II. DE LA FERMETÉ
et la solidité mesme faisoit residence, qui estoit Nostre Seigneur. Il nous le faut dire et redire plusieurs fois, à fin de le mieux graver dans nos esprits, que l'inegalité des accidens ne doit jamais porter nos ames et nos esprits dans l'inegalité d'humeur; car l'inegalité d'humeur ne provient d'autre source que de nos passions, inclinations ou affections immortifiées, et elles ne doivent point avoir de pouvoir sur nous tandis qu'elles nous inciteront à faire, delaisser ou desirer aucune chose, pour petite qu'elle puisse estre, qui soit contraire à ce que la raison nous dicte qu'il faut faire ou delaisser pour plaire à Dieu.
Je passe à la seconde consideration que je fais sur ceste parole de l’Ange du Seigneur, qui dit à saint Joseph : Prens l'Enfant, et ce qui s'ensuit. Mais je m'arreste sur ceste parole : l’Ange du Seigneur. Sur quoy je desire que nous remarquions l'estime que nous devons faire du soin, du secours, de l'assistance et de la direction de ceux que Dieu met autour de nous pour nous aider à marcher seurement en la voye de la perfection. Il faut premierement sçavoir que quand on dit l'Ange du Seigneur, il ne faut pas entendre que ce soit comme l'on dit de nous autres, l'Ange d'un tel ou d'une telle ; car cela veut dire nostre Ange gardien, qui a soin de nous de la part de Dieu ; mais Nostre Seigneur, qui est le roy et la guide des Anges mesmes, n'a pas besoin, ou n'avoit pas besoin durant le cours de sa vie mortelle d'un Ange gardien. Quand donc on dit l'Ange du Seigneur, cela se doit entendre ainsi, à scavoir, l'Ange destiné à la conduite de la maison et famille de Nostre Seigneur, et plus specialement dedié pour son service, et de la tres-sainte Vierge.
Pour expliquer cecy familierement : l'on changea d'offices et d'aydes ces jours passés; que signifient ces aydes que l'on vous donne (22? pourquoy vous les
(z) ces fours passés; — qu'est ce que ces aydes que l'on vous donne l'une à l'autre signifient ?
)octrina S. Greg.
iaumat.,Paraphr.
Eccles., 1v, 10-12.
militudo ictoris ?
sancti
4a LEs vRAYS ENTRETIENS SPIRITUBLS
donne-t'on? Saint Gregoire dit que nous devons. faire en ce miserable monde ce que font ceux qui cheminent sur la glace, pour nous tenir fermes et solides à l'entreprise que nous faisons de nous sauver ou de nous perfectionner; car il dit qu'ils se prennent par la main ou par dessous les bras, à fin que si quelqu'un d'entre eux glisse, il puisse estre retenu par l'autre, et puis que l'autre puisse estre retenu par luy quand il sera esbranlé pour tomber à son tour*, Nous sommes en ceste vie comme dessus de la glace, trouvant à tous propos des occasions propres pour faire trebucher et tomber, tantost. au chagrin, ores en des murmures, un peu apres en des bijarreries d'esprit qui feront que l'on ne pourra rien faire qui nous puisse contenter ; et: puis nous entrons en degoust de nostre vocation, la melancolie nous suggerant que nous ne ferons jamais rien qui vaille; et que scay-je? semblables choses et accidens qui se rencontrent en nostre petit monde spirituel. Car l'homme est un abregé du monde, ou, pour mieux dire, un petit monde, auquel se rencontre tout.ce que l'on void au grand monde universel : les passions representent les bestes et les animaux qui sont sans raison ; les sens, les inclinations, les affections, les puissances, les facultés de nostre ame, tout cela a sa signification particuliere; mais je ne me veux pas arrester à cela, ains je veux suivre mon discours commencé. : | Donc, les aydes que l'on nous donne sont pour nous ayder à nous tenir fermes en nostre chemin, à fin de nous empescher de tomber, ou si nous tombons, qu'elles nous aydent à nous relever. O Dieu, avec quelle franchise, cordialité, sincerité, simplicité et fidelle confiance ne devons-nous pas traitter avec ces aydes qui nous sont données de la part de Dieu. pour nostre avancement spirituel! Non certes autrement que comme avec nos bons Anges : nous les devons regarder tout de mesme, car nos bons Anges sont appellés nos Anges gardiens parce qu'ils sont chargés de nous assister de leurs inspirations, de nous defendre en nos perils, de nous reprendre en nos defauts, de nous exciter en la poursuite de la