XVII. Des Voix
corporelle et infirmités du corps, l’on n’y doit point faire ou fort peu de consideration, d’autant qu’en ces maisons l’on y peut recevoir les foibles et imbecilles aussi bien que les fortes et robustes, puisqu'elles ont esté faites en partie pour elles; pourveu que ce ne soyent des infirmités si pressantes qu’elles les rendent tout à fait incapables d'observer la Regle et inhabiles à faire ce qui est de ceste vocation. Mais excepté cela, je ne leur refuserois jamais ma voix, pas mesme quand elles seroyent aveugles ou manchottes, ou n’auroyent qu’une jambe, si avec cela elles avoyent les autres conditions requises à ceste vocation. Et que la prudence humaine ne me vienne point icy dire : Et s’il se presentoit tousjours telle sorte de gens, les faudroit-il tousjours recevoir? et(©) si toutes estoyent aveugles ou malades, qui les serviroit ? Or, ne vous mettez point en peine de cela, car il n'arrivera pas : laissez-en le soin à la divine Providence qui sçaura bien y pourvoir, et y appeller les fortes, necessaires à leur service. Quand il se presentera des infirmes, dites : Dieu soit beni! en vient-il des robustes : à la bonne heure! En somme (f), les maladies qui n’empeschent point d'observer la Regle ne doivent point estre considerées en vos maisons. Et voila ce que j'avois à dire touchant ceste premiere reception. Quant à la seconde, qui est de recevoir une fille au
(e') tousjours recevoir ? — Je dis qu'ouy; pourveu, comme j'ay dit, qu'elles eussent tousjours les conditions de l'esprit qui sont requises à ceste vocation, je ne voudrois faire nulle consideration sur leurs defauts du corps. Ouy, mais
(f') à la bonne heure! — Le monde use pour l'ordinaire de tels discours quand il void entrer plusieurs personnes en Religion, et, comme en desapprouvant leur retraite, il dit : Et si tous les hommes et les femmes se faisoyent Religieux et Religieuses, qui maintiendroit le monde? nous le verrions bien tost prendre fin. Mais encor, disent-ils, qui les nourriroit? O prudence humaine, ne vous mettez pas en peine de cela, car il n'arrivera pas, il n'en demeurera tousjours que trop dans le monde. Il y avoit une fille qui estoit aveugle, laquelle poursuivoit en vostre maison de Paris; et pendant que j'y estois, plusieurs personnes s'employerent pour la faire recevoir; elle le desiroit fort. C'estoit certes une bonne fille, et j'eusse bien voulu que l'on leust en cela consolée. Il n'y eut pas moyen à cause de quelques autres conditions qui ne permettoyent pas de la recevoir; mais si elle n'eust eu autre chose que d'estre aveugle, je luy eusse donné ma voix, car en somme
326 Les VHAYS ENTRETIENS SFIRITCELS
Novitiat, je ne trouve pas encor qu'il y avt des grandes difficultés. Neantmoins, lon y doit faire plus de consideration qu'en la premiere reception, car aussi l'on a eu plus de moven de remarquer leur humeur, actions et habitudes: l'on void bien les passions qu'elles ont 5. Mais tout cela ne doit point les empescher d'estre admises au Novitiat, pourveu qu'elles avent une bonne volonté de s'amender, de se sousmettre, et se servir des medicamens propres à leur guerison. Et, bien qu'elles avent de la repugnance à ces remedes et les prennent avec grande difficulté, cela ne veut rien dire, pourveu qu'elles ne laissent pas d'en user ; car les medecines sont tousjours ameres au goust, et n'est pas possible qu'on les recoive avec la suavité que l'on feroit si elles estoyent bien appetissantes : mais avec tout cela elles ne laissent pas de faire leur operation, et quand elles la font meilleure, c'est lors qu'elles font le plus de travail et de peine. Tout de mesme, voila une fille qui a ses passions fortes ; elle est colere, elle fait plusieurs manquemens : «i avec cela elle veut bien estre guerie, et veut qu'on la corrige, mortifie et qu'on luy donne des remedes propres à sa guerison, combien qu'en les prenant cela la fasche et la travaille, il ne faut point pour cela luy refuser sa voix ; car elle n'a pas seulement la volonté de guerir, inais encor elle prend les remedes qui luy sont donnés pour ce sujet, combien qu'avec peine et difficulté.
Il s'en trouvera qui auront esté mal nourries et mal civilisées, qui auront la nature rude et grossiere. Or, il n'y a point de doute que celles-cy n'ayent plus de peine et de difficulté que celles qui auront le naturel plus doux et traittable, et qu'elles seront plus sujettes à faire des fautes, que d'autres qui seront mieux nourries ; mais neantmoins, si elles veulent bien estre gueries et tesmoinent une volonté ferme à vouloir recevoir les remedes,
lg) premiere reception, — parce que l'on a plus de temps et de moyen de les observer et remarquer leurs mœurs, actions et habitudes ; l'on void bien si cles sont coleres ou tendres, et telles autres passions.
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