PREFACE XV
dans les Entretiens ; lisez-les fort et les faites lire aux filles. Tous les mois, j'en fais lire un ou deux à la table. » À la Mère Favre!) : « Nous sommes tant pleines des instructions de Monseigneur qu'il ne saurait quasi rien arriver qu'il ne s'en trouve la résolution dans les Entretiens... Vivons de notre pain, c'est le meilleur pour nous. » Et encore (2) : « Il y a dans les Entretiens de Monseigneur tout ce qui se peut désirer pour la perfection ; cette doctrine est admirable. »
L'intelligente et active rédactrice des Entretiens dut s'éloigner d'Annecy le 6 juillet 1620. Mais la Providence avait pourvu à sa succession. Une autre Religieuse, à la mémoire aussi fidèle, était prête à la remplacer ; c'était la Mére Marie-Marguerite Michel qui avait prononcé ses vceux la veille méme du départ des fondatrices d'Orléans. « Elle prit un soin extraordinaire, » est-il dit dans sa Vie (5), « de recueillir tous les avis et toutes les pratiques que l'homme de Dieu lui donnoit ; et afin que toutes les paroles qu'il prononçoit pour les Filles de Sainte Marie fussent ramassées comme une manne prétieuse et trés-propre à nourrir les esprits, elle se rendoit encore fort attentive à toutes les exhortations qu'il faisoit alors assez fréquemment, et au sortir de là, elle alloit décharger toutes ces richesses spirituelles sur le papier; sa mémoire, ou plutót le Saint Esprit qu'elle invoquoit particulierement pour ce sujet, lui fournissant les matieres dans le méme ordre que le saint Prélat le leur avoit donné dans son discours. On lisoit ensuite ce recueil à la Communauté, afin que chaque Religieuse pùt remarquer ce qui auroit été oublié; mais il n'arrivoit presque jamais que l'on pùt ajoüter à ce qu'elle avoit écrit. » C'est à la Mere Marie-Marguerite Michel que nous devons les Entretiens De la Generosité, Des Voix et Des Vertus de saint Joseph.
Ce n'est pas seulement à Annecy qu'étaient recueillies
(1) Lettre cccxxxvir.
(2) Lettre cccrxxxvm.
(3) Les Vies de plusieurs Superseures de l'Ordre de la Visitation Sainte Marie. A Anneci, chez Humbert Fonteine. m.pc.xcmi.
XVI Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
avec amour et fidélité les paroles du Fondateur. A Paris, où il séjourna en 1619, à Lyon, où il termina sa sainte vie en 1622, ses enseignements étaient recus avec vénération et rédigés ensuite avec un soin jaloux. Telle est la provenance des Entretiens De la Pretention religieuse, De ne rien demander, et des deux remarquables Recueils qui se trouvent à l'Appendice.
La mort du Serviteur de Dieu apposa comme une sorte de consécration nouvelle sur toutes ses ceuvres, et l’estime qu'inspiraient ses Entretiens s'accrut encore. Sainte Jeanne-Françoise de Chantal, qui en a tant recommandé la lecture, devient plus pressante à ce sujet. Telle est l'autorité qu'elle attribue à ces Manuscrits, que déjà en 1624, lors de la première rédaction du Coustumier, elle fait ajouter ces paroles à ce qu'elle déclare étre l'expression fidéle des intentions de son bienheureux Pére : « Je ne dis rien de l'oraison parce que l’Introduction a la Vie devote suffit pour y dresser les ames qui n'en ont pas encor l'usage, et le T7raitté de l'Amour de Dieu... avec les Entretiens fournissent suffisamment de lumiere et d'addresse aux plus advancees. » Et à l'article XXIX de cette première lecon du Coustumier, il est dit : « On lira une fois l'annee... les Entretiens dans le refectoire pendant les repas, au moins un ou deux tous les mois. » Ces deux phrases furent insérées avec quelques modifications dans la première édition du Cowstumier imprimée en 1628 et dans l’édition définitive qui date de 1637.
La Visitation comptait treize Monastères à la mort de son Fondateur; durant les sept années qui suivirent, ce nombre s'éleva à trente-cinq. Dans toutes ces Communautés, on possédait et on lisait assidùment des exemplaires manuscrits des Entretiens; mais ils avaient été copiés et recopiés tant de fois, que bien des fautes s'étaient glissées dans les transcriptions. Nous l’inférons de plusieurs lettres de sainte Jeanne-Francoise de Chantal : dans l’une, entre autres, datée du 31 mars 1623 (1), elle dit à la Mère de Blonay : « Vous pouvez
(1) Lettre cpxxxm.