PRÉFACE XI
Meres luy demandoyent ce qu'il en avoit escrit dés une fois jusqu'à l'autre de ses visites; il leur disoit les chapitres et leur donnoit ensuite plusieurs belles instructions... Ce fut dans ceste chambre qu'il nous vint dire adieu pour aller prescher à Chambery, et il nous parla de la promptitude à l'obeissance, et du respect qui est deu aux Superieures. »
L'heureux auditoire sut apprécier la valeur du festin spirituel qui lui était servi, et, selon le conseil évangélique, il voulait en recueillir les fragments afin que rien ne se perdit; mais le saint Evéque s'y opposa d'abord, « parce qu'il disoit qu'on trouveroit tout dans son livre de l'Amour de Dieu. » Ce fut donc la doctrine contenue dans le chef-d'œuvre de notre Saint, ainsi que lui-méme y fait allusion dans la Préface de cet ouvrage, qui servit de théme à la plupart des entretiens si multipliés de ces premiéres années.
Néanmoins, sa défense ne fut pas prise si fort à la lettre que déjà l'on n'écrivit une partie de ses instructions. La Mére Fichet, la fidéle annaliste de ces heureux temps, s'était adjugé ce doux labeur. C'est gráce à elle que nous ont été conservés quelques-uns des Entretiens faits à la Galerie. Celui De l’Obligation des Constiiulions parait être le premier, non seulement dans l’ordre d'impression, mais aussi par priorité de date : il dut étre prononcé dans l'été de 1611, peu aprés la Profession des premiéres Méres. Le saint Conférencier qui d'ordinaire n'arrétait d'avance aucun plan, et répondait selon l'inspiration du moment aux questions qui lui étaient faites, jugea cette fois le sujet si important qu'il écrivit des notes, les seules qui nous soient parvenues de tous les sujets traités dans les Entretiens (1).
Quand la Communauté, devenue plus nombreuse, dut
(1) Ces notes durent avoir une certaine étendue, car la page que nous donnons en fac-simile au commencement de ce volume porte le numéro 3. Elle est écrite au dos d'une lettre datée du 28 juillet 1611, ce qui permet de fixer approximativement l'époque où fut prononcée la première partie de cet Entretien. Sous un méme titre, il contient deux conférences distinctes. D'après la Mère Fichet, la seconde partie serait du 10 août 1612.
quitter l'étroite demeure du faubourg pour habiter en ville, les conférences se continuèrent dans la maison provisoire, puis au parloir du monastère, avec autant d’aimable simplicité que sous les ombrages de la Galerie. La Mère Fichet rencontrait dès lors une émule, qui la surpassa bientôt par la fidélité de ses souvenirs et l'exactitude de sa rédaction ; c'était la Mère Claude- Agnès Joly de la Roche. « Nótre Institut, » écrivait plus tard sainte Jeanne-Francoise de Chantal, lui « a une obligation eternelle d'avoir eu le soin de recueillir les Entretiens de nótre venerable Pere et un grand nombre de ses Sermons, Dieu l'ayant doüée d'une si heureuse mémoire, qu'elle raportoit mot à mot ce que nótre bon Prelat avoit préché, plusieurs jours apres l'avoir oui. Et le public est redevable à sa diligence de cét ouvrage, où toutes les personnes spirituelles puisent et goùtent une si pure devotion ('). » À la première période de sa cueillette appartiennent les Entretiens De la Confiance, De la Desappropriation, De la Modestie. Présente ou absente, la sainte Fondatrice ne cessait de presser le bienheureux Prélat d'évangeéliser ses filles. C'est ainsi que, de Lyon, oü elle était allée établir la seconde maison de l'Institut, la Sainte mandait à la Mére Jeanne-Charlotte de Bréchard qui gouvernait celle d'Annecy : « Je vous prie quand il (Monseigneur) vous viendra voir avec un peu de loisir, que vous le fassiez parler en commun, si toutefois il l'a agréable, afin que nous puissions avoir quelques miettes de l'abondance de vos consolations (2). » Le Saint faisait sans doute allusion à ce message quand, en mars 1615, il écrivait à sa fidéle coopératrice, au sujet de la Communauté d'Annecy : « Je me contente bien de toute cette chere trouppe « que j'iray entretenir en commun l'un des jours de la « semaine prochaine, puisque ma Mere me l'a ordonné,
(1) Les Vies de IV des premieres Meres de l'Ordre de la Visitation Sainte Marie, par la Reverende Mere Frangoise Madelene de Chaugy. A Annessy, par Jacques Clerc, m.pc.LIX. — Réimprimées à Paris, Poussielgue, 1892.
(2) Œuvres de sainte Jeanne-Frangoise de Chantal (Paris, Plon, 1877), tome IV, Lettre xx.