‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 186 sur 267 · XVI. DES AVERSIONS · texte numérisé non relu

XVI. DES AVERSIONS

bien trompé, car la passion de la joye ressuscita tellement, qu'apres les badineries il parvint aux dissolutions, de sorte qu'on se resolut de le chasser du monastere ; ce que l'on eust fait sans un de ses Freres Religieux, lequel se rendit pleige pour Sylvain, promettant qu'il s'amenderoit : ce qui arriva, et fut depuis un grand Saint*. Voila donc, mes cheres Sceurs, comment il ne se faut jamais oublier de ce que nous avons esté, à fin que nous ne devenions pires, et ne pas penser que nous soyons parfaits quand nous ne commettons pas beaucoup d'imperfections.

I] faut aussi prendre garde de ne nous pas estonner si nous avons des passions, car nous n'en serons jamais exempts (f) ; ces hermites qui voulurent dire le contraire furent censurés par le sacré Concile*, et leur opinion condamnée et tenue pour erreur. Nous ferons donc tousjours quelques fautes ; mais il faut faire en sorte qu'elles soyent rares et qu'il ne s'en voye que deux en cinquante ans, ainsi qu'il ne s'en vid que deux en autant de temps que vesquirent les Apostres apres qu'ils eurent receu le Saint Esprit. Encore qu'il s'en verroit trois ou quatre, voire sept ou huict, en une si grande suite d'années, il ne s'en faudroit pas fascher ni perdre courage, ains prendre haleine et se fortifier pour mieux faire.

Disons encor ce mot pour la Superieure. Les Sceurs ne doivent pas s'estonner dequoy la Superieure commet (& des imperfections, puisque saint Pierre, tout Pasteur qu'il estoit de la sainte Eglise et Superieur universel de tous les Chrestiens, tomba bien en defaut, et tel qu'il en merita correction, ainsi que dit saint Paul*. De mesme, la Superieure ne doit pas tesmoigner de l'estonnement si l'on void ses fautes, mais elle doit (à) observer

(f') exempis — tandis que nous serons en ceste vie (Ms. et Coll.)

(g') Za Superieure — et la Maistresse des Novices commettent (Ms. et Coll.)

(h') De mesme, — ni la Superieure ni la Maistresse ne doivent pas tesmoigner de l'estonnement quand on void leurs defauts, et que ceux de la Directrice sont remarqués par les Novices, et ceux de la Superieure par toutes les Sœurs; mais et l'une et l'autre doivent (Ms. et Coll.)

* Vite Patrum, Vi S. Pachomii, 1.

c. XXXVIII.

*Conc.Ephes., Pa II, Act. vn.

* Ubi supra, p. 29

300 Les vRAYs ENTRETIENS SPIRITUELS

l'humilité et la douceur avec laquelle saint Pierre receut la correction que luy fit saint Paul, nonobstant qu'il fust son Superieur. L'on ne scait ce qui est plus considerable, ou la force du courage de saint Paul à reprendre saint Pierre, ou l'humilité avec laquelle saint Pierre se sousmit à la correction qui luy estoit faite, voire pour une chose en laquelle il pensoit bien faire et avoit une fort bonne intention. Passons outre.

Vous demandez en quatriesme lieu, s'il arrivoit un jour qu'une Superieure eust tant d'inclination de complaire aux personnes seculieres, sous pretexte de leur profiter, qu'elle en laissast le soin particulier qu'elle doit avoir des filles qui sont en sa charge, ou bien qu'elle n'eust pas assez de temps pour faire ce qui est des affaires de la maison, à cause qu'elle demeureroit trop longuement au parloir, si elle ne seroit pas obligée de retrancher ceste inclination, encore que son intention fust bonne. Je vous diray à cela que les Superieurs doivent estre grandement affables aux (!) seculiers à fin de leur profiter, et doivent de bon cœur leur donner une partie de leur temps. Mais quelle pensez-vous devoir estre ceste petite partie ? ce doit estre la douziesme, les unze restans pour estre employées dans la maison au soin de la famille. Les abeilles sortent bien voirement de leur ruche, mais ce n'est que par necessité ou utilité, et demeurent peu sans y retourner ; et principalement le roy des abeilles ne sort que rarement, comme quand il se fait un essaim d'abeilles, qu'il est tout environné de son petit peuple. La Religion 6 est une ruche mystique toute pleine d'abeilles celestes, lesquelles sont assemblées pour mesnager le miel des celestes vertus ; et pour cela il faut que la Superieure, qui est entre elles

(i') de retrancher ceste — affection qu'elle auroit de complaire aux seculiers, encore que son intention fust bonne. Je vous diray à cela que les Superieures sont des certaines personnes lesquelles sont pour le profit non seulement de ceux de dedans, mais encore de ceux de dehors; il faut qu'elles soyent grandement affables avec les (Ms. et Coll.)

(j') Za Religion, — c'est à dire la Congregation, (Ms. et Coll.)

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