‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 48 sur 267 · III. De LA FERMETÉ · texte numérisé non relu

III. De LA FERMETÉ

esperviers, où les femelles sont maistresses et valent mieux que les masles. Qui pourroit entrer en doute que Nostre Dame ne valust mieux que saint Joseph, et qu’elle n’eust plus de discretion et de qualités propres pour le gouvernement que son Espoux ? Neantmoins, l’Ange ne s'adresse point à elle de tout ce qui est requis de faire, soit pour aller ou pour venir, ni en fin pour quoy que ce soit. Ne vous semble-t'il pas que l'Ange commet une grande indiscretion de s'adresser plustost à saint Joseph qu’à Nostre Dame, laquelle est le chef de la maison, portant avec elle le thresor du Pere eternel ? n’eust-elle pas eu raison de s’offencer de ceste procedure et facon de traitter ? Sans doute elle eust peu dire à son Espoux : Pourquoy iray-je en Egypte, puisque mon Fils ne m'a point revelé que je le deusse faire, ni moins l’Ange ne m'en a parlé? Or Nostre Dame ne dit rien de tout cela, elle ne s'offence point dequoy l'Ange s'adressa à saint Joseph, ains elle obeit tout simplement parce qu'elle scait que Dieu l'a ainsi ordonné; elle ne s'informe point pourquoy, ains il luy suffit que Dieu le veut ainsi, et qu'il prend plaisir que l'on se sousmette sans consideration (1). Mais je suis plus que l’Ange, pouvoit-elle dire, et que saint Joseph. Rien de tout cela. (*')

Ne voyez-vous pas que Dieu prend plaisir de traitter ainsi avec les hommes, pour leur apprendre la tressainte et tres-amoureuse sousmission ? Saint Pierre estoit un vieil homme, rude et grossier, et saint Jean, au contraire, estoit jeune, doux, agreable ; (f) et neantmoins Dieu veut que saint Pierre conduise les autres et soit le Superieur (8°) universel, et que saint Jean soit

(e') cela; — c'est à quoy elle ne pense pas seulement.

(f') estoit un — homme rude, grossier, un vieil pescheur, mestier mecanique et d'une basse condition; saint Jean, au contraire, estoit un jeune gentilhomme, doux, agreable, sçavant; saint Pierre, ignorant :

(g ) Pasteur

(1) Cette phrase est rectifiée d'aprés le Ms. Les éditions antérieures portent: « et qu'il prend plaisir de se sousmettre sans consideration. » -

l’un de ceux qui sont conduits et qui luy obeissent. Grand cas de l'esprit humain, qui ne veut point se rendre capable d'adorer les secrets mysteres de Dieu et sa tres-sainte volonté, s'il n'a quelque sorte de cognoissance pourquoy cecy ou cela! J'ay meilleur esprit, dit-on de soy, plus d'experience, et semblables belles raisons qui ne sont propres qu'à produire des inquietudes, des humeurs bijarres, des murmures. A quelle raison donnet'on ceste charge ? pourquoy a-t'on dit cela ? à quelle fin fait-on une telle chose à celle cy plustost qu'à l'autre? Grande pitié, dés qu'une fois on s'est laissé aller à esplucher tout ce que l'on void faire! Que ne faisons nous pas pour perdre la tranquillité de nos cœurs ? Il ne nous faut point d'autres raisons sinon que Dieu le veut ainsi, et cela nous doit suffire. Mais qui m'asseurera que c'est la volonté de Dieu? Nous voudrions que Dieu nous revelast toutes choses par des secrettes inspirations. Voudrions nous attendre qu'il nous envoyast des Anges pour nous annoncer ce qui est de sa volonté ? Il ne le fit pas à Nostre Dame mesme (au moins en ce subjet), ains voulut la luy faire scavoir par l'entremise de saint Joseph, auquel elle estoit subjette comme à son superieur. Nous voudrions, par adventure, estre enseignés et instruits par Dieu mesme, par la voye des extases ou ravissemens et visions, et que scay-je, moy ? semblables niaiseries que nous forgeons en nos esprits, plustost que de nous sousmettre à la voye tres aymable et commune d'une sainte sousmission à la conduite de ceux que Dieu nous a donnés, et à l'observance de la direction tant des Regles que des Superieurs.

Qu'il nous suffise donc de scavoir que Dieu veut que nous obeissions, sans nous amuser à la consideration de la capacité de ceux à qui nous devons obeir ; ainsi nous assujettirons nos esprits à marcher tout simplement en la tres heureuse voye d'une sainte et tranquille humilité, qui nous rendra infiniment agreables à Dieu.

Il faut maintenant passer à la troisiesme consideration, qui est une remarque que j'ay fait sur le

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