‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 68 sur 267 · V. De LA GENEROSITÉ · texte numérisé non relu

V. De LA GENEROSITÉ

charges que l’on leur vouloit donner. Or, ce qu’ils en ont fait n’a pas esté seulement à cause de la basse estime qu’ils faisoyent d’eux-mesmes, mais principalement à cause de ce qu'ils voyoient que ceux qui les vouloyent mettre en ces charges se fondoyent sur des vertus apparentes, comme sont les jeusnes, les aumosnes, les penitences et aspretés du corps, et non sur les vrayes vertus interieures, qu'ils tenoyent closes et couvertes sous la sainte humilité. Puis, ils estoyent poursuivis et recherchés par des peuples qui ne les cognoissoyent point que par reputation. En ce cas, il seroit ce semble(v), permis de faire un peu de resistance ; mais scavez-vous à qui ? à une Fille de Dijon, par exemple, à laquelle une Superieure d'Annessy (X) envoyeroit le commandement d'estre Superieure, ne l'ayant jamais veué ny cognué. Mais une Fille de ceans à laquelle on feroit le mesme commandement, ne devroit jamais se mettre en devoir d'apporter aucune raison pour tesmoigner qu'elle repugne au commandement (y); ains se devroit mettre en l'exercice de sa charge avec autant de paix et de courage comme si elle se sentoit fort capable de s'en bien acquitter. Mais jentends bien la finesse : c'est que nous craignons de n'en pas sortir à nostre honneur ; nous avons nostre reputation en si grande recommandation, que nous ne voulons point estre tenus pour apprentifs en l'exercice de nos charges, ains pour maistres et maistresses qui ne font jamais des fautes.

Vous entendez maintenant assez que c'est que l'esprit de force et de generosité que nous avons tant d'envie de voir ceans, à fin d'en bannir toutes les niaiseries et tendretés, (z) qui ne servent qu'à nous arrester en nostre chemin et nous empescher de faire progrés en la perfection. Ces tendretés se nourrissent des vaines reflexions

(w) je pense (Coll.)

(x) de ceans ( Coll.)

(y) au commandement — (je dis tousjours quant à la partie superieure) (Ms. et Coll.)

(2) tendretés, — fades et pleurcuses humeurs ( Coll.)

que nous faisons sur nous-mesmes, principalement quand nous avons bronché en nostre chemin par quelque faute ; car ceans, par la grace de Dieu, l'on ne tombe jamais du tout, nous ne l’avons encore point veu, mais l’on bronche ; et au lieu de s’humilier tout doucement, et puis se redresser (4) courageusement, comme nous avons dit, l'on entre en la consideration de sa (*') pauvreté, et dessus cela l'on commence à s’attendrir sur soy-mesme. Hé, mon Dieu, que je suis miserable! je ne suis propre à rien. Et par apres, l'on passe au découragement qui nous fait dire : O non, il ne faut plus rien esperer de moy, je ne feray jamais rien qui vaille, c'est perdre le temps que de me parler ; et là dessus, nous voudrions quasi que l'on nous laissast là, comme si l'on estoit bien asseuré de ne pouvoir jamais rien gagner avec nous. Mon Dieu, que toutes ces choses sont esloignées de l'ame qui est genereuse et qui fait une grande estime, comme nous avons dit, des biens que Dieu a mis en elle! Car elle ne s'estonne point, ni de la difficulté du chemin(^) qu'elle a à faire, ni de la grandeur de l'ceuvre, ni de la longueur du temps qu'il y faut employer, ni en fin du retardement (4) de l’œuvre qu'elle a entreprise. Les Filles de la Visitation sont toutes appellées à une tres-grande perfection, et leur entreprise est la plus haute et la plus relevée que l'on sçauroit penser ; d'autant qu'elles n'ont pas seulement pretention de s'unir à la volonté de Dieu, comme doivent avoir toutes les creatures (*'), mais de plus, elles pretendent de s'unir à ses desirs, voire mesme à ses intentions, je dis avant mesme qu'elles soyent presque signifiées ; et s'il se pouvoit penser quelque chose de plus parfait et un degré de plus grande perfection que de se conformer à la volonté de Dieu, à ses desirs et à ses intentions, elles entreprendroyent

(a') relever (Ms. et Coll.)

(b') de sa — foiblesse et (Ms. et Coll.)

(c') car elle ne — se trouble point, ni de la difficulté de ce (Ms.) (d') du retardement — qu'elle voit à la perfection (Ms. et Coll.) (e) comme doivent avoir — tous les Chrestiens (Ms. et Coll.)

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