‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 198 sur 267 · XVII. Des Voix · texte numérisé non relu

XVII. Des Voix

faudroit pas penser que ce soit nous qui l’ayons obligè à ce faire en suivant sa vocation, car on ne sçauroit l’obliger (*); mais Dieu s'oblige soy-mesme par soy-mesme, poussé et provoqué à ce faire par les entrailles de son infinie bonté et misericorde*; tellement que, me faisant Religieux, Nostre Seigneur s’est obligé de me fournir tout ce qui est necessaire pour estre bon Religieux, non point par devoir, mais par sa misericorde et providence infinie ; tout ainsi qu'un grand roy, levant des soldats pour faire la guerre, sa prevoyance et prudence requiert qu'il prepare des armes pour les armer; car, quelle apparence y auroit-il de les envoyer combattre sans armes ? Que s'il ne le fait pas, il est taxé d'une grande imprudence. (») Or, la divine Majesté ne manque jamais de soin ni de prevoyance touchant cecy ; et pour le nous mieux faire croire, elle s'y est obligée, en sorte qu'il ne faut jamais entrer en opinion qu'il y ayt de sa faute(z) quand nous ne faisons pas bien : voire, sa liberalité est si grande, qu'il donne ces moyens à ceux auxquels il ne les a pas promis et auxquels il ne s'est pas obligé

(x) en — nous faisant Religieux ou Religieuse, car nous ne sçaurions obliger Dieu comme nous nous obligeons les uns les autres

(y) imprudence, — d'autant qu'ils le sont allés trouver sous l'esperance qu'il les fourniroit de toutes les armes propres à faire leurs fonctions. Mais trouvant que le prince n'a point pensé aux armes et aux munitions qui sont requises à une telle entreprise, il est soudain jugé digne de risée.

(z) quand nous ne reussissons pas bien. Mais remarquez que quand je dis que Dieu s'est obligé à fournir toutes les aydes requises à ceux qu'il appelle en quelque vocation, je n'entens pas de dire qu'il ne les donne qu'à ceux à qui il les a promises. O non, car je me tromperois, d'autant que souvent il les a données et les donne encor à ceux à qui il ne les a pas promises et auxquels il ne s'est point obligé. Par exemple: voila un homme que Dieu n'a pas appellé pour estre prestre ou Evesque, et lequel neantmoins, sçachant qu'il y a un benefice ou un evesché vacant, court en poste et employe tous ceux qu'il scait avoir du credit à la cour pour l'obtenir du roy; et en fin, par la faveur de plusieurs personnes, il est fait et creé Evesque. Or, Dieu ne l'a pas appellé pour l'estre, et partant il ne s'est pas obligé de luy donner les conditions requises pour estre bon Evesque; aussi ne les donne-t'il pas tousjours. Et neantmoins, la liberalité de Dieu est telle et si grande qu'il ne laisse pas pour cela quelquefois de les donner comme s'il s'y estoit obligé ; mais à ceux qu'il a choisis, il ne manque jamais. Ce que je dis d'un Evesque, je le dis pour toutes sortes de vocations quelles qu'elles soyent.

* Luce, 1, 78.

I Cor., vu, 20; /hes., IV, 1.

322 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

pour ne les avoir pas appellés. Remarquez aussi que quand je dis que Dieu s'est obligé de donner à ceux qu'il appelle toutes les conditions requises pour estre parfaits en leur vocation, je ne dis pas qu'il les leur donne tout à coup et à l'instant qu'ils entrent en Religion. O non, il ne faut penser qu'en entrant en Religion on soit parfait tout promptement : c'est assez qu'ils viennent pour tendre à la perfection et pour embrasser les moyens de se perfectionner. Et, pour ce faire, il est necessaire d'avoir ceste volonté ferme et constante de laquelle nous avons parlé, d'embrasser tous les moyens propres de se perfectionner en la vocation en laquelle on est appellé*.

Il y a encor une chose à remarquer, qui est que Dieu ne s'est pas obligé de leur fournir toutes les conditions requises tout à coup, ni les rendre parfaits en leur vocation en un instant. L'on se tromperoit, car les Religions ne scroyent pas nommées hospitaux, comme elles sont. Jay desja monstré ailleurs que, de tout temps, les Religions ont este appellées hospitaux, et les Religieux d'un nom grec qui veut dire guerisseurs, qui sont dans les hospitaux pour se guerir les uns les autres, comme les lepreux de sainte Brigitte. Il ne faut donc pa» penser qu'entrant en Religion on doive estre parfait tout promptement, car jay desja dit plusieurs fois que nous ne venons pas parfaits en la Religion, mais ouy bien pour tendre à la perfection. Et ceste Congregation, non plus que toutes les autres Religions, n'est pas une assemblée de filles parfaites, ains dc filles qui tendent et pretendent à la perfection ; c'est une escole où l'on vient pour apprendre à se perfectionner, et pour ce faire, il est necessaire d'avoir la volonté ferme et constante d'embrasser les moyens de nous perfectionner selon nostre vocation ct l'Institut où nous sommes appellés.

Ce n'est donc pas les mines tristes, les faces pleureuses et les personnes souspirantes qui sont tousjours les mieux appellées; ni celles qui ne veulent bouger des egliscs, qui sont tousjours dans les hospitaux, ni encor ceux qui commencent avec grande ferveur. Il ne faut point regarder les larmes des pleureurs, ni escouter les souspirs des souspirans, ni faire consideration sur les mines ct ceremonies exterieures, pour cognoistre ceux qui sont bien appellés; mais à ceux qui ont une bonne volonté, ferme et constante de vouloir estre gueris, et qui pour cela travaillent avec fidelité pour recouvrer la santé spirituelle.

Il ne faut point aussi tenir pour une marque d'une bonne vocation ces ferveurs qui font que l'on ne se contente point en sa vocation, mais que l'on s'amuse à quelques desirs, qui sont pour l'ordinaire vains, quoy qu'apparens, d'une plus grande sainteté de vie; car pendant que l'on s'amuse à rechercher ce qui le plus souvent n'est pas parfait, l'on ne fait pas ce qui nous peut rendre parfaits en celle que nous avons embrassée. Or, de cecy nous en avons un exemple en un jeune homme qui estoit prestre de l'Oratoire, lequel estoit si fervent qu'il luy sembloit que la maniere de vie des Peres de l'Oratoire

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