‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 47 sur 267 · II. De LA FERMETÉ · texte numérisé non relu

II. De LA FERMETÉ

vertu; ils sont chargés de porter nos prieres devant le throsne de la majesté,. bonté et misericorde de Nostre Seigneur, et de nous rapporter l’interinement de nos requestes ; et les graces que Dieu nous veut faire, il nous les fait par l'entremise ou intercession de nos bons Anges. Nos aydes sont nos bons Anges visibles, ainsi que nos saints Anges gardiens le sont invisibles : nos aydes font visiblement (2) ce que nos bons Anges font interieurement ; car elles nous advertissent ‘de nos defauts, elles nous encouragent en nos foiblesses ét laschetés, elles nous excitent à la poursuite de nostre entreprise pour parvenir à la perfection, elles nous empeschent par leurs bons conseils de tomber, et nous aydent à nous relever quand. nous sommes cheus en quelque precipice d'imperfection ou defaut. Si nous sommes accablés d'ennuy et de degoust, elles nous aydent à porter nostre peyne patiemment, et prient Dieu qu'il nous donne la force de la porter comme il faut pour ne point succomber en la tentation *. Or, voyez donc lestat que nous devons faire de leur assistance et du soin qu'elles ont pour nous.

Je considere en apres pourquoy Nostre Seigneur, qui est la Sapience eternelle, ne prend pas soin de sa famille, je veux dire d'avertir saint Joseph, ou bien sa tres-douce Mere, de tout ce qui leur devoit arriver. Ne pouvoit-il pas bien dire à l'oreille de son beau-pere saint Joseph: Allons nous en en Egypte, nous y serons (b) tel temps? puisque c'est une chose toute asseurée qu'il avoit l'usage de raison dés l'instant de sa conception aux entrailles de la tres-sainte Vierge ; mais il ne vouloit pas fairé ce miracle de parler devant que le temps fust venu (^); Ne pouvoit-il pas bien l'inspirer au cœur de sa tres-sainte Mere ou de son bien-aymé Pere putatif saint Joseph, Espoux de la tres-sacrée Vierge? pourquoy donc ne fit-il pas tout cela plustost que d'en laisser la

(a') exterieurement (b') en Egypte, — oà nous demeurerons jusques à un (c') de parler — avant qu'il en fust temps.

* Matt., vi, 15.

44 Les vrars EXTRETENS SPIRITUELS

charge à l'Ange, qui estoit beaucoup inferieur à Nostre Dame ? Cecy n'est pas sans mystere. Nostre Seigneur ne voulut rien entreprendre sur la charge de saint Gabriel, lequel ayant esté commis de la part du Pere eternel pour annoncer le mystere de l'Incarnation à la glorieuse Vierge, fut dés lors comme econome general de la maison et famille de Nostre Seigneur, pour en avoir soin dans les succés et accidens divers qui s'y devaient rencontrer, et (*) empescher que rien ne survinst qui peust abreger la vie mortelle de nostre petit Enfant nouveau né : c'est pourquov il advertit saint Joseph de l'emporter promptement en Egvpte pour eviter la tyrannie d'Herodes, qui faisoit dessein de le faire mourir. Nostre Seigneur ne voulut pas se gouverner luy-mesme, ains se laisser porter oü l'on vouloit et par qui l'on vouloit: il semble qu'il ne s'estimoit pas assez sage pour se conduire luv-mesme, ni sa famille, ains laisse gouverner l’Ange tout ainsi qu'il luy plaist, encor qu'il n’ayt point de science ni de sapience pour entrer en comparaison avec sa divine Majesté.

Et maintenant nous autres, serons-nous si osés de diré que nous nous gouvernerons bien nous mesmes, comme n'ayans plus besoin de direction ni de l'ayde de ceux que Dieu nous a donnés pour nous conduire, ne les estimant assez capables pour nous? Dites-moy, l'Ange estoit-il plus que Nostre Seigneur ou Nostre Dame ? avoit-il meilleur esprit et plus de jugement ? Nullement. Estoit-il plus qualifié, et doué de quelque grace speciale ou particuliere ? Cela ne se peut, veu que Nostre Seigneur est Dieu et homme tout ensemble, et que Nostre Dame, estant sa Mere, a par consequent plus de grace et de perfection que tous les Anges ensemble : neantmoins l'Ange commande, et il est obei. Mais de plus, voyez l'ordre qui se garde en ceste sainte famille. Il n'y a point de doute qu'il en estoit de mesme qu'en celle des

1 d') de Nostre Seigneur, — et avoit soin du succés des accidens divers qui s y devoient rencontrer, pour

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