‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 60 sur 267 · IV. DE LA CORDIALITÉ · texte numérisé non relu

IV. DE LA CORDIALITÉ

je voudrois que l'on ne fist pas les reservées (P), ains que, quand l'occasion s'en presenteroit, non par forme de jactance ou vanterie, ains de simple confiance (4), lon se les communiquast rondement et naifvement les unes aux autres ; et pour ce qui regarde nos defauts, que nous ne nous missions pas en peine (7) de les couvrir; car pour ne les laisser pas voir au dehors ils n'en sont pas meilleurs. Les Sceurs ne croiront pas pour cela que vous n'en ayez point, et vos imperfections seront peut estre plus dangereuses que si elles estoyent descouvertes et qu'elles vous causassent de la confusion, ainsi qu'elles font à celles qui sont plus faciles à les laisser paroistre à l'exterieur. Il ne se faut pas donc estonner ni descourager quand nous commettons des imperfections et des defauts devant nos Sœurs; ains au contraire, il faut estre bien aises que nous soyons recognués pour telles que nous sommes. Vous aurez fait une faute ou une lourdise (*), il est vray; mais c'est devant vos Sceurs qui vous ayment cherement, et partant qui vous scauront bien supporter en vostre defaut, et en auront plus de compassion sur vous que de passion contre vous. Et par ainsi, ceste confiance nourriroit grandement la cordialité et la tranquillité de nos esprits, qui sont sujets à se troubler quand nous sommes recognus defaillans en quelque chose, pour petite qu'elle soit, comme si c'estoit grande merveille de nous voir imparfaits.

En fin pour conclusion de ce discours, il faut se ressouvenir tousjours que, pour quelque (t) manquement de suavité que l'on commet quelques fois par mesgarde, "on ne se doit pas fascher ni juger que l'on n'ayt point le cordialité ; car l'on ne laisse pas d'en avoir. Un acte

(p') ne fist pas — tant les rencheries et resserrées (Coll.)

(q') confiance — enfantine (Ms. et Coll.)

(r') en peine — si grande (Ms. et Coll.)

(s') sottise (Ms. et Coll.)

(t') de ce discours — de la cordialité, 11 se faut tousjours ressouvenir que »our quelque petit (Ms, et Coll.)

fait par cy, par là, pourveu qu'il ne soit pas frequent, ne fait pas l'homme vicieux, specialement quand on a bonne volonté de s'amender.

(1) Ce qui a esté obmis de l'Entretien de la Cordialité

Dites-vous, ma fille, si vous devez rire au choeur et au refectoire, quand, sur quelque rencontre inopinée, les autres rient? Je vous dis que dans le chœur il ne faut nullement contribuer à la joye des autres ; ce n'en est pas le lieu, et ce defaut doit estre vivement corrigé. Pour le refectoire, si je m'appercevois que toutes rient, je rirois avec elles ; mais si j'en voyois une douzaine sans rire, je ne rirois pas et ne me mettrois point en peine d'estre appellée trop serieuse (v').

Ce que j'ay dit que nous devons rendre nostre amour si esgal envers les Sceurs, que nous en ayons autant pour les unes que pour les autres, cela veut dire autant que nous le pouvons ; car il n'est pas en nostre pouvoir d'avoir autant de suavité en l'amour que nous avons pour celles à qui nous avons moins d'alliance et correspondance d'humeur, qu'avec les autres, avec lesquelles nous avons de la sympathie. Mais cela n'est rien; lamour de charité doit estre general, et les signes et

(u') Dites-vous, ma chere fille, si vous vous devez soucier de rire au chosur et au refectoire quand les autres y rient, parce que l'on dit que vous estes trop serieuse, ou bien craignant de manquer de cordialité si vous ne le faites? A cela je responds, que quant au chœur il ne faut nullement contribuer à la joye que les autres y ont quand elles se portent à rire, car ce n'en est pas le lieu; mais au refectoire, quand je m'appercevrois que toutes rient, je voudrois rire avec elles : mais s'il y en avoit une douzaine qui ne rissent point, je ne me mettrois pas en peine de contribuer à la joye des autres. (Ms. et Coll.)

(1) Cette addition, le titre compris, est extraite d'un recueil préparé par les ordres et sous les yeux de sainte Jeanne-Frangoise de Chantal, et imprimé à Paris sous le titre de Petife Coustume de ce Monastere de la Visitation Saincte Marie d'Annessy. u.bc.xiu. C'est du méme recueil que sont tirées les additions qui font suite aux Entretiens XV et XVI. Le témoignage de la Sainte leur donne une autorité égale à celle du texte auquel elles se rattachent. (Voir, tome V de ses Lettres, une circulaire en date du 4 juillet 1638.)

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