprendrez plus facilement sa doctrine. Si on vous en donne un que vous avez desja leu plusieurs fois, humiliez-vous, et vous asseurez

tort d'aymer plus l'amour de Dieu que non pas tous les livres ensemble, car certes, l'amour de Dieu doit estre preferé à toute autre chose. Mais parlant sclon l'intention de la Sœur qui propose ceste question, (Ms. et Coll.) ( Reprendre au texte, lig. 2.)

(0) Jecture, — L' (Ms. et Coll.)

(p) des enfances ; — il faut estre plus genereuses que cela. (Ms. et Coll.)

nous dirons que

esprit a une curiosité aussi bien que le corps et les yeux.

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