VI. DEZL'ESPERANCE
facon l'avancement (m) de sa gloire comme les Apostres. Certes, mes cheres filles, cecy vous doit estre un motif de grande consolation, que Dieu se veuille servir de vous pour une ceuvre si excellente que celle à laquelle vous estes appellées, et vous vous en devez tenir grandement honnorées devant la divine Majesté. Car, qu'estce que Dieu desire de vous sinon ce qu'il ordonna à ses Apostres et ce pourquoy il les envoya par le monde, qui estoit ce que Nostre Seigneur mesme estoit venu faire en ce monde, qui fut pour donner la vie aux hommes? et non seulement cela, dit-il*, mais à fin qu'ils vescussent d'une vie plus abondante, qu'ils eussent la vie et une vie meilleure, ce qu'il a fait en leur donnant la grace (2). Les Apostres furent envoyés de Nostre Seigneur par toute la terre pour le mesme sujet, car Nostre Seigneur leur dit* : Ainsi que mon Pere m'a envoyé, je vous envoye; allez, et donnez la vie aux hommes. Mais ne vous contentez pas de cela : faites qu'ils vivent, et d'une vie plus parfaite par le moyen de la doctrine que vous leur enseignerez; ils auront Ja vie en croyant à ma parole que vous leur exposerez, mais ils auront une vie plus abondante par le bon exemple que vous leur donnerez. Et n'ayez nul souci si vostre travail sera suivi du fruict que vous en pretendez, car ce n'est pas à vous que l'on demandera le fruict, ains seulement si vous vous serez employés fidellement à bien cultiver ces terres steriles et seches; l'on ne vous demandera pas si vous aurez bien recueilli, ains seulement si vous aurez eu soin de bien ensemencer.
De mesme, mes cheres filles, estes-vous maintenant commandées d'aller cà et là en divers lieux, pour faire
(m) de l'office apostolique — et encore du merite apostolique. Mais pour ne pas user de ce mot de merite entre nous autres, car j'ay tousjours un peu de repugnance à me servir de ce mot là pour nous exciter au bien, je vous diray que vous pouvez rendre autant de service à Dieu, en certaine façon, et procurer l'agrandissement (Ms.)
(n) à ses Apostres? — Il les envoya par le monde exercer le mesme office qu'il avoit receu de son Pere, d'instruire et cathechiser les hommes. (Coll.)
* Joan., x, 10.
* [bid., xx, sr.
Luce, xm, 49.
Levit., vi, 12.
go Les vRAYs ENTRETIENS SPIRITUELS
que les ames ayent la vie, et qu'elles vivent d'une meilleure vie : car, qu’est-ce que vous allez faire sinon tascher de donner cognoissance de la perfection de vostre Institut, et par le moyen de ceste cognoissance attirer plusieurs ames à embrasser toutes les observances qui y sont comprises et encloses? Mais sans prescher et conferer les Sacremens et remettre les pechés, ainsi que faisoyent les Apostres, n’allez-vous pas donner Za vie aux hommes? mais, pour parler plus proprement, n'allez-vous pas donner /a vie (°) aux filles? puisque peut estre cent et cent filles qui se retireront à vostre exemple dans vostre Religion, se fussent perdues demeurant au monde, lesquelles iront jouir au Ciel, pour toute eternité, de la felicité incomprehensible. Et n'est-ce pas par vostre moyen que /a vie leur sera donnée, et (P) qu'elles vivront d'une vie plus abondante, c'est à dire d'une vie plus parfaite et plus agreable à Dieu? vie qui les rendra capables de s'unir plus parfaitement à la divine Bonté, car elles recevront de vous les instructions necessaires pour acquerir le vray et pur amour de Dieu, qui est ceste ve plus abondante que Nostre Seigneur est venu donner aux hommes. J'ay apporté, dit-il *, Ze feu en la terre, qu'est-ce que je demande ou que je pretends, sinon qu'il brusle? Et en un autre endroit *, il commande que le feu brusle incessamment sur son autel, et que pour cela il ne soit jamais esteint, pour monstrer (4) avec quelle ardeur il desire que le feu de son amour soit tousjours allumé sur l'autel de nostre coeur. O Dieu, quelle grace est celle que Dieu vous fait! il vous rend apostresses, non en la dignité, ains en l'office et au merite. Vous ne prescherez pas, non, car
(0) ef encloses ? — Car, dites-moy, sans prescher, conferer les Sacremens et remettre les pechés, comme faisoyent les Apostres, n'est-ce pas donner la vie aux hommes, mais pour parler plus clairement, ( Ms. et Coll.)
(p) lesquelles — possederont le Ciel pour toute eternité. N°
à est-ce pas par vostre moyen que Za vie leur sera donnée? De plus, ne sera-ce pas par vous ( Coll.)
(q) Jamais esteint, — à fin de nous insinuer et apprendre ( Coll.)