‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 41 sur 267 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

AUQUEL ON DEMANDE SI L'ON PEUT ALLER A DIEU AVEC UNE GRANDE CONFIANCE, MESME AYANT LE SENTIMENT DE NOSTRE MISERE, ET COMMENT

ET DU PARFAIT ABANDONNEMENT DE SOY MESME (a)

Vous me demandez, mes tres-cheres filles, si une ame ayant le sentiment de sa misere peut aller à Dieu avec une grande confiance. Or, je responds que (>) non seulement l’ame qui a la cognoissance de sa misere peut avoir une grande confiance en Dieu, mais qu'elle ne peut avoir une vraye confiance qu'elle n'ayt (c) la cognoissance de sa misere; car ceste cognoissance et confession de nostre misere nous introduit devant Dieu. Ainsi (4) tous les grands Saints, comme Job, David et les autres, commengoient toutes leurs prieres par la confession de leur misere et indignité ; de sorte que c'est une tres-bonne chose de se recognoistre pauvre, vil, abject (e), et indigne de comparoistre en la presence de Dieu. Ce mot tant celebre entre les Anciens, « Cognois-toy toy-mesme *, » encores qu'il s'entende de la cognoissance de la grandeur et excellence de l'ame,

(2) DE LA CONFIANCE ET ABANDONNEMENT. (Ms.) — EN QUOY CONSISTR LA CONFIANCE QUE NOUS DEVONS AVOIR EN DIEU. ( Coll.)

(b) L'on propose si une ame peut, ayant le sentiment de sa misere, aller à Dieu avec une grande confiance. (Ms. et Coll.) — Responce. ( Ms.)

(c) mais — elle peut avoir une vraye confiance en Dieu laquelle naist de (Coll.)

(d) Aussi, (Ms. et Coll.)

(e) £res-bonne chose — que de se cognoistre vil, abject et miserable (Coll.)

* Socratis dictum ; ex inscript. Delph.

20 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

pour ne la point avilir et prophaner en des choses indignes de sa noblesse, il s'entend aussi de la cognoissance de nostre indignité, imperfection et misere : d’autant que tant plus que nous nous cognoistrons miserables, tant plus nous nous confierons (f en la bonté et misericorde de Dieu; car, entre la misericorde et la misere, il y a une certaine liaison si grande, que l'une ne se peut exercer sans l'autre. Si Dieu n'eust point creé l'homme, il eust esté vrayement (8) tout bon, mais il n'eust point esté actuellement misericordieux, d'autant que la misericorde ne s'exerce qu'envers les miserables (h).

Vous voyez donc que tant plus nous nous cognoissons miserables, tant plus nous avons occasion de nous confier en Dieu, puisque nous n'avons rien de quoy nous confier en nous mesmes. La deffiance de nousmesmes provient de la cognoissance de nos imperfections. Il est bien bon de se deffier de soy-mesme, mais de quoy nous serviroit-il de le faire, sinon pour jetter toute nostre confiance en Dieu et nous attendre à sa misericorde ? (i) Les fautes et les infidelités que nous commettons tous les jours nous doivent bien apporter de la honte et confusion lors que nous voulons approcher de Nostre Seigneur : et ainsi lisons-nous qu'il y a des grandes ames, comme sainte Catherine de Sienne et la Mere Therese, qui lors qu'elles estoient tombées en quelque defaut, avoient de ces grandes confusions ;

(£) il s'entend aussi : — x Cognois-toy toy-mesme, » c'est à dire ton imperfection et misere, et ton indignité. Plus nous sommes miserables, plus nous nous devons confier (Ms. et Coll.)

(g) »rayement — tousjours (Ms.)

(h) d'autant — qu'il n'eust fait misericorde à personne; car, à qui faire misericorde sinon aux miserables? (Ms. et Coll.)

(i) Or, j'entens bien que ces choses qui arrivent ainsi entre nous autres ne sont pas des doutes et deffiances de la misericorde en ce qui regarde nostre salut; mais c'est une honte et certaine confusion que nous avons d' de Nostre Seigneur, doutans de nostre fidelité. Et nous avons leu des grandes ames, comme sainte Catherine de Sienne et la Mere qui, lors qu'elles estoient tombées en quelque faute, confusions; et nostre amour propre nous fait accroire

approcher qu'il ya Therese, avoient des grandes que nous en devons

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