PREFACE XLV
« de leur petite Congregation, » de préférer « toutes les « autres à icelle quant à l’honneur et estime, » la préférant néanmoins, « à toute autre quant à l'amour. » Et à ce sujet, il énonce l'une des comparaisons les plus gracieuses qui soient dans ses Entretiens, « le nid de « l'arondelle » et « celuy du cinamologue » (p. 17).
La simplicité et l'humilité sont si chéres au saint Fondateur qu'il leur fait place partout; il veut méme que ces deux vertus réglent le mode des rapports avec Dieu dans l'oraison. Toutes prétentions aux faveurs extraordinaires et aux états suréminents seront exclues de son Institut. Ces faveurs, il est vrai, y seront dispensées largement à une foule d’àmes d'élite ; mais plus Dieu élévera ces àmes, plus elles s'abaisseront, et l'une d'entre elles, la Mére Anne-Marie Rosset, parlant au nom de toutes, affirmera qu'un acte de fidélité à l'observance est préférable aux ravissements. Tel est l'esprit
que saint Francois de Sales a, par ses Constitutions et | ses Entretiens, inoculé à l'Ordre de la Visitation.
Quelque claire et précise que soit la doctrine exposée dans les Entretiens, il s'est trouvé des gens qui ont jugé que certains points de cette doctrine pouvaient avoir besoin de commentaires, et ils se sont mis en devoir de les donner. C'est d'abord cette maxime si chére au saint Evéque : « Ne demandez rien, ne refusez rien, ne desirez « rien.» Mais qu'avait-elle besoin d'explication étrangère, puisque lui-méme précise le sens qu'il y attache? « Quand « je dis qu'il ne faut rien demander ni rien desirer, j'en- « tens pour les choses de la terre, car pour ce qui est des « vertus nous les pouvons demander; et demandant « l'amour de Dieu, nous les y comprenons, car il les con- « tient toutes » (p. 384). Cette méme pensée est exprimée en termes presque identiques dans l'Entretien VI. En plusieurs autres endroits, les saints désirs sont recommandés, spécialement dans l'Entretien VII. « Entre nos « desirs, » y est-il dit, « il y en a un qui est sureminent « au dessus de tout autre... Ce desir est celuy que nous « avons apporté venant en Religion, qui est d'embrasser
« les vertus religieuses ; c'est l'une des branches de « l'amour de Dieu et l'une des plus hautes qui soit en « cest arbre divin » (p. 106). Que peut-on souhaiter de plus catégorique sur ce point? Et cependant notre Saint ne s'en tient pas à cela ; il permet à ses filles non seulement de désirer, mais méme de demander certains secours utiles dans le travail de la sanctification. C'est quand une insinuation intérieure y pousse, l'autorisation de recevoir la Communion aux jours oü elle n'est pas prescrite à la Communauté ; c'est l'usage des macérations dans certaines circonstances où elles peuvent étre nécessaires. Bien plus, il est ordonné aux Religieuses de la Visitation de demander avec confiance les soulagements corporels dont « elles croiront avoir besoin. » Et le Directoire spirituel de VInstitut subordonne la pratique de l'entiére indifférence à cette prescription (1). La seconde proposition que l'on s'est mis en peine d'expliquer est également extraite de l'Entretien XXI; c'est celle-ci : « Si Dieu venoit à moy j'irois aussi à « luy ; s'il ne vouloit pas venir à moy, je me tiendrois « là et n'irois pas à luy » (p. 384). Ici encore le Saint précise sa pensée; comme on peut le voir (var. (a), p. 384), il s'agit simplement de l'indifférence au sentiment de la divine présence: les âmes parfaites ne doivent pas le chercher avec anxiété, mais se contenter des simples vues de la foi, quand il plait au Seigneur les priver de ce sentiment (2). Cette proposition serait encore susceptible de plusieurs autres explications, et c'est le tort de Bossuet d'avoir voulu la restreindre aux seules communications de l'homme avec Dieu dans la priére. Tout d'abord, il faut admettre que dans le sens absolument littéral, elle renferme une hypothése impossible ;
(1) Coustumier et Directoire, Article xxiv, Documens fort utiles.
(2) Pour saisir la véritable pensée du saint Docteur sur l'indifférence qu'il faut avoir relativement aux faveurs divines dans la priére, il est bon de se rappeler ce qu'il enseigne dans son Traitté de l'Amour de Dieu (Livre VI, chap. vri). L'âme ne doit jamais se présenter devant Dieu dans l'oraison sans s'exciter au recueillement qui se fait « par le commandement de l'amour, » mais elle ne doit pas chercher à provoquer celui qui se fait « par l'amour
e mesme. »