‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 20 sur 267 · PRÉFACE XLI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLI

la charité mutuelle ; mais ce ne sera pas sans ajouter ailleurs comme correctif : « Si nous n’avons la ferveur « et pureté de la charité, nous n’aurons jamais la per- « fection » (p. 307). S'il rassure les personnes qui souffrent des distractions involontaires à l’oraison, c'est aprés avoir formellement déclaré (p. 124) que l'attache consentie à une pensée inutile suffirait pour empécher une àme d'atteindre à la perfection.

Les grands moyens d'acquérir cette perfection, c'està-dire les trois voeux de Religion, ne sont pas expliqués dans les Entretiens d'une maniére élémentaire et compléte : il s'agit moins des obligations rigoureuses qu'ils imposent que des conséquences qui en dérivent, et des vertus sublimes auxquelles ils doivent conduire. Il faut lire les Entretiens De la Simplicité et De la Modestie pour comprendre jusqu’où notre saint Docteur étend les attributions de la parfaite chasteté. Elles se confondent presque avec les effets de l'amour parfait, puisque cette chasteté doit produire l'unité dans les pensées comme dans les affections. Quant à l'obéissance, deux Entretiens sont consacrés à en faire l'éloge, et à montrer de quel développement est susceptible cette vertu qui « n'est « point de moindre merite que la charité » (p. 185). De plus, large place est faite à l'obéissance dans l'Entretien VIII qui traite De la Desappropriation ou pauvreté d'esprit ; car l'une des premiéres abdications qu'impose le Fondateur de la Visitation est précisément celle de la propre volonté. C'est encore bien plus loin qu'il entraine ses filles sur la voie du dépouillement : ce dépouillement doit s'étendre non seulement à toute possession temporelle, mais encore à tout désir d'honneur et de réputation, à toute attache aux choses les plus saintes, telles que sont les exercices de dévotion et les consolations spirituelles (1).

Le but des vœux de Religion est de soustraire l’àme à la tyrannie des passions et de la constituer dans une totale dépendance de l'esprit de gráce. Pour assurer

(1) Au sujet de la pauvreté, voir encore les pp. 446-448 de l'Appendice II.

ce bienheureux affranchissement, il faut, après s'étre détaché de toutes choses, ne rien présumer de soi-même : en conséquence, notre Saint enseigne à se tenir toujours en garde contre la ténacité de la volonté et l'estime de ses opinions personnelles; car, d’après lui, « l’amour « de nostre propre jugement et l’estime que l’on en fait, « est la cause qu'il y a si peu de parfaits » (p. 244). Ce défaut est d'autant plus redoutable qu'il est un obstacle plus sérieux à l'entiére obéissance et à la charité fraternelle.

L'appel de Dieu à une méme destinée, en rapprochant les existences et en unissant les cœurs, n'identifie pas les caractéres. Les divers membres d'une Communauté conservent leur trempe d'esprit et des inclinations différentes, parfois méme tout à fait opposées. De là, des causes de continuelle abnégation, et un vaste champ ouvert à la pratique du support et de la mutuelle charité. On s'explique donc facilement que tous les Fondateurs d'Ordre aient insisté sur ce devoir essentiel. Pour le pratiquer d'une maniére constante et sérieuse, il ne suffit pas de la tendresse de cœur, il faut de l'énergie; au témoignage de saint Francois de Sales, il faut méme de la force. Les Filles de la Visitation, dit-il (p. 13), doivent avoir une dévotion « forte à supporter la « varieté des esprits qui se trouveront en la Congrega- « tion. » C'est trop peu de se supporter, il faut s'aimer, il faut entretenir cette cordialité religieuse qui « n'est autre « chose que l'essence de la vraye et sincere amitié » (p. 54). Cette cordialité doit se traduire par un dévouement si absolu que l'on soit prét à tout faire pour autrui, « excepté de se damner. » On ne saurait excéder dans cet amour témoigné à la créature ; car, par une réversibilité mystérieuse mais trés réelle, il remonte jusqu'au Créateur. Telle est la raison de la délicatesse de procédés, de la déférence dont on use à la Visitation.

Ce serait donc se tromper de ne voir que les réminiscences d'une urbanité toute mondaine dans cette sorte d'étiquette monastique dont saint François de Sales a prescrit à ses filles les moindres détails. Les égards dont

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