‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 183 sur 267 · XVI. Des AvERsIONS · texte numérisé non relu

XVI. Des AvERsIONS

que c’est Dieu qui le veut ainsi à fin que vous vous amusiez plus à faire qu’à apprendre, et que sa Bonté vous le donne pour la seconde et troisiesme fois parce que vous n’avez pas fait vostre profit de la premiere lecture. (4) Mais le mal d’où procede tout cecy est que nous cherchons tousjours nostre propre satisfaction, et non pas nostre plus grande perfection. Si d’aventure l'on a esgard à nostre infirmité, et que la Superieure nous mette au choix du livre que nous voudrons, alors nous le pouvons choisir avec simplicité ; mais hors de là, il faut demeurer tousjours humblement sousmise à tout ce que la Superieure ordonne, soit qu'il soit à nostre gré ou non, sans jamais tesmoigner les sentimens que nous pourrions avoir qui seroyent contraires à ceste sousmission. (7)

La troisiesme demande est(5) si nous nous devons estonner de voir des imperfections entre nous autres, ou mesmes aux Superieures. Quant au premier poinct, c'est sans doute que vous ne vous devez nullement estonner de voir quelques imperfections ceans, de mesme qu'aux autres maisons religieuses pour parfaites qu'elles soyent; car vous ne le serez jamais tant que vous n'en fassiez tousjours quelques-unes par cy par là, selon que vous serez(t) exercées. Ce n'est pas grande chose de voir une fille laquelle n'a rien qui la fasche ou qui l'exerce, estre bien douce et faire peu de fautes. Quand on me dit : Voila une telle à laquelle on ne void jamais commettre d'imperfection, je demande incontinent : A-t'elle quelque

(4) Zecture. — Je vous ay dit d'autres fois qu'un Religieux ayant demandé le moyen qu'il tiendroit pour devenir bien docte, saint Thomas d'Aquin luy respondit qu'il ne leust qu'un livre. (Ms. et Coll.)

(r) sousmission. — Alors on ne dira plus : Je ne sçaurois prendre de plaisir à lire tel livre que la Superieure m'a commandé de lire. (Ms. et Coll.)

[Pour la réponse à la quatriéme question donnée dans le Ms. et dans les Colloques, voir p. 305, variante (q').]

(s) La cinquiesme question dit (Ms. et Coll.)

(t) gwelles soyent ; car — elles ne le seront jamais tant, non plus que nous autres de la Visitation, que nous n'en fassions tousjours quelques-unes par cy par là, plus ou moins, selon que nous serons ( Ms. et Coll.)

294 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

charge? Si l’on me dit que non, je ne fais pas grand estat de sa perfection; car il y a bien difference entre la vertu de celle-cy et celle d’une autre laquelle sera bien exercée, soit interieurement par les tentations, soit exterieurement par les contradictions qu'on luy fait (3). Car la vertu de force et la force de la vertu ne s'acquiert jamais au temps de la paix, et tandis que nous ne sommes pas exercés par la tentation de son contraire. Ceux qui sont fort doux tandis qu'ils n'ont point de contradiction, et qui n'ont point acquis ceste vertu l'espée au poing, ils sont voirement fort exemplaires et de grande edification ; mais si vous venez à la preuve(v), vous les verrez incontinent remuer, et tesmoigner que leur douceur n'estoit pas une vertu forte et solide, ains imaginaire plustost que veritable.

Il y a bien difference entre avoir la cessation d'un vice et avoir la vertu qui luy est contraire. Plusieurs semblent estre fort vertueux, qui n'ont pourtant point de vertu, parce qu'ils ne l'ont pas acquise en travaillant. Bien souvent il arrive que nos passions dorment et demeurent assoupies ; et si pendant ce temps-là nous ne faisons provision de forces pour les combattre et leur resister, quand elles viendront à se réveiller, nous serons vaincus au combat. Il faut tousjours demeurer humbles et ne pas croire que nous ayons les vertus, encore que nous ne fassions pas, au moins que nous cognoissions, des fautes qui leur sont contraires.(w) Certes, il y a beaucoup de gens qui se trompent grandement en ce qu'ils croyent

(u) Je ne fais pas — grande merveille de sa perfection ; car, mes cheres Sœurs, il y a bien difference entre les vertus de celle-cy et celles d'une autre laquelle sera bien exercée. (Ms. et Coll.) C'est une grande misericorde que Dieu nous fait quand il permet que nous soyons fortement exercés, soit exterieurement par les contradictions ou affaires, soit interieurement par les tentations. ( Coll.)

(v) l'espreuve (Ms. et Coll.)

(w) contraires. — Je voudrois bien que les Sceurs du voile blanc ne prissent point garde aux fautes des autres, mais qu'elles missent tant de soin à regarder celles qui sont en elles et à se rendre attentives à Dieu, qu'elles n'eussent pas le temps de voir celles que les Professes commettent, au moins pendant le temps de leur novitiat. (Ms. et Coll.)

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