‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 39 sur 267 · I. OBLIGATION DES CONSTITUTIONS · texte numérisé non relu

I. OBLIGATION DES CONSTITUTIONS

ne court pas apres le Sauveur, pourveu que l’on die tousjours : Tirez moy, et que l'on ayt le courage bon pour dire : Nous courrons. Car encor que nous ne courions pas, il suffit que, Dieu aydant, nous courrons : ceste Congregation, non plus que les autres Religions, n’estant pas une assemblée de personnes parfaites, mais de personnes qui pretendent de se perfectionner ; non de personnes courantes, mais de personnes qui pretendent courir, et lesquelles pour cela apprennent premierement à marcher le petit pas, puis à se haster, puis à cheminer à demi course, puis en fin à courir.

Ceste devotion genereuse ne mesprise rien, et fait que, sans trouble ni inquietude, nous voyons un chacun cheminer, courir et voler diversement, selon la diversité des inspirations et varieté des mesures de la grace divine qu'un chacun reçoit. C'est un advertissement que le grand Apostre saint Paul fait aux Romains, XIV * : L'un, dit-il, croid de pouvoir manger de tout; l'autre, qui est infirme, mange des herbes : que celuy qui mange ne mesprise point celuy qui ne mange pas, et que celuy qui ne mange pas ne juge point celuy qui mange. Que chacun abonde en son sens : celuy qui mange, mange en Nostre Seigneur, et celuy qui ne mange pas, ne mange pas en Nostre Seigneur , et tant l'un que l'autre rendent graces à Dieu. Les Regles ne commandent pas beaucoup de jeunes, neantmoins il se pourra faire que quelques unes, pour des necessités particulieres, (Y) obtiendront l’obedience d'en faire davantage : que celles qui jeuneront ne mesprisent point celles qui mangent, ni celles qui mangent celles qui jeuneront. Et ainsi en toutes autres choses qui ne sont ni commandées ni defendues, qu’une chacune abonde en son sens : c'est à dire, qu'une chacune

(y) rendent graces à Dieu. — Il n'est point ordonné de faire la discipline: il se pourra faire neantmoins que quelques unes des Sœurs trouveront du profit de la faire, et les autres n'y seront point portées. Il n'y a pas beaucoup de jeunes commandés, il se pourra faire que quelques unes

* Vers. 2, 5, 5, 6.

16 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRI UELS

jouisse et use de sa liberté, sans juger ni contreroller les autres qui ne feront point comme elle, voulant faire trouver sa façon meilleure ; puisque mesme il se peut faire qu’une personne mange avec tel renoncement de sa propre volonté qu'une autre jeuneroit (2), et qu'une personne ne die pas ses coulpes par le mesme renoncement par lequel l’autre les dira.

La genereuse devotion ne veut pas avoir des compagnons en tout ce qu'elle fait, ains seulement en sa pretention, qui est la gloire de Dieu et l'avancement du prochain en l'amour divin ; et pourveu qu'on s'achemine droitement à ce but là, elle ne se met pas en peine par quel chemin c'est. Pourveu que celuy qui jeune, jeune pour Dieu, et que celuy qui ne jeune pas, ne jeune pas (*) aussi pour Dieu, elle est toute satisfaite tant de l'un que de l'autre. Elle ne veut donques pas tirer les autres à son train, ains suit simplement, humblement et tranquillement son chemin. Que si mesme il arrivoit qu'une personne mangeast, non pas pour Dieu, mais par inclination, ou qu'elle ne fist pas la discipline, non pas pour Dieu, mais par naturelle aversion, encor faudroit-il que celles qui font les exercices contraires ne la jugeassent point; ains que, sans la censurer, elles suivissent leur chemin doucement et suavement, sans mespriser ni juger au prejudice des infirmes, se ressouvenant que si en ces occasions les unes secondent peut estre trop mollement leurs inclinations et aversions, en des autres occurrences les autres en font bien de mesme. Mais aussi, celles qui ont telles inclinations et aversions se doivent bien garder de dire des paroles, ni donner aucune sorte de signe d'avoir à desgout que les autres fassent mieux, car elles feroient une grande impertinence : ains, considerant leur foiblesse, elles doivent regarder les mieux faisantes avec une

(z) avec — le mesme ou plus grand renoncement de sa propre volonté que si elle jeunoit (a') celuy qui ne jeune pas, — que ce soit

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