‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 230 sur 267 · XX. DE LA PRETENTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

XX. DE LA PRETENTION RELIGIEUSE

que je vous dis : Marchez par l’observance ponctuelle et fidelle, car qui mesprisera (€) sa voye sera tué, dit Salomon *.

Vous dites, ma Mere, que nos Sceurs disent : Cela est bon de marcher par les Regles, mais c'est la voye generale. Dieu nous attire par des attraits particuliers, chacun a le sien special, nous ne sommes pas toutes tirées par un mesme chemin. Elles ont raison de le dire et il est veritable; mais il est vray aussi que si cest attrait vient de Dieu, il les conduira à l'obeissance sans doute. Il n’appartient pas à nous autres, qui sommes inferieurs, de juger de nos attraits particuliers; cela est du devoir des Superieurs, et pour cela la direction particuliere est ordonnée. Soyez-y bien fidelles, et vous en rapporterez le fruict de benediction. Si vous faites ce qui vous est enseigné, mes cheres filles, vous serez tres-heureuses, vous vivrez contentes et experimenterez dés ce monde les faveurs du Paradis, au moins par petits eschantillons. Mais prenez garde que s’il vous vient quelque goust interieur et caresse de Nostre Seigneur, de ne vous y attacher pas; c'est comme un peu d’anis confit que l’apothicaire met sur la potion amere du malade : il faut que le malade avale la medecine bien amere, pour sa santé, et bien qu'il (f) prenne de la main de l’apothicaire ces grains sucrés, il faut par necessité qu’il ressente par apres les amertumes de la purgation.

Vous voyez donc clairement quelle est la pretention que vous devez avoir pour estre dignes espouses de Nostre Seigneur, et pour vous rendre capables de lespouser sur le mont de Calvaire. Vivez donc toute vostre vie et formez toutes vos actions selon icelle, et Dieu vous benira. Tout nostre bon-heur consiste en la perseverance : je vous y exhorte, mes cheres filles,

(e) negligera (Ms.) (f') que l'apothicaire — celeste met sur la potion amere de la mortification qu'il faut que vous avaliez pour vostre santé. Et bien que le malade (Ms.)

* Prov., xix, 16.

382 Les vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

de tout mon cœur, et prie sa Bonté qu'il vous comble de grace et de son divin amour en ce monde, et nous fasse tous jouir en l'autre de sa gloire. (8) A Dieu, mes cheres filles, je vous emporte toutes dans mon cœur: de me recommander à vos prieres ce seroit chose superflue, car je croy de vos pietés que vous n'y manquez point. Je vous envoyeray tous les jours de l'autel ma benediction, et ce pendant recevez-la au nom du Pere, du Fils et du Saint Esprit.

(g ) et prie — la divine Bonté qu'elle vous comble de ses graces et de son divin amour en ce monde et nous fasse asseurés de sa gloire en l'autre. Amen. (Ms.)

[Les deux derniéres phrases du texte ne se trouvent pas dans le Ms., qui par contre, donne ici le premier alinéa de l'Entretien suivant. Dans les Colloques, ces deux fragments sont réunis sous le titre de: L'adsiew de Monsieur lors qu'il partit de Paris pour accompagner Monsieur le Prince de

Piemond.)

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