‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 25 sur 267 · PREFACE LI · texte numérisé non relu

PREFACE LI

il était apprécié à la Visitation. On se souvient en quels termes en parlait sainte Jeanne-Francoise de Chantal. Après elle, ses filles le considérèrent comme un trésor d’un prix inestimable, comme le complément, le commentaire des Règles et des Constitutions dont il leur insinuait le véritable esprit. L'admirable perfection oü s'élevérent bon nombre d'entre elles en pratiquant les Entretiens, prouve suffisamment la valeur de la doctrine qu'ils contiennent. Qu'on lise les Vies des premiéres Mères de l’Institut, celles de tant d'ámes d'élite dont l'Année Sainte et les circulaires de l'Ordre nous ont conservé le récit, on y retrouvera toujours la mise en action de ces enseignements. C'est en s'y conformant que la Mère Anne-Marguerite Clément (3), la Sœur Jeanne-Bénigne Gojos et bien d'autres encore, atteignirent à une haute sainteté récompensée par des faveurs surnaturelles de l'ordre le plus élevé. C'est par l'emploi des mémes moyens que la bienheureuse Marguerite- Marie, la vénérable Anne-Madeleine Remuzat ont mérité les prédilections du Sacré-Cœur de Jésus, qui les choisit pour apótres de son culte et victimes de son amour. Quand l'Eglise de France eut à pleurer sur les écarts de tant de ferventes Communautés entrainées dans les erreurs du jansénisme, les Monastéres de la Visitation protestaient avec une égale ardeur de leur attachement aux saines doctrines et de la filiale jalousie avec laquelle ils s'en tenaient à la lecture des écrits de leurs Fondateurs (3) ; c'est ce qui les conserva dans l'unité de la foi,

(1) C'est dans les termes suivants que cette Ame privilégiée rendait gráces à la trés sainte Vierge d'avoir été formée à la vie religieuse par saint Frangois de Sales et sainte Jeanne-Frangoise de Chantal : « Je vous remercie, o Mere de misericorde, de m'avoir obtenu le bien incomparable de rassasier mon ame famelique des eaux de nostre benite source, et d'ouir si souvent les paroles de vie de la propre bouche de ces deux saints canaux, qu'ils puisoient sans cesse dans le sacré coeur de Dieu, par l'union qu'ils avoient avec la divine Majesté ; dont ils nous enseignoient ce qu'ils avoient puisé dans le sein divin, par des entretiens si fervens, que l'on en sortoit comme de l'oraison, tant leurs discours estoient persuasifs, et il me sembloit qu'ils imprimoient en mon ame les paroles qu'ils pronongoient. » ( Vie manuscrite de la Mère A.-M. Clément.)

(3) On trouve fréquemment dans les circulaires de ce temps-là des assertions telles que celle-ci : « Nos cheres Sœurs de céans font leur [soin] le plus

et si cet Institut eut malheureusement aussi quelques défections à déplorer, elles furent rares et suivies de retours sincères qui les firent bientôt oublier. C'est encore dans les Œuvres de saint François de Sales et notamment dans ses Entretiens, qu’au sortir de la révolution la Visitation renouvela cette sève puissante qui devait lui permettre de refleurir au milieu de tant de ruines et d'étendre dans les deux mondes ses bienfaisants rameaux. Et de nos jours, la réputation de sainteté qui entoure la mémoire de la Mère Marie de Sales Chappuis est une nouvelle preuve de l’inépuisable fécondité de la doctrine contenue dans Les Vrays Entretiens spirituels.

Pour apprécier cette doctrine à sa juste valeur, il ne suffit pas de considérer les résultats qu'elle a produits, il faut de plus connaître la source où elle fut puisée. Une parole de l'Evangile nous l'indique. Si quelqu'un croit en moi, dit le Rédempteur, 77 faillira de son sein un fleuve d'eau vive. Voilà bien l'explication de l'efficacité, de la force, de l'onction qu'on admire dans le livre des Entretiens. Il est moins le fruit de l'étude que d'une union intime et continuelle avec l'Homme- Dieu, d'une étroite dépendance de son divin Esprit. Ce que l'Auteur enseigne, c'est ce qu'il a appris par la communication avec Dieu dans l'oraison, et, par une longue expérience, dans le travail de sa propre sanctification. De là viennent à la fois et la profondeur et la simplicité de ses paroles. Il n'est pas une vertu qu'il recommande sans l'avoir pratiquée lui-méme, pas un conseil qu'il donne sans en avoir expérimenté l'utilité.

Exploitant si largement un trésor personnel, il lui

assidu des écrits de nôtre saint Fondateur... Elles ont le méme respect pour ceux de nôtre venerable Fondatrice. Aussi ces cheres Sœurs ne souhaitent ny ne recherchent aucun livre nouveau, ny directions étrangeres. Et gráces au Ciel, ce n'est pas dans nos provinces que les Religieuses se divisent pour prendre le parti de la nouveauté. » (Lettre circulaire de la Mére Marie-Philiberte de Monthouz, Supérieure du 1*' Monastère d'Annecy, en date du 29 décembre 1722.)

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