‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 23 sur 267 · PRÉFACE XLVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLVII

car c'est l'enseignement de l'Eglise que Dieu vient toujours à nous par sa gráce prévenante, et par conséquent nous ne sommes jamais dispensés d'aller à lui par une libre et amoureuse coopération. En dehors de cette idée générale, on peut encore se rappeler que, selon le mot de l'Zmitation, le Seigneur a deux manières de visiter ses élus : la consolation et la tribulation. Si donc Dieu vient à l'áàme par l’affliction, l'àme doit aller à Dieu par la résignation ; s'il lui épargne la souffrance, elle ne doit pas l'appeler par des désirs souvent présomptueux. C'est ce qu'expliquent ces paroles de notre Saint: « Il y ena « qui demandent des croix, et ne leur semble jamais que « Nostre Seigneur leur en donnera assez pour satisfaire « à leur ferveur ; moy je n'en demande point, seulement « je desire de me tenir prest pour porter celles qu'il « plaira à sa Bonté de m'envoyer, le plus patiemment « et humblement que je pourray » (p. 447).

Ce que nous disons du désir de la souffrance peut s'entendre de toutes les vertus. Dieu vient à l'àme par des sollicitations intimes qui l'incitent à produire tel ou tel acte vertueux, intérieur ou extérieur, l’âme doit aller à Dieu en répondant aux insinuations de sa gráce. Que si elle n'est mue par aucun de ces attraits, elle doit demeurer devant Dieu dans l'attente de ses ordres. Cette attente, embrassant par avance tous les desseins du Seigneur dés qu'ils seront manifestés, est une disposition sublime qui contient en soi l'essence méme des vertus; c'est le Vocabis me,et ego respondebo tibi, de Job;c'est l'Expectans expectavi Dominum du Psalmiste ; c'est ce que notre Saint entend par ces paroles : « Faire tout « simplement tout ce qui nous est commandé... et puis « nous tenir en repos pour tout le reste, tant pres de « Dieu que nous pourrons » (p. 448).

Deux propositions extraites des Colloques, ayant été impliquées dans la querelle du semi-quiétisme exigent encore quelques éclaircissements. Ces deux propositions furent citées par Fénelon dans son livre des Maximes des Saints, en faveur des théses qu'il voulait établir. Bossuet, sans méme prendre la peine de prouver que

XLVIII LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

son adversaire en détournait le sens, se contenta de les rejeter comme n'étant pas de saint Francois de Sales. Il peut se faire en effet, qu'elles ne soient pas sorties des lévres du Saint absolument telles qu'elles nous ont été transmises; mais à quoi bon discuter cette éventualité, puisque les deux phrases inculpées peuvent étre parfaitement soutenues ?

La première est ainsi conçue : « Le desir de la vie « eternelle est bon, mais il ne faut desirer que la volonté « de Dieu. » On pourrait voir dans ces paroles une sorte de métonymie par laquelle l'effet est pris pour la cause, ce qui équivaudrait à dire : Il est bon de désirer la mort, cependant il est meilleur d'attendre patiemment l'heure fixée par la Providence. Mais voulut-on attribuer au mot de « vie eternelle » le sens absolu de béatitude, ce sens peut encore s'expliquer. La vie éternelle, dit le Sauveur du monde, consiste à vous connaítre, ó vous le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. Pour connaitre Dieu parfaitement il faut le posséder dans les ineffables étreintes et les joies de la vision béatifique. Or la volonté de Dieu, trés explicitement signifiée en cent endroits de nos saintes Lettres, est que tous les hommes arrivent à cette possession. Désirer la vie éternelle, c'est désirer Dieu, et ce désir est inséparable de l'accomplissement de sa volonté. La phrase en question ne signifierait donc autre chose sinon que, dans la prétention à la vie éternelle, nous devons avoir en vue la gloire qui reviendra à Dieu de notre salut, par l'accomplissement de sa volonté, avant méme de considérer l'avantage qui en résultera pour nousmémes.

Répondre à cette premiére difficulté, c'est résoudre en méme temps celle qu'on a prétendu trouver dans la proposition suivante : « Je n'ayme point cela de vouloir « tousjours regarder au merite, car les Filles de Sainte « Marie ne doivent faire leurs actions que pour la plus « grande gloire de Dieu. Si nous pouvions servir Dieu « sans meriter, ce qui ne se peut, nous devrions desi- « rer de le faire » (p. 428). Néanmoins, bien que nous

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