‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 188 sur 267 · XVI. DES AVERSIONS · texte numérisé non relu

XVI. DES AVERSIONS

et remarquable. La Superieure doit estre recognué et remarquée par ses vertus, et non pas par ces singularités non necessaires, specialement entre nous autres de la Visitation, qui voulons faire une profession particuliere d’une grande simplicité et humilité. Ces honneurs sont bons pour ces maisons religieuses où l’on appelle Madame, la Superieure; mais pour nous autres, il ne faut rien de tout cela.

Qu'y a-til plus à dire? Comment il faut faire pour bien conserver l'esprit de la Visitation et empescher qu'il ne se dissipe? L'unique moyen est de le tenir enfermé et enclos dans l'observance des Regles. Mais vous dites qu'il y en a qui sont tellement jalouses de cest esprit, qu'elles ne le voudroyent point communiquer hors de la maison. Il y a de la superfluité en ceste jalousie, laquelle il faut retrancher; car à quel propos, je vous prie, vouloir celer au prochain ce qui luy peut profiter? Je ne suis pas de ceste opinion, car je voudrois que tout le bien qui est en la Visitation fust recognu et sceu d'un chacun. Et pour cela, j'ay tousjours esté de cest advis, qu'il seroit bon de faire imprimer les Regles et Constitutions, à fin que plusieurs les voyant en puissent tirer quelque utilité. Pleust à Dieu, mes cheres Sceurs, qu'il se trouvast beaucoup de gens qui les voulussent pratiquer (?) ! l'on verroit bien tost des grands changemens en eux, qui reussiroyent à la gloire de Dieu et au salut de leurs ames. Soyez grandement soigneuses de conserver l'esprit de la Visitation, mais non pas en sorte que ce soin empesche de le communiquer charitablement et avec simplicité au prochain, à chacun selon leur capacité ; et ne craignez pas qu'il se dissipe par ceste communication, car la charité ne gaste jamais rien, ains elle perfectionne toute chose. Dieu soit beni.

(0') pratiquer, — voire mesme des hommes! (Ms. et Coll.)

artieIII,chap.ni.

sonstit. XX XV.

Ce qui a esté obmis de l'Entretien des Aversions (1)

(P) L'on demande si l'on se peut plaindre au Superieur ou confesseur quand l'on a des insatisfactions de la Superieure. O Dieu, ma fille, se plaindre ! n'ay-je pas dit à Philothée, que « pour l'ordinaire, qui se plaint peche * »? Or, de se plaindre à la Superieure quand une Sceur nous a mortifiée, cela est tolerable à une fille imparfaite ; mais se plaindre à une Sceur de ce que la Superieure nous a mortifiée, je n'ay rien à dire làdessus, parce que sans marchander il s'en faut amender, si quelqu'une y estoit inclinée. Mais sur tout, de se plaindre au dehors de la Superieure, ò vrayement il ne faut nullement le faire, cela est trop important. Si la Superieure donne quelque sujet de plainte, je le luy voudrois dire tout confidemment, ou bien luy faire faire l'advertissement par sa Coadjutrice, comme la Constitution l'ordonne*.

(p') [Pour cette variante, voir la remarque (m), p. 291.]

Passons à la seconde question, qui est s'il est loisible à une Sceur de se plaindre un peu quelquefois à une autre, dequoy la Superieure, ou la Maistresse des Novices, ou bien une Sceur, l'auroit faschée ou ne l'auroit pas bien satisfaite en quelque occasion; et s'il ne vaudroit pas bien mieux faire ces plaintes au confesseur ou Pere spirituel, si c'est la Superieure, ou à la Superieure si c'est la Maistresse ou une Sœur qui nous a faschée, que non pas de nous addresser à quelque Sceur particuliere? O mon Dieu, se plaindre est une chose bien dangereuse; car, comme nous avons dit en l'Introduction, « pour l'ordinaire, qui se plaint peche. » La premiere façon, de se plaindre à une Sœur et parler de l'imperfection de celle qui ne nous a pas satisfaite, est tout à fait mauvaise; la seconde, de le dire aux Superieurs, est tolerable aux imparfaits. Mais pour nous autres, è je voudrois bien que nous ne fussions pas si tendres que de nous vouloir plaindre pour la moindre insatisfaction que nous recevons du prochain, lequel n'a peut estre nulle intention de nous fascher. I] ne faut pas dire grande chose sur ce sujet; il suffit que nous scachions que, sans marchander, il s'en faut amender, estant une chose d'assez grande importance. (Ms. et Coll.)

(1) Voir les notes, pp. 68 et 286.

Page 1