XVII. Des Voix
Voila donc comme les jugemens de Dieu sont occultes et secrets, et comme les uns, qui par despit et forme de mocquerie entrent en Religion, y perseverent neantmoins ; les autres, y estans bien appellés et ayans commencé avec grande ferveur, finissent mal et quittent tout. C'est donc une chose bien difficile de scavoir si une fille est bien appellée de Dieu, pour luy donner sa voix ; car bien qu'on la voye fervente, peut estre ne perseverera-t'elle pas ; mais tant pis pour elle. Ne laissez pas pour cela, si vous voyez qu'elle ayt ceste volonté constante de vouloir servir Dieu et se perfectionner, de luy donner vostre voix ; car si elle veut recevoir les aydes que Nostre Seigneur infailliblement luy donnera, elle perseverera. Que si, apres quelques années, elle perd la perseverance, à son dam ! vous n'en estes pas la cause, ains elle-mesme. Voila donc pour la premiere partie et cognoissance des vocations. (a)
n'estoit pas assez parfaite pour contenter sa ferveur; c'est pourquoy il pensa qu'il devoit sortir de là pour entrer en une Religion formelle. Ce que voyant, le bon Pere Philippe Nerius qui estoit son Superieur, l'y conduisit par la main ; et le voyant entrer avec tant de ferveur au lieu où il sçavoit par divine inspiration quil ne devoit point demeurer, il se mit à pleurer à chaudes larmes, tellement que ces bons Religieux, qui jugeoyent que c'estoit d'abondance de consolation, luy dirent : Hé, mon Pere, il faut que la consolation que vous ressentez soit bien grande! vous feriez bien mieux de moderer un peu vos larmes, il semble qu'il seroit bien plus à propos de les retenir que de les laisser couler de la sorte. Mais ce bien-heureux Philippe Nerius, illuminé d'une lumiere toute divine, leur respondit : Ah! je ne pleure pas à cause de la consolation que je ressens, mais je jette des larmes de compassion de voir ce jeune homme quitter une maniere de vie pour en prendre une autre, et que, y entrant avec une si grande ferveur, il n'y perseverera neantmoins pas. Ce qui arriva puis apres, ainsi qu'il l'avoit predit. [Reprendre au texte, lig. 1.]
(a) pour luy donner sa voix ; car — si bien je la vois fervente, peut estre ne perseverera-t'elle pas. Ce sera son mal. Ne laissez de luy donner vostre voix, si vous voyez qu'elle ayt ceste volonté constante de se vouloir guerir ct estre pansée ; car si elle veut recevoir les aydes que Nostre Seigneur s'est obligé de luy donner, elle perseverera; et mesme, bien qu'il ne les luy eust pas promises, ne s'y estant pas obligé, d'autant qu'il ne l'avoit pas appellée, elle peut neantmoins se rendre capable de les recevoir. Que si elle le fait seulement pour un temps et qu'elle ne persevere pas apres quelques années, à son dam! vous n'en pouvez mais; c'est elle et non vous, qui en cstes la cause. Voila donc, ce me semble, en quoy consiste ceste premiere partie; mais avant que de commencer la seconde, les Sœurs Novices se retireront ct prieront Dieu pour nous pendant que nous parlerons de l'autre,
* Matt., xx, 33.
324 Les "RAYS ENTRET.ENS SPIgIT ELS
Ouant à la «econde. qui est de Savoir = les coz tions que doivent avoir ies filles. premieremen:. 438 l'on recoit ceans, en second lieu. ceies que Don rei: au Novitiat, et en troisiesme lieu. celies que lon rego a la Profession. je n'av guere a dire dessus ia premiere reception, car l'on ne peut pas beaucoup cogavistre ces filles qui viennent avec une si bonne mine. Pariez-leur : elles feront tout ce que l'on voudra. Elles ressemblert a saint Jean et à : saint Jacques, auxquels Nostre Seigneur dit : Pourrez-vous bien boire le calice de ma Passion ? Ils respondirent hardiment et franchement qu'ouy *, et la nuict de la Passion ils l’abandonnerent. Ces filles en font ainsi : elles font tant de prieres, tant de reverences, elles tesmoignent tant de bonne volonté, que l'on ne peut bonnement les esconduire : et en effet, l'on n'y doit pas faire trop grande consideration, ce me -emble.'4:; Je dis cecy pour l'interieur, car certes, il est bien difficile en ce temps-là de le pouvoir cognoistre, principalement des filles qui viennent icy de loin : tout ce que l'on peut faire à celles-cy, c'est de scavoir qui elles sont, et telles choses qui regardent le temporel et l'exterieur, puis leur ouvrir la porte et les mettre à leur premier essay. Si c'est des filles qui soyent du lieu, l'on peut observer leur facon, et par la conversation que l'on a avec elles, recognoistre quelque chose de leur interieur ; mais je trouve qu'il est encor bien malaise, car elles viennent tousjours en la meilleure mine et posture qui se peut.
Or, il me semble que pour ce qui est de la santé
(b') Il ne me reste maintenant à dire que ce qui appartient à vous autres Professes, qui est ma seconde partie; à savoir,
(c' ) l'on ne peut pas — bonnement cognoistre (je dis quant à la premiere entrée pour l'essay) ces filles qui viennent avec de si bonnes mines que rien plus; et, à leur dire, clles feront tout ce que l'on voudra. Elles me font ressouvenir de saint Jean et de
(d') Pon n'y doit pas — tant regarder, ce me semble. Or, je ne parle pas à ceste heure en forme de predicateur, mais par simple conference en laquelle chacun dit son opinion. Voila pourquoy je ne dis pas qu'il ne le faille pas faire, mais ouy bien qu'il me semble que l'on n'y doit pas avoir grand regard.