‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 217 sur 267 · XIX. Des VERTUS DE SAINT JosEPH · texte numérisé non relu

XIX. Des VERTUS DE SAINT JosEPH

elle n'a point de mammelles : que luy ferons-nous au jour qu'il luy faudra parler ? Que sí c'est un mur (i), faisons-luy des boulevars d'argent, et si c'est une porte, il la nous faut renforcer et doubler Z'ais de cedre ou de quelque bois incorruptible. Voicy comme ce divin Espoux parle de la pureté de la tres-sainte Vierge, de l'Eglise, ou de l'ame devote ; mais principalement cecy s'adresse à la tres-sainte Vierge, qui fut ceste divine Sulamite par excellence au dessus de toutes les autres. Nostre sœur elle est petite, elle n'a point de mammelles, c'est à dire, elle (j) ne pense point au mariage, car elle n'a ni sein ni soin pour cela : que luy feronsnous au jour qu'il luy faudra parler ? Qu'est-ce à dire cela : au jour qu'il luy faudra parler ? le divin Espoux ne luy parle-til pas tousjours quand il luy plaist? Au jour qu'il luy faudra parler, cela veut dire, de la parole principale, qui est quand on parle aux filles de les marier ; d'autant que c'est une parole d'importance, puisqu'il y va du choix et de l'élection d'une vocation et d'un estat auquel il faut par apres demeurer. Que si c’est, dit le sacré Espoux, un mur, faisons-luy des boulevars d'argent ; si c'est une porte, au contraire que nous la veuillions enfoncer, nous la doublerons ou renforcerons d’aîs de cedre, qui est un bois incorruptible.

La tres-glorieuse Vierge estoit une four * et des murailles bien hautes dans l'enclos desquelles l'ennemy ne pouvoit nullement (X) entrer, ni nulle sorte de desirs autres que de vivre en parfaite pureté et virginité. Que luy ferons-nous ? car elle doit estre mariée, Celuy qui luy a donné ceste resolution de la virginité l'ayant ainsi

(i) une four

(j) dois incorruptible. — Voyez comme le divin Espoux parle de la pureté de la tres-sainte Vierge : Nostre sœur est petite, elle n'a point de mammelles, c'est à dire, elle ne pense pas au mariage. L'on dit communement : Une telle fille se fait grande, elle est toute preste à marier; mais Nostre Dame, ainsi que l'asseure son celeste Espoux,

(k) une tour — dans l'enclos de laquelle l'ennemy ne pouvoit

* Cant., tv, 4, VII, 4

zech., xLIv, 1, 2.

ordonné. Si c’est une tour ou une muraille, establissons au dessus des boulevars d’argent, qui, au lieu d'abattre la tour, la renforceront davantage. Qu'est-ce que le glorieux saint Joseph, sinon un fort boulevard qui a esté establi au dessus de Nostre Dame, puisqu'estant son Espouse, elle luy estoit sujette et il avoit soin d'elle? Au contraire donques que saint Joseph fust establi au dessus de Nostre Dame pour luy faire rompre son vceu de virginité, il luy a esté donné pour compagnon d'icelle, et à fin que la pureté de Nostre Dame peust plus admirablement perseverer en son integrité sous le voile et l'ombrage du saint mariage et de la sainte union qu'ils avoyent par ensemble. S; la tres-sainte Vierge est une porte, dit le Pere eternel, nous ne voulons pas qu'elle soit ouverte, car c'est une porte orientale par laquelle nul ne peut entrer ni sortir*; au contraire, il la faut doubler et renforcer de bois incorruptible, c'est à dire, luy donner un compagnon en sa pureté, qui est le grand saint Joseph, lequel devoit pour cest effet surpasser tous les Saints, voire les Anges et les Cherubins mesmes en ceste vertu tant recommandable de la virginité, vertu qui le rendit semblable au palmier, ainsi que nous avons dit.

Passons à (!) la seconde proprieté et vertu que je trouve au palmier. Je dis, selon mon propos, qu'il se fait une juste ressemblance et conformité entre saint Joseph et la palme en leur vertu, vertu qui n'est autre que la tres-sainte humilité. Car encor que la palme soit le prince des arbres, elle est neantmoins le plus humble, ce qu'elle tesmoigne en ce qu'elle cache ses fleurs au printemps oü tous les autres arbres les font voir, et ne les laisse paroistre qu'au gros des chaleurs. La palme tient ses fleurs resserrées dedans des bourses qui sont faites en forme de gaines ou estuis ; ce qui nous represente tres-bien la difference des ames qui tendent à la perfection d'avec les autres, la difference des justes d'avec ceux qui vivent

(1) Passons au second point, qui est

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