‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 58 sur 267 · IV. DE LA CORDIALITE · texte numérisé non relu

IV. DE LA CORDIALITE

les plus parfaits et qui ont le plus de vertu; car les apparences exterieures sont trompeuses, et bien souvent ceux qui vous semblent estre les plus vertueux (comme j'ay dit autre part*) ne le sont pas devant Dieu, qui est celuy-là seul qui peut les recognoistre. Il se peut faire qu’une Sceur laquelle vous verrez chopper fort souvent et commettre force imperfections, sera plus vertueuse et plus agreable à Dieu (ou pour la grandeur du courage qu’elle conserve parmi ses imperfections, ne se laissant point troubler ni inquieter de se voir si sujette à tomber, ou bien par l’humilité qu'elle en retire, ou encores par l'amour de son abjection) que non pas une autre laquelle aura une douzaine de vertus, ou naturelles ou bien acquises, et laquelle aura moins d'exercice et de travail, et par consequent peut estre, moins de courage et d'humilité que non pas l'autre que l'on void si sujette à faillir. Saint Pierre fut choisi (à) pour estre le chef des Apostres, quoy qu'il fust sujet à beaucoup d'imperfections, en sorte qu'il en commettoit mesme apres qu'il eut receu le Saint Esprit; (7) mais parce que nonobstant ces defauts, il avoit tousjours un grand courage et ne s'en estonnoit point, Nostre Seigneur le rendit son lieutenant et le favorisa par dessus tous les autres, de sorte que nul n'eust eu raison de dire qu'il ne meritoit pas d'estre precipué et avantagé par dessus saint Jean ou les autres Apostres (j').

Il faut donc nous tenir en l’affection que nous devons avoir pour nos Sceurs le plus esgalement que nous pourrons, pour les raisons susdites. Et toutes doivent scavoir que nous les aymons de cest amour du cœur : et partant il n'est pas besoin d'user de tant de paroles, que nous les aymons cherement, que nous avons une certaine inclination à les aymer particulierement,

(h') fut choisi — de Nostre Seigneur (Ms. et Coll.)

(i') en sorte — que à tous propos il en commettoit; je dis avant qu'il eust receu le Saint Esprit, car des lors je n'en parle pas. ( Ms. et Coll.)

(j') d'estre — tant aymé que saint Jean ou les autres Apostres, ni qu'il n'estoit pas si vertueux et aggreable à Dieu. ( Ms. et Coll.)

* Entretien de | Desappropriation

* [I Cor., xit, 14, 15, I9.

* Philip., n, 8.

et autres (€) semblables; car pour avoir une inclination pour une plus que pour les autres, l'amour que nous luy portons n'en est pas plus parfait, ains peut estre, plus sujet à changement à la moindre petite chose qu'elle nous fera. Que si tant est qu'il soit vray que nous ayons de l'inclination à en aymer une plustost que l’autre, nous ne devons nous amuser à y penser, et encor moins à le luy dire; car nous ne devons pas aymer par inclination, ains aymer nostre prochain, ou parce qu'il est vertueux, ou pour l'esperance que nous avons qu'il le deviendra, mais principalement parce que telle est la volonté de Dieu.

Or pour bien tesmoigner que nous l'aymons (!), il faut luy procurer tout le bien que nous pouvons, tant pour l'ame que pour le corps, priant pour luy, et le servant cordialement quand l'occasion s'en presente : d'autant que l'amitié qui se termine en belles paroles n'est pas grand'chose, et n'est pas s'aymer comme Nostre Seigneur nous a aymés, lequel ne s'est pas contenté de nous asseurer qu'il nous aymoit, mais a voulu passer plus outre, en faisant tout ce qu'il a fait pour preuve de son amour. Saint Paul parlant à ses enfans tres-chers * : Je suis tout prest, dit-il, à donner ma vie pour vous et à m'employer si absolument que je ne veux faire aucune reserve, pour vous tesmoigner combien je vous ayme cherement et tendrement : ouy mesme, vouloit-il dire, je suis prest à laisser faire pour vous ou par vous tout ce que l'on voudra de moy. En quoy il nous apprend que de s'employer, voire de donner sa vie pour le prochain, n'est pas tant que de se laisser employer au gré des autres, ou par eux ou pour eux ; et ce fut ce qu'il avoit appris de nostre doux Sauveur sur la croix *. C'est à ce souverain degré de l'amour du prochain que les Religieux et Religieuses, et nous autres qui sommes consacrés au service de Dieu, sommes appellés ; car, ce

(k') ef — que sçay-je moy ? choses (Ms. et Coll.) (1') Paymons — cherement (Ms. et Coll.)

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