‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 201 sur 267 · XVII. Des Voix · texte numérisé non relu

XVII. Des Voix

quoy qu'il leur couste, à celles-là je donnerois ma voix nonobstant ces cheutes ; car ces filles-là, apres beaucoup de travail, font de grands fruicts en la Religion, deviennent des grandes servantes de Dieu et acquierent une vertu forte et solide, car la grace de Dieu supplée au defaut (b) ; et n'y a point de doute que souvent où il y . a moins de la nature, il y a plus de la grace. Or donc, on ne doit pas laisser de recevoir au Novitiat les filles, quoy qu'elles ayent beaucoup de mauvaises habitudes, le coeur rude et grossier, et qu'elles témoignent beaucoup de passions, (i) pourveu que telles filles veuillent estre gueries. En somme, pour recevoir une fille au Novitiat, il ne faut sinon scavoir si elle a une bonne volonté, et si elle est deliberée et resolue de recevoir le traittement qui luy sera fait pour sa guerison, et de vivre en une grande sousmission : ayant cela, je luy donnerois ma voix. Et voila, ce me semble, tout ce qui se peut dire touchant ceste seconde reception.

Pour la troisiesme, c'est une chose de grande importance de recevoir une fille à la Profession ; et en cecy (j) il me semble qu'on doit observer trois choses. La premiere, que les filles que l'on reçoit à la Profession soyent saines, non de corps, comme j'ay desja dit, mais (&') de cœur et d'esprit; je veux dire, qui ayent le cœur bien disposé à vivre en une entiere souplesse et sousmission. La seconde, que ces filles ayent l'esprit bon : or, quand je dis un bon esprit, je n'entends pas dire de ces grands esprits qui sont pour l'ordinaire vains et

(h') au defaut — de la nature

(i°) ef grossier, — témoignant à leur visage d'avoir beaucoup de passions; car quand on craint on devient pasle, et quand on nous advertit de quelque chose qui nous fasche, la couleur nous monte au visage et l'on devient rouge, ou bien la fascherie nous tire les larmes aux yeux. Cela ne doit point retenir de donner sa voix,

(j') Venons maintenant à la troisiesme, qui est une chose de grande importance ; à sgavoir, la reception des filles à la Profession. Or à cecy, il est requis une plus grande consideration, et

(k') desja dit, — car je n'y voudrois faire nulle consideration, si ce n'estoit en des choses qui le meritassent; mais j'entends saines

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pleins de propre jugement, de suffisance, et qui estans au monde estoyent des boutiques de vanité ; qui viennent en Religion non point pour s'humilier, mais comme si elles y vouloyent faire des leçons de philosophie et theologie, voulant tout conduire et gouverner. Or c'est a celles-cy qu'il faut bien prendre garde. Je dis qu'il y faut bien prendre garde, et non qu'il n'en faille point recevoir, si l'on void qu'elles veuillent estre changées et humiliées : car elles pourront bien, avec le temps et la grace de Dieu, faire ce changement ; ce qui arrivera sans doute, si avec fidelité elles se servent des remedes qui leur seront donnés pour leur guerison. (!) Quand doncques je parle d'un esprit bon, j'entends parler des esprits bien faits et bien sensés, et encor des mediocres, qui ne sont ni trop grands ni trop petits; car tels esprits font tousjours beaucoup, sans que pour cela ils le scachent. Ils s'appliquent à faire et s'adonnent aux vertus solides; ils sont traittables, et on n'a pas beaucoup de peine à les conduire, car facilement ils comprennent combien c'est une chose bonne de se laisser gouverner.

La troisiesme chose qu'il faut observer c'est si la fille a bien travaillé en son année de Novitiat, si elle a bien souffert et profité des medecines que l'on luy a donné, si elle a bien fait valoir les resolutions qu'elle fit entrant en son Novitiat de changer ses mauvaises humeurs et inclinations ; car l'année du Novitiat luy a esté donnée pour cela. Que si l'on void qu'elle ayt perseveré fidelement en sa resolution, et que sa volonté demeure ferme et constante pour continuer, et qu'elle se soit appliquée à se reformer et former selon les Regles et Constitutions, et que ceste volonté luy dure, voire de vouloir tousjours mieux faire, c'est un bon

(1°) faire — ceste metamorphose que, ayant esté au monde des boutiques de vanité, elles en soyent en Religion une d'humilité; ce qui arrivera sans doute, si avec fidelité elles se servent des remedes qui leur sont donnés pour leur guerison, car c'est une chose asseurée que qui est fidele aux petites choses, Dieu le constituera sur des grandes.

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