‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 231 sur 267 · NE RIEN REFUSER · texte numérisé non relu

NE RIEN REFUSER

(a) Ma Mere, je parlois un jour à une excellente Religieuse qui me demandoit si ayant desir de communier plus souvent que la Communauté on le peut demander à la Superieure. Je luy dis que si j'estois Religieux, je pense que je ferois cecy : je ne demanderois point à communier plus souvent que la Communauté le fait ; je ne demanderois point à porter la haire, le cilice, la ceinture, à faire des jeusnes extraordinaires, ni disciplines, ni aucune autre chose; je me contenterois de suivre en tout et par tout la Communauté. Si j'estois robuste je ne mangerois pas quatre fois le jour; mais si on me faisoit manger quatre fois, je le ferois et ne dirois rien. Si j'estois debile et que l'on ne me fist manger qu'une fois le jour, je ne mangerois qu'une fois le jour, sans penser si je serois debile ou non. Je veux peu de choses;

(a) Ma Mere, j'ay desja respondu ailleurs à vostre demande; à sgavoir mon, si l'on doit demander congé de communier ou faire des mortifications plus que la Communauté. Si j'estois Religieuse, je pense que je ne demanderois point du tout de singularités : ni à communier, ni à porter la haire, le cilice, la ceinture, et faire des jeusnes extraordinaires, la discipline ni aucune autre chose, me contentant en tout de suivre la Communauté. Si j'estois robuste je ne mangerois pas quatre fois le jour; mais si l'on me le faisoit faire, je le ferois et je ne dirois rien. Si, au contraire, j'estois debile et que l'on ne me fist manger qu'une fois le jour, je ne mangerois qu'une fois le jour, sans m'amuser à penser si je serois debile ou fort. Je veux peu de chose; ce que je veux, je

Act., ix, 6.

Matt.,vi1,7; Luca, 1, 9.

384 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

ce que je veux, je le veux fort peu; je n’ay presque point de desirs, mais si j'estois à renaistre je n'en aurois point du tout. Si Dieu venoit à moy, j'irois aussi à luy; sil ne vouloit pas venir à moy, je me tiendrois là et n'irois pas à luy (1).

(b) Je dis donc qu'il ne faut rien demander ni rien refuser, mais se laisser entre les bras de la Providence divine, sans s'amuser à aucun desir, sinon à vouloir ce que Dieu veut de nous. Saint Paul pratiqua excellemment cest abandonnement au mesme instant de sa conversion ; quand Nostre Seigneur l'eut aveuglé, il dit tout incontinent : Seigneur, que vous plaist-il que je fasse * ? et dés lors il demeura dans l'absolue dépendance de ce que Dieu ordonneroit de luy. Toute nostre perfection gist en la pratique de ce poinct; et le mesme saint Paul, escrivant à un de ses disciples, luy defend entre autres choses de ne point laisser occuper son cœur par aucun desir (2), tant il avoit de cognoissance de ce defaut.

Vous me dites, s'il ne faut pas desirer les vertus, et que Nostre Seigneur a dit* : Demandez, et il vous sera donné. O ma fille, quand je dis qu'il ne faut rien demander ni rien desirer, j'entens pour les choses de la terre, car pour ce qui est des vertus nous les pouvons demander; et demandant l'amour de Dieu, nous les y comprenons, car il les contient toutes.

le veux pour Dieu; je n'ay presque point de desirs, mais si j'estois à renaistre je n'en aurois ou n'en voudrois point avoir du tout. Si Dieu venoit à moy pour me favoriser du sentiment de sa presence, j'irois aussi à luy pour l'accepter et correspondre à sa grace; mais s'il ne vouloit pas venir à moy, je me tiendrois là et n'irois pas à luy : je veux dire, je ne rechercherois pas d'avoir ce sentiment de sa presence, ains me contenterois de la simple apprehension de la foy. Dieu soit beni. ( Ms.)

(b) (Pour les trois alinéas suivants, cf., à l'Appendice I, le Dernier Entretien fait à Lyon. La suite ne se trouve ni dans le Ms. ni dans les Colloques, sauf l'alinéa final.]

( 1) Les derniéres lignes de la variante (a) donnent le sens vrai de la proposition incomplétement énoncée dans le texte. Cette proposition est plus amplement expliquée dans la Préface, Partie II.

(2) Fuye; les désirs juvéniles. (YI Tim., u, 22.)

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