‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 184 sur 267 · XVI. Des Aversions · texte numérisé non relu

XVI. Des Aversions

que les personnes qui font profession de la perfection ne devroyent point broncher en des imperfections, et particulierement les Religieux, parce qu'il leur semble qu'il ne faille qu’entrer en la Religion pour estre parfaits, ce qui n’est pas; car les Religions ne sont pas pour amasser(x) des personnes parfaites, mais des personnes qui ayent le courage de pretendre à la perfection. (7) Mais que faudroit-il faire si l’on voyoit de l’imperfection aux Superieures aussi bien qu'aux autres? ne faudroit-il pas s’en estonner ? car on ne met pas des Superieures imparfaites, dites-vous. Helas! mes cheres filles, si l’on ne vouloit mettre des Superieurs et Superieures sinon qu'ils fussent parfaits, il faudroit prier Dieu de nous envoyer des Saints ou des Anges pour l’estre, car des hommes nous n’en trouverons point. L’on recherche voirement qu'ils ne soyent pas de mauvais exemple ; mais de n'avoir point d'imperfection l'on n'y prend pas garde, pourveu qu'ils ayent les conditions de l'esprit qui sont necessaires ; d'autant qu'il s'en trouveroit bien de plus parfaits, qui pour cela ne seroyent pas tant capables d’estre Superieurs. Hé! dites-moy, Nostre Seigneur ne nous a-t'il pas monstré luy-mesme qu'il n'y falloit pas

(x) assembler (Ms. et Coll.)

(y) de — vouloir pretendre à la perfection. Et la perfection n'est autre chose que d'avoir non seulement la charité, car tous ceux qui sont en grace l'ont, mais d'avoir la ferveur de la charité, laquelle nous fait entreprendre non seulement l'extirpation des vices qui sont en nous, mais nous fait travailler fidellement pour acquerir les saintes vertus qui leur sont contraires. Je vous diray ce qui m'est arrivé assez souvent. Je demandois un jour à ces femmes seculieres qui viennent ceans si elles me diroyent la verité de ce que je voulois leur demander; elles m'ayant dit qu'elles le feroyent, je m'enquerois d'elles ce qu'il leur sembloit des Filles de la Visitation. Incontinent, les unes me respondoyent qu'elles avoyent trouvé plus de bien ceans qu'elles ne pensoyent pas qu'il y en eust; et je benissois Dieu de cela. Les autres à qui je faisois la mesme demande, me respondoyent qu'il y avoit bien difference de lire la Regle et de la voir pratiquer, parce que la Regle n'est que miel et sucre, c'est la douceur et perfection mesme, mais l'on ne laissoit pas de voir ceans quelques imperfections qui estoyent commises par les Sœurs; dequoy je sousriois en moy-mesme de voir qu'elles pensoyent que parce que les Regles sont si parfaites, il ne se deust point commettre d'imperfections. ( Ms. et Coll.)

Rp. II, IT.

ct., XV, 37-41.

296 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

prendre garde, en l'élection qu'il fit de saint Pierre pour le rendre Superieur de tous les Apostres ? car chacun scait quelle faute fit cest Apostre en la Mort et Passion de son Maistre, s'amusant à parler avec une chambriere, et reniant si malheureusement son tres-cher Seigneur qui luy avoit fait tant de bien; il fit le bravache, et puis en fin il print la fuite. Mais outre cela, dés qu'il fut confirmé en grace par la reception du Saint Esprit, encore fitil une faute qui fut jugée de telle importance, que saint Paul escrivant aux Galates*, leur dit qu'il luy avoit resisté en face parce qu'il estoit reprehensible.(1) Et non seulement saint Pierre, mais encore saint Paul et saint Barnabé, lesquels voulant aller prescher l’Evangile, eurent une petite dispute ensemble, parce que saint Barnabé vouloit mener avec eux Jean Marc qui estoit son cousin : saint Paul estoit d'opinion contraire et ne vouloit pas qu'il allast avec eux, et saint Barnabé ne vouloit pas ceder à la volonté de saint Paul ; et ainsi ils se separerent et allerent prescher, saint Paul en une contrée, et saint Barnabé en l'autre avec son cousin Jean Marc *. Bien est-il vray que Nostre Seigneur tira du bien de leur dispute ; car au lieu qu'ils n'eussent presché qu'en un endroit de la terre, ils jetterent la semence de l'Evangile en divers lieux.

Ne pensons pas, tandis que nous serons en ceste vie, de pouvoir vivre sans commettre des imperfections (4); car il ne se peut, soit que nous soyons Superieurs, soit que nous soyons inferieurs, puisque nous sommes tous hommes, et par consequent avons tous besoin de croire ceste verité comme tres-asseurée, à fin que nous ne nous estonnions pas de nous voir tous sujets à des imperfections. Nostre Seigneur nous a ordonné de dire tous les jours ces paroles qui sont au Pater : Pardonnez-nous

(2) reprehensible. — Et puis nous autres, nous nous estonnerons que nos Superieurs fassent des fautes, apres avoir veu saint Pierre estre reprehensible, voire mesme apres avoir receu le Saint Esprit! (Ms. et Coll.)

(a') des imperfections, — voire des pechés veniels (Ms. et Coll.)

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