‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 227 sur 267 · XX. DE LA PRETENTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

XX. DE LA PRETENTION RELIGIEUSE

qu'aux choses mauvaises et inutiles. Pensez-vous que ces bons Religieux du desert qui sont parvenus à une si grande union avec Dieu, y soyent arrivés en suivant leurs inclinations ? Certes nenny ; ils se sont mortifiés és choses les plus saintes, et bien qu'ils eussent grand goust à chanter les divins cantiques, à lire, prier et autres choses, ils ne le faisoyent point pour se contenter eux-mesmes. Nullement ; au contraire, ils se privoyent volontairement de ces plaisirs pour s'adonner à des œuvres de travail et penibles (!).

Il est bien vray, certes, que les ames religieuses recoivent mille suavités et contentemens parmi les mortifications et les exercices de la sainte Religion, car c'est principalement à elles que le Saint Esprit départ ses pretieux dons. Partant, elles ne doivent rechercher que Dieu et la mortification de leurs humeurs, passions et inclinations en la sainte Religion, car si elles cherchent autre chose, elles n'y trouveront jamais la consolation qu'elles pretendent. Mais il faut avoir un courage invincible pour ne nous point lasser avec nous-mesmes, parce que nous aurons tousjours quelque chose à faire et à retrancher. L'office des Religieux doit estre de bien cultiver leur esprit, pour en déraciner toutes les mauvaises productions que nostre nature depravée fait bourjonner tous les jours,.si bien qu'il semble qu'il y ayt tousjours à refaire. Et comme il ne faut pas que le laboureur se fasche, puisqu'il ne merite pas d'estre blasmé pour n'avoir point recueilli une bonne prise, pourveu neantmoins qu'il ayt eu soin de cultiver bien la terre et de la bien ensemencer, de mesme le Religieux ne doit point se fascher s'il ne recueille pas si tost les fruicts de la perfection et des vertus, pourveu qu'il ayt une grande fidelité de bien cultiver la terre de son cœur, en retranchant ce qu'il appercoit estre contraire à la

(1) de ces plaisirs, — quoy que bons et licites, pour s'adonner à des œuvres de travail et de peine. (Ms.) [L'alinéa suivant ne se trouve ni dans le Ms. ni dans les Co//oques.]

Cap. xvm.

Galat., 11, 20.

Matt., rx, 17.

perfection à laquelle il s’est obligé de pretendre, puisque nous ne serons jamais parfaitement gueris que nous ne soyons en Paradis.

Quand vostre Regle vous dit * « que l'on demande les livres à l’heure assignée, » pensez-vous que ce soit pour l'ordinaire ceux qui vous contentent le plus que l'on vous donne? Nullement, ce n'est pas là l'intention de la Regle; et ainsi (®) des autres exercices. Une Sœur se sentira, ce luy semble, fort portée (2) à faire l'oraison, à dire l'Office, à estre en retraite, et on luy dit : Ma Sœur, allez à la cuisine, ou bien : Faites telle ou telle chose. C'est une mauvaise nouvelle pour une fille qui est bien devote. Je dis donc qu'il (°) faut mourir à fin que Dieu vive en nous *, car il est impossible d'acquerir l'union de nostre ame avec Dieu par un autre moyen que par la mortification. Ces paroles sont dures : Il faut mourir; mais elles sont suivies d'une grande douceur : c'est à fin d'estre unies à Dieu par ceste mort. Vous devez scavoir que nulle personne sage ne met point le vin nouveau dans un vieil vaisseau * ; la liqueur du divin amour ne peut entrer oü le vieil Adam regne, il faut de necessité le destruire. Mais comment, me direz-vous, le destruire? Comment, mes cheres filles? par l'obeissance ponctuelle à vos Regles. Je vous asseure (pr) de la part de Dieu, que si vous estes fidelles à faire ce qu'elles vous enseignent, vous parviendrez sans doute au but que vous devez pretendre, qui est de vous unir à Dieu. Remarquez que je dis (4) faire, car l'on n'acquiert

(m) O non, ma chere fille, quand vostre Regle dit que l'on demandera « les livres à l'heure assignée, » elle n'entend pas que l'on demande ceux qui nous contentent le plus, pour cela. Nullement, ce n'est pas son intention, ni moins ( Ms.)

(n) attirée (Ms.)

(0) ou telle chose. — Ne vous semble-til pas que ce soit une mauvaise nouvelle pour une fille bien devote? Je reviens tousjours, mes cheres filles, à ce que nous avons desja souventesfois dit : il (Ms.)

(p) par — l'observance ponctuelle de vos Constitutions. Je vous puis asseurer (Ms.)

(q) je dis — qu'il faut (Ms.)

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