‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 42 sur 267 · II. DE LA CONFIANCE · texte numérisé non relu

II. DE LA CONFIANCE

aussi est il bien raisonnable qu’ayant offencé Dieu nous nous retirions un peu par humilité, et demeurions confus, car si seulement nous avons offencé un amy, nous avons bien honte de l’aborder : mais il n’en faut pas demeurer là, car ces vertus d’humilité, d’abjection et de confusion sont des vertus mitoyennes, par lesquelles nous devons monter à l’union de nostre ame avec son Dieu. Ce ne seroit pas grande chose de s’estre aneanti et despoüillé de soy-mesme (ce qui se fait par des actes de confusion), si ce n’estoit pour se donner tout à Dieu, ainsi que saint Paul nous l’enseigne quand il dit * : Despoüillez-vous du vieil homme, et vous revestez du nouveau ; car il ne faut pas demeurer nud, ains se revestir de Dieu. Ce petit reculement ne se fait que pour mieux (ji) s'eslancer en Dieu par un acte d'amour et de confiance, car il ne se faut pas confondre tristement et avec inquietude (X) : c'est l'amour propre qui donne ces confusions-là, parce que nous sommes marris de n’estre pas parfaits, non tant pour l’amour de Dieu que pour l’amour de nous-mesmes.

Et si bien vous ne sentez pas une telle confiance, si ne faut-il pas laisser d’en faire les actes, et dire à Nostre Seigneur : Encore, mon Seigneur, (!) que je n’aye aucun sentiment de confiance en vous, je scay pourtant que vous estes mon Dieu, que je suis toute vostre, et n’ay esperance qu’en vostre bonté ; ainsi je m'abandonne toute entre vos mains. Et il est tousjours

aussi avoir. C'est luy qui nous fait dire : Helas, Seigneur, je n'oserois jamais m'approcher de vous, je suis si miserable en tout! Cela est une satisfaction de l'amour propre qui nous aveugle. Je ne dis pas que ces confusions ne soyent bonnes quand elles sont bien appliquées, car il est raisonnable qu'ayant offencé Dieu nous nous retirions un peu par humilité et demeurions confuses, d'autant que si seulement nous avons offencé un amy nous avons honte de laborder : bien est vray qu'il n'en faut pas demeurer là, parce que les vertus (Ms. et Coll.) [Reprendre au texte, lig. 5.]

(j) mieux — sauter et (Ms. et Coll.)

(k) me se faut pas — contrister ni inquieter (Coll.)

(1) Peut estre direz vous que vous ne sgavez pas si vous avez cette confiance, d'autant que vous ne la voyez pas, ne la sentez pas. Il en faut faire un acte, et dire à Nostre Seigneur : Mon Dieu, encore (Coll.)

* Coloss., 11, 9, 1

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en nostre pouvoir de faire de ces actes, et quoy que nous ayons de la difficulté, il n’y a pourtant pas de l'impossibilité; et c'est en ces occasions là et parmi ces difficultés, que nous devons tesmoigner de la fidelité à Nostre Seigneur ; car bien que nous fassions ces actes sans goust et sans aucune satisfaction il ne s'en faut pas mettre en peine, puisque Nostre Seigneur les ayme mieux ainsi. Et ne dites pas que vous le dites voirement, mais que ce n'est que de bouche (2) ; car si le cœur ne le vouloit, la bouche n'en diroit pas un mot. Ayant fait cela demeurez en paix, et sans faire attention sur vostre trouble, parlez à Nostre Seigneur d'autre chose.

Voila donc pour la conclusion de ce premier poinct, qu'il est tres-bon d'avoir de la confusion quand nous avons la cognoissance et sentiment de nostre misere et imperfection ; mais qu'il ne faut pas s'arrester là, ni pour cela tomber en descouragement, ains relever son coeur en Dieu par une sainte confiance, le fondement de laquelle doit estre en luy et non pas en nous ; d'autant que nous changeons et il ne change jamais, et demeure tousjours aussi bon et misericordieux quand nous sommes foibles et imparfaits que quand nous sommes forts et parfaits. J'ay accoustumé de dire que le throsne de la misericorde de Dieu c'est (2) nostre misere : il faut donc, d'autant que nostre misere sera plus grande avoir aussi une plus grande confiance. (9)

Passons maintenant à l'autre question, qui est de l'abandon de soy-mesme, et quel doit estre l'exercice de l'ame abandonnée. Il faut donques scavoir qu'abandonner nostre ame et nous laisser nous mesmes n'est autre chose que quitter et nous deffaire de nostre propre volonté pour la donner à Dieu : car il ne nous serviroit de guere, comme j'ay desja dit, de nous renoncer et

(m) Jes ayme — de la sorte. Et ne dites pas que la bouche seule parle, non le cœur (Coll.)

(n) que le — chemin pour trouver Dieu est la consideration de (Coll.)

(0) confiance; — car la confiance est la vie de l'ame : ostez luy la confiance, vous luy donnez la mort. (Ms. et Coll.)

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delaisser nous-mesmes, si ce n’estoit pour nous unir parfaitement à la divine Bonté. Ce n’est donc que pour cela qu'il faut faire cest abandonnement, lequel autrement seroit inutile, et ressembleroit ceux des anciens philosophes, qui ont fait des admirables abandonnemens de toutes choses et d’eux-mesmes, pour une vaine pretention de s'adonner à la philosophie : comme Epictete, tres-renommé philosophe, lequel estant esclave de condition, à cause de sa grande sagesse on le vouloit (P) affranchir ; mais luy, par un renoncement le plus extreme de tous, ne voulut point sa liberté et demeura ainsi volontairement en son esclavage, avec une telle pauvreté, qu'apres sa mort on ne luy trouva rien qu'une lampe, qui fut vendue bien cher (4) à cause qu'elle avoit esté à un si grand homme. Mais nous autres, nous ne voulons pas nous abandonner sinon pour nous laisser à la mercy de la volonté de Dieu.

Il y a beaucoup de gens qui disent à Nostre Seigneur : Je me donne tout à vous sans aucune reserve (1); mais il y en a fort peu qui embrassent la pratique de cest abandonnement, lequel n'est autre chose qu'une parfaite indifference à recevoir toute sorte d'evenemens, selon qu'ils arrivent par l'ordre de la providence de Dieu, aussi bien l'affliction comme la consolation, la maladie comme la santé, la pauvreté comme les richesses, le mespris comme l'honneur et l'opprobre comme la gloire. Ce que j'entens selon (*) la partie superieure de nostre ame, car il n'y a point de doute que l’inferieure et l'inclination naturelle tendra tousjours plustost du costé de l'honneur que du mespris, des richesses que

(p) fretention — s'adonnans à la philosophie : comme Epictete, l'un des plus grands et renommés de cette sorte, lequel estoit esclave de condition. Or, à cause de sa grande sagesse on le voulut ( Ms. et Coll.)

(q) bien cher — par maniere de relique ( Ms. et Coll.)

(r) à vous — et ne veux rien reserver ( Ms. et Coll.)

(s) à recevoir — les evenemens par l'ordre de la Providence divine : recevoir egalement l'affliction comme la consolation, la maladie comme la santé, la pauvreté, le mespris et l'opprobre comme les richesses, l'honneur etla gloire. Je dis avec Ms. et Coll.)

de la pauvreté ; quoy qu'aucun ne puisse ignorer que le mespris, l'abjection et la pauvreté ne soient plus agreables à Dieu que l'honneur et l'abondance de beaucoup de richesses. Or, pour faire cest abandonnement, il faut obeir à la volonté de Dieu signifiée et à celle de son bon plaisir : l'un se fait par maniere de resignation, et l'autre par maniere d'indifference. La volonté de Dieu signifiée comprend ses (t) commandemens, ses conseils, ses inspirations, nos Regles et les ordonnances de nos Superieurs. La volonté de son bon plaisir regarde les evenemens des choses que nous ne pouvons pas prevoir : comme, par exemple, je ne scay pas si je mourray demain, je voy que c'est le bon plaisir de Dieu (*), et partant je m'abandonne à son bon plaisir et meurs de bon cœur. De mesme, je ne scay pas si l'année qui vient tous les fruits de la terre seront tempestés : s'il arrive qu'ils le soient, ou qu'il y ayt de la peste, ou autres tels evenemens, il est tout evident que c'est le bon plaisir de Dieu, et partant je m'y conforme. (v) Il arrivera que vous n'aurez pas de la consolation en vos exercices : il est certain que c'est le bon plaisir de Dieu, c'est pourquoy il faut demeurer avec une extreme indifference entre la desolation et la consolation ; de mesme en faut-il faire en toutes les choses qui nous arrivent, és habits qui nous sont donnés, és viandes qui nous sont presentées (7).

(t) signifidfe — ce sont ses (Ms.) — consiste aux (Coll.)

(u) demain, — si je tomberay malade à la mort : je voy que si c'est le bon plaisir de Dieu il faut le recevoir avec indifference (je dis quant à la volonté) ( Coll.)

(v) de Dieu. — [Donnons] des exemples plus familiers et plus convenables à nostre condition : ( Ms. et Coll.)

(w) et Ja consolation. — Si on vous donne un habit moins agreable que celuy que vous avez accoustumé de porter, la robiere a fait cela de bonne foy ; il est tout certain que c'est le bon plaisir de Dieu que vous ayez cette robbe, et partant il la faut recevoir avec indifference. On vous donnera au refectoire quelque viande hors de vostre goust; cela sans doute est le bon plaisir de Dieu, il faut donc en manger avec indifference, je dis quant à la volonté. De mesme des caresses et tesmoignages d'amitié : si une personne ne vous caresse point, il faut penser que c'est le bon plaisir de Dieu, et qu'elle est occupée à

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Il faut de plus remarquer qu'il y a des choses esquelles il faut joindre la volonté de Dieu signifiée à celle de son bon plaisir : comme si je tombe malade d'une grosse fievre, je voy en cest evenement que le bon plaisir de Dieu est que je demeure en indifference de la santé ou de la maladie; mais la volonté de Dieu signifiée est que moy, qui ne suis pas sous l'obeissance, j'appelle le medecin et que j'applique tous les remedes que je puis (je ne dis pas les plus exquis, mais les communs et ordinaires), et que les Religieux, qui sont sous un Superieur, recoivent les remedes et traittement qui leur sont presentés, en simplicité et soubmission ; car Dieu le nous a signifié en ce qu'il donne la vertu (x) aux remedes, la Sainte Escriture le nous enseigne en plusieurs endroits et l'Eglise l'ordonne. Or cela fait, que la maladie surmonte le remede, ou le remede surmonte le mal, il en faut estre en parfaite indifference, en telle sorte que si la maladie et la santé estoient là devant nous et que Nostre Seigneur nous dist : Si tu choisis la santé je ne t'en osteray pas un grain (Y) de ma grace, si tu choisis la maladie je ne te l'augmenteray pas aussi de rien (2), mais au choix de la maladie il y a un peu plus de mon bon plaisir; alors l'ame qui s'est entierement delaissée et abandonnée entre les mains de Nostre Seigneur choisira sans doute la maladie, pour cela seulement qu'il y a un peu plus du bon plaisir de Dieu; ouy mesme quand ce seroit pour demeurer toute sa vie dans un lict, sans faire autre chose que souffrir, elle ne voudroit pour rien du monde desirer un autre estat que celuy-là. Ainsi les Saints qui sont au Ciel ont une telle union avec la volonté de Dieu, que s'il y avoit un peu

quelque chose de meilleur ; à quel propos voulez-vous donc qu'elle se rende attentive à vous caresser ? Que si elle le fait, il faut croire aussi que c'est le bon plaisir de Dieu, etle benir en cette petite consolation qu'il vous donne. (Ms. et Coll.)

(x) Jes plus exquis, — mais ceux que je peux bonnement); car Dieu nous le signifie en ce qu'il donne la vertu aux plantes et (Ms. et Coll.)

(y) brin (Coll.)

(z) de rien — du tout (Ms. et Coll.)

* Luce, xxm, 46.

* Joan., xix, 30.

* Ibid., xv, 4.

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plus de son bon plaisir en enfer ils quitteroient le Paradis pour y aller. Cest estat du delaissement de soy-mesme comprend aussi labandonnement au bon plaisir de Dieu en toutes tentations, aridités, secheresses, aversions et repugnances qui arrivent en la vie spirituelle ; car en toutes ces choses l’on y void le bon plaisir de Dieu, quand elles n’arrivent pas par nostre defaut et qu’il n’y a pas du peché.

(4') En fin l'abandonnement est la vertu des vertus : c'est la cresme de la charité, l'odeur de l'humilité, le merite, ce semble, de la patience et le fruict de la perseverance; grande est ceste vertu, et seule digne d'estre pratiquée des plus chers enfans de Dieu. Mon Pere, dit nostre doux Sauveur sur la croix *, je remets mon esprit entre vos mains. Il est vray, vouloit-il dire, que tout est consommé* et que j'ay tout accompli ce que vous m'avez commandé * ; mais pourtant, si telle est vostre volonté que je demeure encore sur ceste croix pour souffrir davantage, j'en suis content; je remets mon esprit entre vos mains, vous en pouvez faire tout ainsi qu'il vous plaira. Nous en devons faire de mesme, mes tres-cheres filles, en toute occasion, soit que nous souffrions ou que nous jouissions de quelque contentement, nous laissant ainsi conduire à la volonté divine, selon son bon plaisir, sans jamais nous laisser preoccuper de nostre volonté particuliere.

Nostre Seigneur ayme d'un amour extremement tendre ceux qui sont si heureux que de s'abandonner ainsi totalement à son soin paternel, se laissant gouverner par sa divine providence, sans s'amuser à considerer si les effets de ceste providence leur seront utiles, profitables, ou dommageables ; estant tout asseurés que rien ne leur sçauroit estre envoyé de ce cœur paternel et tres-aymable, ni qu'il ne permettra que rien leur arrive

(a') [Les deux alinéas suivants ne se trouvent pas dans le Ms. ni dans les Colloques, où, par contre, est intercalé un long fragment relatif aux Aversions.

Voir à l'Appendice II.)

Il. De LA CONFIANCE 27

de quoy il ne leur fasse tirer du bien et de l'utilité, pourveu que nous ayons mis toute nostre confiance en luy et que de bon cœur nous disions : Je remets mon esprit, mon ame, mon corps et tout ce que j'ay entre vos benites maîns, pour en faire selon qu'il vous plaira. Car jamais nous ne sommes reduits à telle extremité, que nous ne puissions tousjours respandre devant la divine Majesté des parfums d'une sainte sousmission à sa tres-sainte volonté, et d'une continuelle promesse de ne le vouloir point offencer. Quelquefois Nostre Seigneur veut que les ames choisies pour le service de sa divine Majesté se nourrissent d'une resolution ferme et invariable de perseverer à le suivre parmi les desgousts, secheresses, repugnances et aspretés de la vie spirituelle, sans consolations, saveurs, tendretés et sans goust, et qu'elles croyent de n'estre dignes d'autre chose, suivant ainsi le divin Sauveur avec la fine pointe de l'esprit, sans autre appuy que celuy de sa divine volonté qui le veut ainsi. Et voila comme je desire que nous cheminions, mes cheres filles.

Or maintenant, vous me demandez à quoy se doit occuper interieurement ceste ame qui est toute abandonnée entre les mains de Dieu. Elle ne fait rien sinon demeurer aupres de Nostre Seigneur, sans avoir souci d'aucune chose, non pas mesme de son corps ni de son ame; car puisqu'elle s'est embarquée sous la providence de Dieu, qu'a-t'elle affaire de penser ce qu'elle deviendra ? Nostre Seigneur, auquel elle s'est toute delaissée, y pensera assez pour elle. Je n'entens pas pourtant de dire qu'il ne faille pas penser és choses ausquelles nous sommes obligés chacun selon sa charge; car il ne faut pas qu'un Superieur, sous ombre de s'estre abandonné à Dieu et se reposer en son soin, neglige de lire et d'apprendre les enseignemens qui sont propres pour l'exercice de sa charge (>).

(b') selon sa charge. — Par exemple, si on a donné à une Sœur le soin du jardin, il ne faut pas qu'elle die : Je n'y veux pas penser, Nostre Seigneur y

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Il est bien vray qu'il faut avoir une grande confiance pour s’abandonner ainsi sans aucune reserve à la Providence divine; mais aussi, quand nous abandonnons tout, Nostre Seigneur prend soin de tout et conduit tout. Que si nous reservons quelque chose, de laquelle nous ne nous confions pas en luy, il nous la laisse, comme s'il disoit : Vous pensez estre assez sages pour faire ceste chose-là sans moy, je vous laisse gouverner, vous verrez comme vous vous en trouverez. Celles qui sont dediées à Dieu en la Religion doivent tout abandonner sans aucune reserve. Sainte Magdelaine, qui s’estoit toute abandonnée à la volonté de Nostre Seigneur, demeuroit à ses pieds et l’escoutoît tandis qu'il

x, 31. parloit*; et lors qu'il cessoit de parler, elle cessoit aussi d'escouter, mais elle ne bougeoit pourtant d'aupres de luy. Ainsi ceste ame qui s'est delaissée n'a autre chose à faire qu'à demeurer entre les bras de Nostre Seigneur comme un enfant dans le sein de sa mere, lequel, quand elle le met en bas pour cheminer, il chemine jusques à tant que sa mere le reprenne, et quand elle le veut porter il luy laisse faire. Il ne sgait point et ne pense point où il va, mais il se laisse porter ou mener où il plaist à sa mere : tout de mesme ceste ame, aymant la volonté du bon plaisir de Dieu en tout ce qu'il luy arrive, se laisse porter et chemine neantmoins, faisant (c) avec grand soin tout ce qui est de la volonté de Dieu signifiée.

Vous dites maintenant, s'il est bien possible que nostre volonté soit tellement morte en Nostre Seigneur, que nous ne scachions plus ce que nous voulons ou ce que nous ne voulons pas. Or je dis en premier lieu, qu'il n'arrive jamais, pour abandonnés que nous

2 iz

prouvoira bien. De mesme, une Superieure, une Maistresse des Novices, il ne faut pas que sous ombre de dire : 1

: Je me suis abandonnée à D: A repose en son soin, elles negligent de lire et d' e à Dieu, je me

apprend ’ i charge. (Ms. et Coll.) PP re l'exercice de leur

(€) ceste ame — se laisse porter quand elle a

me la vol u de Dieu en tout ce qui luy arrive, y volonté du bon plaisir

et chemine neantmoins quand elle fait (Ms.)

Il. De LA CONFIANGE 29.

soyons, que nostre franchise et la liberté de nostre arbitre ne nous demeurent, de sorte qu’il nous vient tousjours quelque desir et quelque volonté ; mais ce ne sont pas des volontés absolues et des desirs formés (4), car si tost qu'une ame qui s'est delaissée au bon plaisir de Dieu appercoit en soy quelque volonté, elle la fait incontinent mourir en la volonté de Dieu.

Vous voudriez aussi sçavoir (e) si une ame encore bien imparfaite pourroit demeurer utilement devant Dieu avec ceste simple attention à sa sainte presence en loraison. Et je vous dis que si Dieu vous y met, vous y pouvez bien demeurer, car il arrive assez souvent que Nostre Seigneur donne ces quietudes et tranquillités à des ames qui ne sont pas bien purgées; mais tandis qu'elles ont encore besoin de se purger, elles doivent, hors l'oraison, faire des remarques et des considerations necessaires à leur amendement; car, quand bien Dieu les tiendroit tousjours fort recueillies, il leur reste encor assez de liberté pour discourir avec l'entendement sur plusieurs choses indifferentes : pourquoy donc ne pourront-elles pas considerer et faire des resolutions pour leur amendement et pour la pratique des vertus? Il y a des personnes fort parfaites ausquelles Nostre Seigneur ne donne jamais de telles douceurs ni de ces quietudes, qui font tout avec la partie superieure de leur ame, et font mourir leur volonté dans la volonté de Dieu à vive force et avec la pointe de la raison : et ceste mort icy est Za mort de la croix*, laquelle (f) est beaucoup plus excellente et plus genereuse que l'autre, que l'on doit plustost appeller un endormissement qu'une mort; car ceste ame qui s'est embarquée dans la nef de la providence de Dieu se laisse aller et vogue doucement, comme une personne qui dormant dans un vaisseau sur

(d') formels (Coll.) (e) Or, pour respondre à ce que vous me demandez, (Ms. et Coll.)

(£') Ja partie superieure de — la raison: et on appelle cela, mourir en lamour du Crucifix; et ceste mort (Coll.)

* Philip., u, 8.

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une mer tranquille ne laisse pas d’avancer. Ceste maniere de mort ainsi douce se donne par maniere de grace, et l’autre se donne par maniere de merite.

Vous voulez encor sçavoir quel fondement doit avoir nostre confiance. Il faut qu'elle soit fondée sur l’infinie bonté de Dieu et sur les merites de la Mort et Passion de Nostre Seigneur Jesus Christ, avec ceste condition de nostre part, que nous ayons et cognoissions en nous une entiere et ferme resolution d'estre tout à Dieu, et de nous abandonner du tout et sans aucune reserve à sa providence. Je desire toutesfois (8) que vous remarquiez que je ne dis pas qu'il faille sentir ceste resolution d'estre ainsi toute à Dieu, mais seulement qu'il la faut avoir et cognoistre en nous, parce qu'il ne faut pas s'amuser à ce que nous sentons ou que nous ne sentons pas, d'autant que la pluspart de nos sentimens et satisfactions ne sont que des amusemens de nostre amour propre. Il ne faut pas aussi entendre qu'en toutes ces choses icy de l'abandonnement et de l'indifference nous n'ayons jamais des desirs contraires à la volonté de Dieu, et que nostre nature ne repugne aux evenemens de son bon plaisir; car cela peut souvent arriver. Ce sont des vertus qui font leur residence en la partie superieure de l'ame, l’inferieure pour l'ordinaire n'y entend rien; il n'en faut faire aucun estat, mais sans regarder ce qu'elle veut, il faut embrasser ceste volonté divine et nous y unir, malgré qu'elle en ayt.

Il y a peu de personnes qui arrivent à ce degré du parfait delaissement d'elles mesmes, mais nous y devons neantmoins tous pretendre, chacun selon sa portée et petite capacité.

(g) et de nous — tout abandonner; car de luy dire : je me confie en vous, mais je ne veux pas estre toute vostre, il n'y auroit pas de la raison. Sur quoy je desire (Ms. et Coll.)

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