‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 40 sur 267 · I. OBLIGATION DES CONSTITUTIONS · texte numérisé non relu

I. OBLIGATION DES CONSTITUTIONS

sainte, douce (^) et cordiale reverence ; car ainsi elles pourront tirer autant de proffit de leur imbecillité par l'humilité qui en naistra, que les autres en tirent par leurs exercices. Que si ce point est bien entendu et bien observé, il conservera une merveilleuse tranquillité et suavité en la Congregation. Que Marthe soit active, mais qu'elle ne contrerolle point Magdelaine; que Magdelaine contemple, mais qu'elle ne mesprise point Marthe, car Nostre Seigneur prendra la cause de celle qui sera censurée.

Mais neantmoins, si quelques Sceurs avoient des aversions aux choses pieuses, bonnes et approuvées, ou bien des inclinations aux choses moins pieuses, si elles (€) me croyent elles useront de violence, et contreviendront le plus qu'elles pourront à leurs aversions et inclinations, pour se rendre vrayement maistresses d'elles mesmes, et servir Dieu par une excellente mortification : repugnant ainsi à leurs repugnances, contredisant à leurs contradictions, declinant de leurs inclinations, se divertissant de leurs aversions, et en tout et par tout faisant regner l'authorité de la raison, principalement és choses esquelles on a du loisir pour prendre resolution. Et pour conclusion, elles s'essayeront d'avoir un coeur souple et maniable, soubmis et aisé à condescendre en toutes choses loisibles, et à monstrer en toute entreprise l'obeissance et la charité, pour ressembler à la colombe qui reçoit toutes les lueurs que le soleil luy donne. Bien heureux sont les cœurs pliables, car ils ne rompront jamais !

Les Filles de la Visitation parleront tousjours treshumblement de leur petite Congregation, et prefereront toutes les autres à icelle quant à l'honneur et estime ; et neantmoins la prefereront aussi à toute autre quant à l'amour, tesmoignant volontiers, quand il se presentera

(b') sainte — douceur (c') Si les Sœurs qui ont des aversions aux choses pieuses et bonnes et approuvées, ou qui ont des inclinations aux choses moins pieuses

l'occasion, combien agreablement elles vivent en ceste vocation. Ainsi les femmes doivent preferer leurs maris à tout autre, non en honneur, mais en affection ; ainsi chacun prefere son pais aux autres, en amour non en estime, et chaque nocher cherit plus le vaisseau dans lequel il vogue que les autres, quoy que plus riches et mieux fournis. Advoüons franchement que les autres Congregations sont meilleures, plus riches et plus excellentes, mais non pas pourtant plus aymables ni desirables pour nous, puisque Nostre Seigneur a voulu que ce fust nostre patrie et nostre barque, et que nostre coeur fust marié à cest Institut; suivant le dire de celuy auquel quand on demanda quel estoit le plus agreable sejour et le meilleur aliment pour l'enfant : Le sein, dit-il, et le lait de sa mere ; car bien qu'il y ait de plus beaux seins et de meilleurs laits, si est ce que pour luy il n'y en a point de plus propre ni de plus aymable. (4)

(d') Le nid de l'arondelle luy est meilleur que celuy du cinamologue.

[Cette phrase fait suite aux trois derniéres lignes de l'Entretien, non seulement dans les Mss. du Mans et de Bourges, mais encore dans un fragment autographe conservé au Monastére de la Visitation de Fribourg. Voir le développement de la comparaison qu'elle indique, à l'Appendice III.]

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