‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 4 sur 267 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

recours; il y trouvait non point une surcharge, mais un délassement de ses autres travaux.

« Nostre saint Fondateur, » écrit sainte Jeanne-Francoise de Chantal dans un Mémoire relatif aux origines de l'Institut (1), « nous visitoit souvent, nous confessoit tous les quinze jours, et faisoit des petites conferences spirituelles, pour nous enseigner la vraye perfection, donnant a chacune la pratique de quelque vertu selon leur besoing, et par ce moyen ceste premiere année se passa avec beaucoup de progres en la sainte perfection. » C'est ce qu'affirme aussi dans son Histoire de la Galerie, la Mère Marie-Adrienne Fichet, septième Professe de la Visitation. Après avoir décrit l’extrême pauvreté des premières Mères et les privations qui en résultaient, elle ajoute : « Ce qui les consoloit, c'estoyent les frequens entretiens de nostre saint Fondateur. Mesme dans les mauvais temps de pluye et de neige, il ne laissoit pas de les visiter deux ou trois fois la semaine et mesme plus souvent (2). »

Dans ces conférences intimes et selon que les circonstances y donnaient lieu, furent établies bon nombre de pratiques qui passèrent plus tard dans les Constitutions de la Visitation (3). De toutes choses le Saint prenait occasion d'instruire ses filles et de les former aux vertus

(1) Ziore des Vœux du rtr Monastère de la Visitation d'Annecy.

(2) Le P. Alexandre Fichet, S. J., frère de la Mère Maric-Adrienne, décrivant les origines de la Visitation, parle ainsi qu'il suit de la formation des premières Religieuses : « Le Bienheureux dans des entretiens particuliers leur fit des lecons de toute la vie religieuse : 1. Pour tous les Offices, Sermons et fonctions de l'Ordre, en l'estat de Superieure, d'officiere, d'inferieure et d'egale; où tout et toutes ne doivent regarder que Dieu et l’œuvre de Dieu et le bien de la Religion, avec un oubly d'elles mesmes, et une mortification de l'amour propre perpetuelle... 3. Pour les qualitez des Novices et des Religieuses, qui sont un oubly, voire une sainte horreur du monde et de tous les oignons de l'Egypte, pour jamais, et un saint amour de Jesus et de la vocation à son divin service, un desir affamé de faire la volonté de Dieu, pour servir à sa gloire et pour sauver son ame, une sainte passion d'observer tous les devoirs de la Religion et toutes les plus menues circonstances des Regles... » (Partie II, chap. 11 des Saintes Reliques de l'Erothée, en la sainte vie de la Mere Jeanne Francoise de Fremiot, Baronne de Chantal. A Lyon, chez Vincent de Cœursillys. x.pc.Lxir.)

(3) Voir à l'Appendice III, pp. 451-453.

x LES VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

monastiques. C’est au sujet d’un léger dissentiment survenu entre la Mère Marie-Jacqueline Favre et la Mère Péronne-Marie de Châtel, que fut établi entre les Sœurs l’usage de se demander mutuellement pardon à genoux en cas de contestation. Un acte de mortification accompli au réfectoire par la Mère de Chàtel détermina la prescription de baisser les yeux pendant le repas. Enfin, c'est encore dans des exhortations familières que furent désignés les témoignages de déférence dont les Religieuses useraient les unes envers les autres, la maniére d'effectuer les changements de cellules et d'objets de dévotion qui doivent s'accomplir chaque année.

Pendant la belle saison, ces conférences se faisaient ordinairement à ciel découvert. C'étaient alors de ravissants tableaux qui rappelaient les scénes évangéliques du mont des Béatitudes ou des bords de la mer de Génézareth. Qu'on en juge par le récit suivant emprunté à la Mére Fichet : « Le jour de saint Laurent de l'année 1612, » dit-elle, « nostre bien-heureux Pere vint voir nostre venerable Fondatrice, tousjours accompagné de M. Michel Favre son aumosnier, car jamais il n'entroit sans luy. Toutes les Sceurs descendirent au verger de la fontaine. On luy apporta un siege sous la treille, du costé des degrés qui menent au jardin; les Sœurs se mirent à terre autour de luy. » A la prière qui lui en fut faite, le Saint parla de la sobriété, puis de l'affabilité (1), l'une de ses vertus favorites; déjà il avait donné à ses filles plusieurs des beaux enseignements qui furent publiés plus tard, quand il se vit « interrompu du tonnerre et de la pluye qui le contraignirent de monter en une galerie oü les Sceurs le suivirent, » et l'entretien se continua avec une intimité plus grande encore.

D'autres fois, c'était dans la chambre de la sainte Fondatrice que la petite Communauté se réunissait. Notre bienheureux Pére, dit encore la Mére Fichet, « ya fait plusieurs entretiens spirituels; comme en ce temps-là il escrivoit le livre de l'Amour de Dieu, nos premieres

‘1 Voir à l Appendice III, p. 453.

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