‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 57 sur 267 · IV. DE LA CORDIALITE · texte numérisé non relu

IV. DE LA CORDIALITE

pour son utilité, excepté de nous damner, ainsi que nous avons desja dit. Il faut pourtant tascher de rendre autant que nous pourrons les tesmoignages exterieurs de nostre affection conformément à la rayson (Y); rire avec les rians, pleurer avec ceux qui pleurent *.

Je dis qu'il faut tesmoigner que nous aymons nos Sceurs (et cecy est la seconde partie de la question) sans user de familiarité indecente : la Regle le dit *, mais voyons ce qu'il faut faire de cecy. Rien, sinon que la sainteté paroisse en nostre familiarité et tesmoignage d'amitié, ainsi que le dit saint Paul en l'une de ses Epistres* : Saluez-vous, dit-il, (2) avec le baiser saint. C'estoit la coustume d'user des baisers quand les Chrestiens se rencontroyent ; Nostre Seigneur usoit aussi envers ses Apostres de ceste forme de salutation, ainsi que nous apprenons en la trahison de Judas *. (2) Les saints Religieux d'autrefois, lors qu'ils se rencontroyent, disoyent : Deo gratias, pour preuve du grand contentement qu'ils recevoyent en se voyans l'un l'autre, comme s'ils eussent dit ou voulu dire : Je rends graces à Dieu, mon cher frere, de la consolation qu'il me donne de vous voir. Ainsi, mes cheres filles, il faut tesmoigner que nous aymons nos Sceurs et que nous nous plaisons avec elles, pourveu que la sainteté accompagne tousjours les tesmoignages que nous leur rendons de nostre affection, et que Dieu n'en puisse pas, non seulement estre offensé, mais qu'il en puisse estre glorifié et loüé. Le mesme saint Paul qui nous enseigne de faire que nos affections soient tesmoignées saintement, veut et nous enseigne (^) de le faire gratieusement, nous en donnant l'exemple : Saluez, dit-il (©)*, un tel, qui

(y) de nostre affection, — nous conformant autant que la raison le requiert ou le permet avec un chacun (Ms. et Coll.)

(3) dit-il, — les uns les autres (Ms. et Coll.)

(a) de Judas; — car il usa de cest artifice pour faire prendre Nostre Seigneur, disant : Celuy que fe baiseray, c'est luy, prenes-le. (Ms. et Coll.)

(b') soient — saintes, veut et ordonne | Coll.)

(c') dit-il — escrivant aux Romains (Coll.)

* Rom., xt, 15.

* Chap. xxii; Constit. x xir, b Modestie.

cf.

ela

* Rom., ult., 16. Cf.

I Cor., ultim., 20; II Cor., ult., 12.

* Matt., xxvi, 48,49.

* Rom., ult., 5-13.

* Matt., rx, 13.

* Ubi supra, p. 57.

sçait bien que je l’ayme de cœur, et un tel, qui doit estre asseuré que je l’ayme comme mon frere, et en particulier sa mere, qui sçait bien qu'elle est aussi la mienne. (4')

On demande sur ce sujet si on oseroit (*) tesmoigner davantage d'affection à une Sceur que l'on estime plus vertueuse, que non pas à une autre. Je dis à cela, que bien que nous soyons obligés d'aymer davantage ceux qui sont plus vertueux, de l'amour de complaisance, nous ne les devons pas pourtant plus aymer de l'amour de bienveuillance, et ne leur devons pas tesmoigner plus de signes (f) d'amitié; et cela pour deux raisons. La premiere est que Nostre Seigneur ne l'a pas fait, ains il semble qu'il ayt plus monstré d'affection aux imparfaits qu'aux parfaits, puisqu'il a dit qu'il n'estoit fas venu pour les justes, ains pour les pecheurs *. C'est à ceux qui ont plus besoin de nous auxquels nous devons (8) tesmoigner nostre amour plus particulierement ; car c'est là où nous monstrons mieux que nous aymons par charité, que non pas en aymant ceux qui nous donnent plus de consolation que de peine. Et en cecy il faut proceder selon que l'utilité du prochain le requiert. Mais hors de là, il faut tascher de faire que nous aymions tous esgalement, puisque Nostre Seigneur n'a pas dit : Aymez ceux qui sont plus vertueux, ains indifferemment : Aymez-vous les uns les autres ainsi que je vous ay aymés *, sans en exclure aucun, pour imparfait qu'il soit.

La seconde raison pour laquelle nous ne devons pas rendre des tesmoignages d'amitié aux uns plus qu'aux autres, et ne devons nous laisser aller à les aymer davantage, est que nous ne pouvons pas juger qui sont

(d') [Voir à l'Appendice II.)

(e') Vous desirez sçavoir, ma chere fille, si vous n'oseriez (Ms. et Coll.)

(f') fas — rendre plus de tesmoignages (Ms. et Coll.)

(g') il semble qu'il ayt plus — aymé les imparfaits que non pas les autres : il dit qu'il n'estoit pas venu pour les justes, ains pour les pecheurs. Ceux qui ont plus besoin de nous, nous les devons assister et (Ms. et Coll.)

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